DIAGNOSTIC
aug-mentation de liquide paraît constante dans notre arthropathie.
2° Quelquefois, il est vrai, — c'est-à-dire par exception à la règle précédente, — l'épanchement est considérable et s'étend au delà de la jointure ; or, ce qui est l'exception dans l'arthrite sèche est, au contraire, la règle dans l'arthropathie des ataxiques.
3° La dislocation de la jointure, très rare dans l'arthrite sèche, est très fréquente dans l'ataxie locomotrice.
4° C'est la hanche qui est 'surtout affectée dans l'arthrite sèche; l'épaule ne vient qu'au 3^ ou 4* rang- ; — dans l'arthropathie des ataxiques, c'est de préférence le genou, puis l'épaule qui sont pris, et la hanche ne vient qu'en 3"= ou 4'^ ligne.
5° La marche de l'arthrite sèche est nécessairement progressive ; elle ne rétrograde jamais ; — eh bien, l'arthropathie des ataxiques peut rétrograder et peut même guérir, lorsque les désordres organiques n'ont pas été poussés trop loin, ainsi que vous le démontrent quelques-uns des exemples que je vous ai cités.
6° On nous dit encore que, dans l'immense majorité des cas, la forme mono-articulaire de l'arthrite sèche, reconnaît pour cause une lésion traumatiqua, une fracture intra-articulaire. Je crois, en effet, qu'il en est ainsi. Mais notre arthrite sèche spinale, qui est souvent mono-articulaire, ne reconnaît pas une telle cause : il n'est possible d'invoquer ici ni un traumatisme ni une fracture intra-articulaire.
7° Ajoutons enfin, comme dernier trait, que les premiers symptômes de l'arthropathie des ataxiques apparaissent tout à coup, inopinément, tandis que dans l'arthrite sèche — et je me sers toujours de la description classique — les symptômes s'accusent et s'aggravent d'une manière lente et progressive.
A^^ATOMIE PATHOLOGIQUE <
Ces différences signalées, je suis le premier à reconnaître l'analogie des craquements, des tuméfactions osseuses, etc. Mais je tiens à faire ressortir encore ce qu'il y a de spécial dans révolution, l'enchaînement et le caractère des symptômes, enfin, à mettre au premier plan la connexité indéniable qui existe entre notre arthrite et l'affection spinale, connexité offrant surtout ceci de remarquable, que l'affection articulaire survient à une époque bien déterminée de l'évolution de la maladie spinale. Acceptons les analogies, mais n'oublions pas les différences si frappantes que la comparaison met en évidence.
Il convient maintenant, Messieurs, d'examiner quelles sont les notions que nous fournit l'anatomie pathologique. Incon-
F'ig. (j. — Extrémité supérieure d'un humérus sain et d'un humérus offrant les lésions de Varthr apathie des ataxiques.
testablement, dans les cas de date ancienne, quand les surfaces articulaires, usées et dépouillées de cartilage, ont continué à se mouvoir l'une sur l'autre, le membre n'ayant pas
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cessé de fonctionner tant bien que mal, ce sont les caractères de l'arthrite sèche qu'on observe : éburnation et déformations des surfaces articulaires, déformations des extrémités osseuses, bourrelets osseux, stalactites osseuses, corps étrangers, etc., etc. Toutefois, il est deux points sur lesquels je dois appeler votre attention :
1° La prédominance de l'usure sur la production des bourrelets osseux dans les cas récents. Comparez^ par exemple, l'humérus que je vous présente [Fig. 6) et provenant d'une malade ataxique qui a succombé deux mois après le début de l'arthropathie, avec la planche d'Adams, figurant les lésions de l'arthrite sèche scapulo-humérale, et vous saisirez les raisons de mon insistance.
2° Je mentionnerai; en second lieu, la fréquence des luxations vraies qui sont en quelque sorte la règle dans les articulations atteintes de l'arthropathie des ataxiques, lorsque les articulations comportent ce déplacement, dans l'épaule entre autres, tandis qu'elles ne sont que l'exception dans l'arthrite sèche vulgaire, où elles sont le plus souvent apparentes et non réelles.
