‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 150 sur 213 · TERMINAISON DES ACCÈS, NAUSÉES, VOMISSEMENTS · texte numérisé non relu

TERMINAISON DES ACCÈS, NAUSÉES, VOMISSEMENTS

le plus souvent, si j'en juge par les dix ou douze observations qui me sont personnelles, la sensation d'un mouvement de translation du corps tout entier, d'avant en arrière, de manière à figurer, suivant le cas, une chute en arrière ou en avant-, c'est encore, lorsqu'il s'y adjoint un sentiment de rotation autour d'un axe transverse, une véritable culbute, voire même un saut de tremplin. Parfois la rotation du corps semble s'opérer, au contraire, autour d'un axe vertical soit de gauche à droite, soit de droite à gauche. Il est des malades, qui, dans leurs divers accès croient éprouver tantôt l'un, tantôt l'autre de ces modes de rotation. Il s'agit là, en général, remarquez-le bien, de mouvements tout à fait subjectifs, de véritables hallucinations qui ne se traduisent à l'extérieur que par un soubresaut, un mouvement de surprise, parfois la nécessité où se trouve le malade, pour ne pas tomber à terre, de se cramponner aux objets environnants, ou de s'asseoir. Mais il peut arriver qu'une chute ait lieu effectivement, et que le malade soit précipité a terre violemment, dans le sens correspondant à la sensation vertigineuse. Je puis citer à ce propos le cas d'une dame qui., dans ses accès, se sentait toujours précipitée la tête en avant, et qui, de fait, dans l'un d'eux, tomba lourdement sur la face, et se brisa les os du nez. Je n'ignore pas que le sentiment de rotation ou de translation peut s'observer dans les espèces de vertiges les plus divers, mais je crois pouvoir affirmer qu'on ne le trouve jamais là, ni aussi accentué, ni aussi constant qu'il l'est dans le vertige de Ménière.

Il importe de faire remarquer que pendant la crise, quelle qu'en soit du reste l'intensité, le malade conserve absolument la parfaite conscience de ses actes, et que les premiers effets du saisissement une fois dissipés, il se trouve immédiatement en mesure de rendre, sans embarras, un compte exact et détaillé de tout ce qu'il a ressenti.

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A titre de phénomènes accessoires, je sig-nalerai ce qui suit : D'une façon à peu près constante, des nausées et des vomissements marquent la fin de la crise. Pendant la durée de celle-ci, la face est pâle, la peau est froide et couverte de sueur, de façon à reproduire l'image de la syncope-bien plutôt que celle du coup de sang. Il peut exister une céphalalgie transitoire, plus ou moins vive. Jamais il n'y a d'embarras de la parole, de spasmes musculaires, soit dans la face, soit dans les membres; jamais dans ceux-ci on n'observe ni fourmillements, ni engourdissements, ni sensations quelconques rappelant une aura ; jamais de paralysie ni de parésie temporaires.

A l'origine, c'est-à-dire lorsque la maladie de Ménière en est encore à ses débuts, le vertige apparaît sous forme de crises distinctes, de courte durée, séparées par des intervalles de calme absolu, pendant lesquels les symptômes de la maladie locale, d'où ils dérivent, persistent seuls. Mais, dans le cours naturel des choses, à mesure que l'affection progresse, les crises tendent à se rapprocher, à se confondre, de manière à constituer enfin un état vertigineux, pour ainsi dire permanent, au milieu duquel se dessinent des paroxysmes plus ou moins fréquents et qui reproduisent tous les phénomènes des anciennes crises. La malade que je vous ai présentée offre un exemple très accentué de ces crises subintrantes, qu'il est en quelque sorte habituel d'observer, je le répète, chez les sujets en proie, depuis de longues années, aux formes graves de la maladie de Ménière. Vous comprenez aisément. Messieurs, l'usage qu'on peut faire de tous les éléments qui viennent d'être rassemblés, dans l'intérêt du diagnostic.

