DESIDERATUM
comme phénomène concomitant de l'arthropathie, nouvelle circonstance qui semble désigner aussi les cornes antérieures comme siège particulier de la lésion spinale. Je dois cependant, cà la vérité, déclarer que, dans un fait tout récent d'arthropathie tabétique, malgré de patientes recherches, l'atrophie des cornes antérieures du côté correspondant à l'affection articulaire n'a pu être reconnue au niveau des points où elle avait été rencontrée dans les cas antérieurs. Par contre, dans ce cas, les ganglions spinaux étaient très volumineux, évidemment altérés. Il se pourrait donc qu'ils fussent appelés à jouer un rôle dans la production de ces arthropathies. Pour ce qui est des nerfs périphériques, on s'est assuré dans ce dernier cas, comme dans les précédents, qu'ils ne présentaient pas d'altération appréciable. En somme, la question relative au siège précis de l'altération spinale demeure encore en litige çt réclame des investigations nouvelles. Toutefois, la subordination de l'affection articulaire à l'affection spinale n'en reste pas moins établie, je crois, par l'ensemble des considérations que je viens de faire valoir devant vous.
Malgré ce desideratum que je viens de signaler, je recommande, Messieurs, à toute votre attention, l'arthropathie des ataxiques, comme un fait pathologique et clinique d'une réelle valeur. En ce qui concerne le premier point, il y a là un élément de solution pour un intéressant problème de physiologie. Cliniquement vous apprendrez à connaître une affection qui, si vous vous placez au véritable point de vue, pourra contribuer à éclairer le diagnostic et à éviter des erreurs regrettables. Combien de fois n'ai-je pas vu des personnes non familiarisées encore avec cette arthropathie, en méconnaître la véritable nature et toutes préoccupées de l'affection locale, oublier môme absolument que, derrière la maladie de la jointure, il y a une maladie plus importante dans l'espèce et qui,
en réalité, domine la situation, — la sclérose des cordons postérieurs !
J'en ai fini, Messieurs, avec les considérations que je voulais vous présenter relativement à l'ataxîe locomotrice. Mon intention ne pouvait être de vous exposer l'histoire complète de l'affection^ j'ai toujours voulu me borner à traiter le sujet d'une manière épisodique, m'attaquant aux points les plus significatifs ou les moins connus. Ceux d'entre vous, qui ne sont pas déjà versés dans la connaissance des maladies nerveuses, pourront d'ailleurs reconstituer ce tableau classique en se reportant aux nombreuses descriptions qui ont été données dans ces derniers temps et je ne saurais trop leur commander d'en revenir fréquemment à celle qu'a donnée M. Duchenne (de Boulogne), car, après tout, elle reste toujours la meilleure.
Il est un point auquel j'aurais voulu cependant donner quelques développements si le temps me l'eût permis. C'est celui qui concerne le traitement. Mais, à l'heure qu'il est, dans ce domaine, il n'y a qu'un côté qui soit vraiment neuf et digne de nous arrêter, je veux parler de l'application thérapeutique des courants électriques continus. C'est là un sujet d'autant plus digne de votre intérêt que l'application des courants con-. tinus est recommandée non seulement dans le traitement de l'ataxie, mais encore dans celui de bien d'autres maladies chroniques de la moelle épinière. On raconte des merveilles de ce moyen au delà du Rhin. Que faut-il penser de ces récits? Je ne sais encore; car, pour les apprécier à leur juste valeur, il laut être spécialement versé dans ces matières. Heureusement une circonstance favorable s'offre à nous. M. Onimus qui, 'avec un grand zèle et avec une compétence indiscutable, se livre depuis près d'un an dans cet hospice à des recherches d'électrothérapie galvanique, a bien voulu
nous promettre que samedi prochain, à l'iieure habituelle de nos réunions, il développerait dans une leçon, en mon lieu et place, et bien autrement que je ne l'aurais pu faire, les principes qui doivent diriger dans l'emploi de cet agent. Je ne saurais trop vous convier. Messieurs, à venir l'entendre^ Dans huit jours je reprendrai le cours de mes conférences et je traiterai des accidents qui résultent de la compression lente de la moelle épinière.
1. La leçon de M. Onimus a été publiée dans la Eevue lolioto graphique des hôpitaux de Paris, 1872.