‹ Œuvres complètes de J.M. Charcot [electronic resource]Chapitre 41 sur 213 · PSEUDO-NÉVRALGIES · texte numérisé non relu

PSEUDO-NÉVRALGIES

trajet intra-rachidien et d'en déterminer la compression, c'est-à-dire l'irritation, au moins dans les premiers temps.

En ce qui concerne les tumeurs extra-rachidiennes qui tendent à s'avancer vers la moelle, elles amènent un résultat analogue, en produisant l'irritation des cordons nerveux après leur sortie du rachis (anévrysme aortique, hydatides).

On désig-ne communément sous le nom de pseudo-névralgiques les symptômes en question ; mais, en réalité, il s'agit là, presque toujours, du moins à une certaine époque, d'une véritable névrite, comparable, à tous égards, à celle qui naît et progresse sous l'influence d'une lésion traumatique. Le caractère de la douleur est le même {Burning x^ains). L'absence de points douloureux exagérés par la pression, un des caractères objectifs des névralgies, est aussi à noter. Enfin se manifeste la série des troubles trophiques qui n'appartiennent guère aux névralgies proprement dites ; tels sont, par exemple, du côté de la peau, le zona, les bulles pemphigoïdes, les escarres même, et, du côté des muscles, l'atrophie plus ou moins rapide, la paralysie, la contracture. Au reste, la nature inflammatoire de la lésion nerveuse a été plusieurs fois nettement constatée, entre autres par M. Bouvier, dans le mal de Pott, et par moi-même dans le mal vertébral cancéreux.

Mais, laissons. Messieurs, ce point de vue général pour descendre dans le concret et montrer l'intérêt qui s'attache dans la clinique à l'étude de ces symptômes. Nous les examinerons successivement dans les trois groupes principaux qui

IIQ PSEUDO-NÉVRALGIES

suivent : 1° tumeurs intra-rachidiennes ; — 2° mal de Pott ;

3" cancer vertébral. Il sera facile ensuite d'appliquer, dans

une certaine mesure, aux autres formes, les résultats que va nous fournir cette première étude.

Le principe, d'ailleurs, est toujours le même, quel que soit le point de départ de la douleur : celle-ci s'irradie suivant la direction des nerfs dont les origines sont affectées, irritées, comprimées, et elle se conforme, en général, à la loi de sensation périphérique. A la pression, on observe quelques variétés : tantôt la douleur se montre circonscrite dans une région plus ou moins limitée -, tantôt, au contraire, le trajet nerveux paraît affecté dans toute l'étendue de son parcours.

A. Tumeurs intra-racMcliennes. — Là douleur pseudonévralgique précède, ici, comme c'est la règle, le développement des symptômes myélitiques proprement dits. Les nerfs voisins de la tumeur sont comprimés les premiers ou, pour mieux dire, la moelle peut être comprimée pendant un certain temps avant d'être irritée et de manifester sa souffrance par des symptômes propres, tandis que les nerfs, eux, semblent répondre presque immédiatement à l'action de la cause irritante. En pareille occurrence, la douleur occupe souvent une région très limitée : c'est un point, une ligne qui sont douloureux et non pas une surface. Le domaine où règne la douleur est, toutes choses égales d'ailleurs, d'autant plus circonscrit que la tumeur est moins volumineuse.

La douleur, bien entendu, siège à droite si la tumeur est à droite -, elle siège à gauche si la tumeur est cà gauche -, elle est bilatérale — ce qui n'est peut-être pas le cas le plus commun — quand la production morbide presse également les racines nerveuses des deux côtés de la moelle.

A l'appui de ces assertions, je crois bon. Messieurs, de citer brièvement quelques exemples :

TUMEURS INTUA-UACUIDIENNES 111

1° Dans le cas d'une malade, observée dans cet hospice et nommée Gill..., il s'agissait d'un sarcome de la périméning-e, lejnel pénétrait dans un trou de conjugaison du côté gauche et s'était étendu jusqu'à la plèvre correspondante : il avait existé chez cette malade un point douloureux fixe à gauche, sur le thorax, plusieurs mois avant que les fourmillements des membres inférieurs, qui ont inauguré la paraplégie, se fussent manifestés.

2° J'emprunte l'exemple qui va suivre à un auteur anglais, M. Ceyiey'. La tumeur — un psammome — siégeait au niveau de la onzième vertèbre dorsale et comprimait la moelle. Le malade avait accusé constamment un point douloureux, fixé vers la fosse iliaque gauche, pendant les six mois qui précédèrent la première apparition des fourmillements dans les membres inférieurs. Le siège particulier du point douloureux chez le sujet trouve son explication dans ce fait que le dernier nerf intercostal que comprimait la tumeur, fournit des branches terminales se rendant au voisinage de la crête iliaque.

3° Dans un cas rapporté par M. Bartels^ il s'agissait d'une tumeur hydatique intra-rachidienne comprimant la moitié gauche de la partie inférieure du renflement cervical. Pendant trois mois, on n'observa pour tout symptôme que des douleurs s' irradiant dans le bras, la main et l'épaule du côté gauche, et accompagnées d'un sentiment de constriction à la base 'du cou. Ce ne fut qu'au bout de ce temps que survinrent des fourmillements dans le pied gauche et bientôtaprès les autres symptômes de compression spinale. On comprend que tel ou tel autre nerf, le sciatique par exemple, puisse être afiecté de la même façon : cela dépend du lieu occupé par

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