Je me réserve de vous faire connaître dans une autre occasion ce que l'on sait de plus positif relativement à Vanatomie pathologique et à la théorie. En ce qui concerne celle-ci, des expériences de Flourens, de MM. Brown-Séquard, Vulpian,.

Czermak, Goltz, Lœwenberg, lesquelles consistent à produire chez les animaux des lésions diverses des canaux demi-circulaires, ont fourni, nous ne l'ignorons pas, des données importantes. Aujourd'hui, je terminerai par quelques renseignements ayant trait au pronostic et à la thérapeutique.

Il est très remarquable de voir que, dans la règle, les lésions graves des centres nerveux qui sont si fréquemment la conséquence des diverses maladies de l'oreille , interne, n'interviennent pas habituellement dans la maladie de Ménière, alors même que celle-ci en est arrivée à son plus haut degré d'intensité. Voici comment les choses se passent le plus communément dans les cas les plus prononcés : la surdité s'accuse progressivement et, à un moment donné, elle devient complète, absolue.

Les symptômes vertigineux et les sifflements marchent pour ainsi dire du même pas, en ce sens qu'ils s'atténuent progressivement et enfin disparaissent. Il en a été ainsi, par exemple, chez le malade dont je vous ai parlé plus haut et qui, dans un de ses accès, est tombé sur la place de la Bourse. Sujet aux sifflements et aux vertiges depuis 1863, il s'en trouve aujourd'hui complètement délivré. Mais par contre, il est devenu sourd, tellement sourd, que bien qu'il demeure à proximité du Champ-de-Mars, il n'a absolument rien entendu le jour de l'explosion de la poudrière de l'avenue Eapp (1871). Je me suis souvent demandé s'il n'y aurait pas lieu de chercher, par une intervention quelconque, à hâter ce dénouement, au moins dans les cas graves, lorsque, par exemple, les malades en sont réduits à l'état lamentable où vous avez vu la nommée Gir... ; c'est un point de vue que j'offre à vos méditations.

Quoi qu'il en soit, je ne dois pas vous cacher que le vertige de Ménière résiste très souvent aux traitements les mieux dirigés. J'ai vu cependant plusieurs fois le vertige lié à un catarrhe de la caisse s'amender et même disparaître sous

l'influence du traitement vulgaire de cette dernière affection-, c'est le lieu de vous remettre en mémoire le cas très intéressant, observé par M. Hillairet, et dans lequel les vertiges cessèrent complètement après l'ouverture d'un abcès de l'oreille moyenne.

L'application de révulsifs énergiques ne doit pas être négligée dans les cas intenses. Je citerai à ce propos le fait suivant dont j'ai été témoin récemment : Un de nos confrères de province, — aujourd'hui âgé de 44 ans, — éprouva pour la première fois, il y a six ans, de la pesanteur de tête et des bourdonnements d'oreilles revenant par accès. Quelques mois plus tard, se trouvant à la campagne, seul, en voiture, il ressentit tout à coup des sifflements insupportables dans l'oreille gauche et en même temps sa tête, devenue pesante, semblait l'entraîner en avant. Il fut obligé de descendre de voiture et de se coucher un instant le long du chemin. Des nausées, suivies de vomissements de matières glaireuses mêlées de bile, terminèrent la crise. Des accès du même genre se produisirent fréquemment depuis cette époque, en même temps que l'ouïe s'affaiblissait du côté de l'oreille malade. L'examen ne fit découvrir autre chose, de ce côté, qu'un certain degré d'épaississement de la membrane du tympan. Tous les traitements mis en œuvre ayant échoué, je proposai, faute de mieux, l'application de pointes de feu sur la région mastoïdienne gauche. Les applications furent répétées trois ou quatre fois. A la suite de ce traitement, tous les symptômes se sont très manifestement atténués ^

1. Cette leçon a été faite en janvier 1874, et a paru pour la première fois dans le Progrès médical (n" 4 et 5 de 1874).

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