SEPTIÈME LEÇON
De la Compression lente de la moelle épinière. — Symptômes. — Des troubles de la motilité et de la sensibilité liés à la compression spinale. — Hémiplégie et hémiparaplégie spinales avec anesthésie croisée.
Sommaire. — Lésions que subit la moelle au niveau du point comprimé. — Elles occupent toute l'étendue de la moelle en travers ou ne portent que sur une des moitiés latérales du cordon nerveux.
Premier cas : Succession des symptômes. — Prédominance, au début, des troubles moteurs : parésie, paralysie avec flaccidité, rigidité temporaire, contracture permanente des membres, exaltation des actes réflexes. — Troubles de la miction ; — théorie de Budge. — Modifications de la sensibilité : retar.l dans la transmission des sensations, dysesthésie. — Sensations associées.
Second cas : Lésions portant sur une des moitiés latérales du cordon nerveux. — Circonscription de la lésion. — Hémiparaplégie spinale avec anesthésie croisée ; ses caractères. — Hémiplégie spinale.
Messieurs^
Avant de poursuivre nos études sur la compression lente de la moelle épinière, permettez-moi de faire passer sous vos yeux des pièces anatomiques relatives à notre sujet, et que nous devons à l'oblig-eance de M. le D'' Liouville.
Dans la paraplégie parle mal de Pott, vous disais-je, la déformation du rachis n'est pas, en règle générale, l'agent de la compression que subit la moelle épinière-, la moelle peut, même en pareil cas, être comprimée sans que la colonne vertébrale présente la moindre trace de déformation. La pièce de M. Liouville met la réalité du fait dans toute son évidence.
122 CONDITIONS ANATOMXQUES
Le rachiS; vous le voyez, n'était ici nullement déformé, bien que le corps de plusieurs vertèbres fût altéré profondément. Le lig-ament vertébral antérieur,, au niveau de la lésion osseuse, était comme dilacéré et la matière caséeuse, d'après le mécanisme indiqué par M. Michaud, était venue au contact de la dure-mère, qui, en conséquence, sur les points correspondants présentait un épaississement remarquable (zjachyméningite caséeuse externe). C'est évidemment cet épaississement de la dure-mère qui avait déterminé la compression spinale. Celle-ci s'est traduite cliniquement par des symptômes de paralysie qui, pendant plusieurs mois, comme c'est l'habitude, ont été précédés par des douleurs pseudo-né vrai g-iques simulant une névralgie intercostale^
Je reprends actuellement le cours de nos conférences.
Il s'agit, vous le savez, de faire connaître les symptômes qui relèvent directement de la compression lente de la moelle épinière. Nous allons aborder, je ne dois pas vous le dissimuler, une voie longue à parcourir et hérissée de difficultés de tout genre-, mais j'espère que, en étabhssant de bonnes étapes, nous arriverons au but sans trop de fatigue.
Remettons-nous en mémoire les conditions anatomiques à propos desquelles j'ai dû entrer dans quelques développe-
1. Ces pièces provenaient d'un homme âgé de 50 ans environ; elles ont été recueillies dans le service de M. Béhier. Avant d'être pris de paraplégie, ce malade avait éprouvé pendant plusieurs mois, dans les parois tlioraciques, des douleurs localisées sur le trajet des nerfs intercostaux, ce qui, un instant, avait fait croire qu'il s'agissait là d'une simple névralgie intercostale. Plus tard, en raison de la persistance et du caractère de ces douleurs, on avait émis l'opinion que la névralgie était symptomatique, sans pouvoir encore, toutefois, préciser la nature de la maladie primitive. Ensuite survint la paraplégie qui éclaira définitivement le diagnostic. Le rachis, jusqu'à la terminaison fatale, conserva sa conformation régulière. Encore dans le service de M. Bohiar, M. Liouville a observé récemment un autre cas de paraplégie par le mal de Pott, également sans déformation de la colonne vertébrale.
VARIABILITÉ DES SYMPTOMES AU DÉBUT l^O
ments. La moelle, vous ne l'avez pas oublié, se trouve comprimée, comme étranglée sur un point de son parcours. Or si, "dans les premiers temps, il ne s'agit là que d'un phénomène purement mécanique, bientôt, dans l'immense majorité des cas, les éléments qui composent le centre nerveux spinal réagissent à leur manière. Au niveau du point comprimé, se produisent les lésions de la myélite transverse par compression, tandis que, au-dessus et au-dessous de ce point, se développent, suivant les lois que nous avons exposées, les altérations de la sclérose fasciculée secondaire, laquelle occupe, dans le premier cas^ la partie médiane des cordons postérieurs et, dans le second cas, la partie la plus postérieure des cordons latéraux.
Envisageons donc les choses telles qu'elles se présentent dans les conditions ordinaires : chemin faisant nous relèverons les circonstances exceptionnelles, et, pour plus de clarté, prenons pour exemple le cas le 'plus vulgaire, celui où la lésion siège sur un point quelconque de la région dorsale de la moelle épinière.
Il y a dès maintenant une première distinction à établir. Tantôt, en effet, la compression affecte toute l'épaisseur de la moelle, en travers \ tantôt elle ne porte que sur une des moitiés latérales du cordon nerveux. C'est le premier cas, — de beaucoup le plus fréquent d'ailleurs, — qui nous occupera tout d'abord.
Entrons bien dans la situation que nous devons examiner. Depuis quelques semaines, quelquefois depuis plus longtemps