CruYoilhior. — Atlas, 32»liYr., p
CARACTÈRES DBS DOULEURS 117
Supposons qu'il s'agisse d'une altération des vertèbres lombaires — ce cas répond, vous le savez, au type le plus commun — et que celles-ci aient été envahies par le cancer dans leur totalité, aussi bien du côté droit que du côté gauche, conditions qui se trouvent^ du reste, reproduites chez une des malades que je vais vous présenter dans un instant, eh bien, il y a lieu de relever, en pareil cas, les symptômes suivants :
Des douleurs vives existent : les unes étreignant la partie inférieure de l'abdomen a la manière d'une ceinture, les autres se répandant le long du trajet des nerfs cruraux et des nerfs sciatiques, depuis leur origine spinale jusqu'à leurs extrémités périphériques. Il y a hyperesthésie des téguments, sur les points répondant à la distribution des nerfs douloureux. Cette hyperesthésie, le plus souvent, est telle que le moindre attouchement se montre des plus pénibles.
Les douleurs en question sont permanentes ou à peu près ; mais elles s'exaspèrent par crises qui se montrent surtout intenses pendant la nuit et revêtent quelquefois un caractère périodique. Les mouvements dans le lit, qu'ils soient d'ailleurs actifs ou passifs, provoquent l'apparition de ces douleurs ou les exaspèrent. Il en est de même, à plus forte raison, de la station et de la marche qui deviennent bientôt tout à fait impossibles. Il résulte de là une sorte d'impotence qui ne relève point d'un amoindrissement de la force musculaire, car, au lit, dans le temps où les douleurs ne sont pas trop vives, les mouvements des membres inférieurs s'exécutent, si le malade n'est pas très affaibli, comme dans les conditions normales.
Lors des paroxysmes, les douleurs sont véritablement atroces. Les malades les comparent à celles que produiraient l'écrasement des os, une morsure des parties profondes faite par un gros animal, etc. On ne parvient, et c'est là un trait
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qui mérite d'être signalé, que très difficilement à les calmer par l'emploi de doses élevées de substances narcotiques. Il y a lieu de faire remarquer dans ces douleurs des amendements spontanés, et dont la raison physiolog-ique nous échappe complètement.
A ces phénomènes peuvent s'adjoindre, surtout dans les périodes plus avancées de l'affection, un certain nombre d'accidents parmi lesquels je signalerai plus spécialement les éruptions de zona'^ qui se produisent sur le trajet des nerfs particulièrement douloureux, une anesthésie cutanée circonscrite sous forme de plaques et qui se développe malgré la persistance des douleurs dans le domaine des nerfs affectés (anesthesia clolorosa), l'atrophie plus ou moins prononcée des masses musculaires, et enfin la contracture survenant dans un certain nombre de muscles.
Je ferai remarquer enfin qu'une déformation faisant décrire à la colonne vertébrale une courbure à grand rayon, qu'une douleur locale vertébrale que provoque ou qu'exaspère très nettement la pression ou la percussion, sont des symptômes concomitants qu'il ne faut pas négliger de rechercher avec soin parce qu'ils peuvent éclairer la situation et que, d'ailleurs, ils s'observent fréquemment. Ces divers symptômes. Messieurs, peuvent être, pendant de longs mois, la seule révélation du mal vertébral cancéreux ; mais les symptômes de la paralysie par compression de la moelle pourront venir s'y surajouter.
Quoi qu'il en soit, lorsque les phénomènes de paraplégie douloureuse se montreront avec les caractères qui viennent d'être décrits, il y aura lieu de rechercher s'il n'existe pas, quelque part dans l'organisme, quelque autre manifestation de la diathèse cancéreuse-, car, vous ne l'ignorez pas, le cancer vertébral est habituellement secondaire, deutéropathique.
1, Charcot et Cotard, loc. cil.