PRONOSTIC
Ce serait s'abuser sans doute que de compter toujours sur des résultats aussi heureux que ceux qui ont été obtenus dans les trois observations qui précèdent, et je n'ig-nore pas qu'il serait aisé de citer nombre de faits de syphilis cérébrale avec épilepsie partielle où, malgré l'assistance d'un zèle éclairé, les choses ont mal tourné. Je ne puis m'empêcher de croire, cependant, que, dans les cas où la nature des accidents nerveux étant reconnue à temps, le plan de traitement proposé pourra être mis à exécution, l'insuccès sera l'exception ^
1. La paralysie motrice transitoire d'un membre, survenant tout à coup sans être précédée de contracture ou de convulsions toniques et se reproduisant a plusieurs reprises, à des intervalles plus ou moins éloignés, doit être placée, a côte de l'épilepsie partielle, parmi les manifestations si variées de la syphilis cérébrale.
En septembre 1872, je fus consulté par M. A..., officier dans un régiment de cavalerie, pour une céphalalgie à peu près permanente datant de six semâmes environ et qui déjà, à plusieurs reprises, s'était montrée dans le courant de 1 année. En outre de la douleur de tête, il y avait des troubles dyspeptiques très accentués, souvent des vomissements, une grande prostration des forces, de l'amaigrissement, une anémie profonde. Le siège de la céphalalgie ne se trouve malheureusement pas précisé dans la note que i'ai conservée.
M. A... avait contracté un chancre induré quinze ans auparavant et depuis cette époque jusque dans ces derniers temps, il n'avait pas cessé d'être soumis de temps à autre, pour ainsi dire chaque année, à l'emploi de préparations mercurielles, d'iodure de potassium principalement, dans le but de combattre divers accidents qui toujours étaient rattachés, à tort ou à raison par les médecins consultés, à la syphilis. Sous l'influence de je ne sais quelles préoccupations, je méconnus, je dois l'avouer, pendant près d'un mois le véritable caractère de la céphalalgie et des autres jjhénomènes qui l'accompagnaient. Aussi les accidents allaient-ils s'aggravant.
Un jour on m'apprit que, depuis quelque temps, M. A... éprouvait de temps a autre, ce qu'on appelait des absences. Il s'arrêtait soudain, l'œil fixe au niiheu d'une conversation, pâlissait, et au sortir de ces sortes d'accès' qui duraient a peine quelques secondes, il restait pendant un certain temps comme hebéte. D'ailleurs rieu qui ressemblât à de l'aphasie ; pas traces de convulsions sur aucun point au début de la crise. Le malade n'avait lui aucune connaissance de ces absences, dont il était du reste assez disposé à mer l'existence. * ^ Un soir, vers sept heures, on vint me chercher en toute hâte. M. A avait «te frappe, deux heu.-es auparavant, pendant une absence dont la durée n avait pas dépassé le terme ordinaire, d'une paralysie subite affectant le membre supérieur gauche. En revenant à lui, il avait trouvé ce membre abso ument inerte, flasque, pondant le long du corps. Je constatai que la paralysie était limitée au ■ membre supérieur gauche qu'elle occupait dans toute son étendue, et qu'elle n'intéressait ni la face, ni le membre inférieur
390 LOCALISATION DKS LÉSIONS
Les lésions de la pacliy méningite gommeuse circonscrite, avec participation des membranes subjacentes, paraissent être le substratum anatomique le plus habituel de l'épilepsie partielle syphilitique. On les trouve déjà décrites avec une certaine précision, dans une observation relative à cette affection publiée par Todd, en 1851 Deux planches chromo-lithographiées annexées à l'ouvrage de M. G. Echeverria* et qui donnent des lésions, qu'on n'a pas l'occasion fréquente de rencontrer dans les autopsies, une représentation fidèle, concernent également un cas d'épilepsie partielle. Il en est de même d'une figure dessinée par Lackerbauer et publiée parM. Lancereaux dans son Traité de la syphilisK Malheureusement, les faits cliniques que ces figures sont destinées à illustrer laissent beaucoup à désirer.
En dehors de l'épilepsie partielle, des formes cliniques très diverses de le syphilis cérébrale peuvent relever encore de la pachyméningite gommeuse. 11 n'est plus guère douteux au-
du côté correspondant. Les personnes présentes m'assurèrent qu'à aucun moment il ne s'était produit rien qui ressemblât à des convulsions. Il n existait d'ailleurs aucun trouble de la sensibilité dans la partie paralysée : m anesthésie, ni analgésie, ni fourmillement. La monoplegie s amenda progressivement, pendant la soirée, d'une façon très rapide. Le lendemain matin, il n'en existait plus de traces. , ,
Les diverses circonstances qui viennent d'être relatées me trappeien très vivement : l'influence de la syphiUs ne me paraissait plus méconnaissable et Vêtais désireux de regagner au plus vite le temps perdu; j instituai immédiatement le traitement mixte, suivant la méthode dont il a ete plusieurs fois ouestion dans le courant de la présente leçon.
Un nouvel accès de monoplégie brachiale gauche, en tout semblable aupiecédent et dont la durée ne dépasse pas quatre ou cinq heures, se produisit trois ou quatre jours après le commencement du traitement : ce fut 'e dermm. La céphalalgie, l'an^nie,- la prostration des forces disparurent, elles auss^ avec nne l'apidi^té merveilleuse et de façon à montrer aux plus incrédules que citte fois j'avais touché juste. Le traitement fut continue avec les interruptions recommandées pendant près de trois mois. heureux • J'ai reçu il y a cinq ou six mois des nouvelles do M. A... J ai ete heiueux d'apprendre que, depiUs l'époque où je l'avais perdu de vue, aucun accident n'avait reparu. (J.-M. C.) . . , , , ; •/
1. Médical Gazette, January 1851, et Cltmcal Lectures, loc. cit.