En somme, anatomiquement parlant, notre arthropathie rentre dans le groupe de l'arthrite sèche. A cela, je n'ai pas d'objection sérieuse à opposer ; mais croit-on que ce classement anatomo-pathologique avance beaucoup la question? Si l'on place devant vos yeux, sous forme de pièce anatomique, une jointure présentant tous les caractères de l'arthrite avec exsudation séro-fibrineuse ou purulente, vous prononcerez sur-le-champ cette dénomination même d'arthrite purulente dont je viens de faire usage, et l'histologie ne changera rien à ce diagnostic tout local, tout anatomique. Le problème serait-il par là tout à fait résolu? Evidemment on, car l'arthrite peut avoir été, pendant la vie, un des
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symptômes du rhumatisme ou de la scarlatine, ou de la morve, ou de l'infection purulentej etc.
Il en est de même, Messieurs, de l'arthrite sèche qui n'est souvent qu'une manifestation du rhumatisme noueux, de la goutte tophacée, ou une des lésions de la maladie d'Heberden, comme elle peut être aussi, enfin^ le résultat d une cause traumatique tout extérieure, dans certains cas.
La considération anatomique, avec le concours même de l'histologie la plus avancée, ne peut pas tout donner 5 son rôle est grand, il est vrai, mais non prédominant, et ne voir en pathologie que ce côté, c'est commettre le vice de raisonnement qu'on appelle, si je ne me trompe, dans le langage scholastique de la philosophie, une énumération incomplète.
Malgré les caractères anatomiques qui la rattachent plus ou moins intimement au type classique de l'arthrite sèche, Varthropathîe des ataxiques n'en reste pas moins une variété à part, en raison et de l'originalité de l'ensemble symptomatique qu'elle présente et de sa connexité évidente avec l'ataxie locomotrice dont elle fait réellement partie à titre d'épiphénomène.
C'est sur la cause de cette connexité qu'il s'agirait maintenant d'être éclairés. Si la solution de ce problème est difficile, il n'est pas impossible, je pense, de la donner, au moins partiellement.
En premier lieu, je ferai valoir cette particularité, k savoir que l'existence d'affections articulaires subordonnées plus ou moins directement à une lésion protopathique du système nerveux n'est pas, tant s'en faut, un accident exceptionnel. Je vous l'ai fait pressentir lorsque je vous ai déclaré, qu'à
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mon sens, l'arthropathie des tabétiques constitue un genre dans la classe des arthropathies spinales.
A. On connaît, d'ailleurs, fort bien aujourd'hui les affections articulaires qui résultent des lésions des nerfs périphériques au même titre que l'herpès, la peau lisse, l'atrophie musculaire rapide, et tant d'autres troubles trophiques du même genre. Les observations de plaies de guerre, recueillies par le D"" Mitchell, durant la guerre d'Amérique, et publiées à nouveau dans un ouvrage tout récent^, sont très instructives à cet égard.
B. On connaît aussi ces affections articulaires singulières qui se développent dans les membres frappés d'hémiplégie, par hémorragie ou ramollissement du cerveau, à une certaine époque de la maladie, et qui rentrent anatomiquement dans la description de l'arthrite aiguë ou subaiguë.
G. Mais, pour ne parler que de ce qui concerne spécialement la moelle épinière, je crois pouvoir déclarer qu'il n'est peut-être pas une des formes morbides auxquelles elle est assujettie qui ne puisse provoquer, dans certaines circonstances, une affection articulaire relevant évidemment à titre de symptôme de la lésion de ce département des centres nerveux.
On observe surtout ces arthropathies : 1° dans la paraplégie du mal de Pott ; 2° dans la myélite aiguë ; 3° dans certains cas de tumeurs occupant primitivement la substance grise spinale (Gull) ; 4° dans certains cas d'altérations de la substance grise déterminant l'atrophie musculaire progressive (Rosenthal, Remak, Patruban)^ 5° mais le cas où il est
1. s. Weir Mitchel. — Injuries of Nerves and their Conseqtiences. Philaclelphi.-i, 1872. — M: Dastro a publié une traduction française do cet ouvrage. Paris, 1874;