HUITIÈME LEÇON
De la Compression lente de la moelle épinière. — Paraplégie cervicale. — Symptômes particuliers. — Pouls lent permanent.
Sommaire. — De la paraplégie cervicale. — Compression des nerfs des extrémités supérieures. — Lésions de la moelle épinière au cou ; leur mode d'action dans la production de la paraplégie cervicale. — Distinction entre la paraplégie cervicale due à la compression des nerfs périphériques et celle qui dépend d'une lésion de la moelle. — Altération des cellules nerveuses motrices et tumeurs de la moelle, cause d'une troisième forme de la paraplégie cervicale.
De quelques symptômes particuliers de la compression lente de la moelle cervicale. — Troubles oculo-pupillaires. — Toux et dyspnée. ~ Vomissements à retour fréquent. — Gêne de la déglutition. — Hoquet. — Troubles fonctionnels de la vessie. — Attaques d'épilepsie.
Du pouls lent permanent. — Ralentissement temporaire du pouls dans les fractures des vertèbres du cou. — Pouls lent permanent lié à certaines affections organiques du cœur (rétrécissement aortique, dégénérescence graisseuse du tissu cardiaque, dépôts fibrineux). — Insuffisance des lésions cardiaques, dans certains cas, pour expliquer le pouls lent. — Accidents liés au pouls lent permanent : Syncope, état apoplectiforme, accès con-
vulsifs. Dans certains cas le point de départ du pouls lent permanent
doit être recherché dans la moelle cervicale ou dans le bulbe. — Cas du D' Halberton.
Mort subite par rupture du ligament transverse de l'apophyse odontoïde.
Symptômes qui accompagnent les lésions du renflement lombaire et de la queue de cheval.
Messieurs,
Je terminerai cette série d'études relatives a la compression spinale lente, en appelant votre attention sur certaines
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particularités qui s'observent quelquefois dans les cas où la lésion, qui détermine les phénomènes de compression, affecte la région cervico-brachiale de la moelle épinière
Nous nous occuperons, en premier lieu, d'une forme sing-uliere de paralysie qu'on peut rencontrer en pareil cas et que nous vous proposerons de désigner, à l'exemple de M. Gull, sous la dénomination, assurément très pratique de paraplégie cervicale^ La paralysie occupe alors, soit un seul des membres supérieurs, soit les deux membres supérieurs a la fois, exclusivement ou tout au moins d'une façon prédominante. - Les membres abdominaux sont souvent affectés à leur tour, par la suite, mais généralement à un degré relativement moindre. Il n'est pas très rare de rencontrer cette forme de paralysie dans le mal de Pott cervical.
a) Il peut arriver, et il arrive, en effet, assez fréquemment dans cette variété du mal de Pott, que les nerfs des extrémités supérieures soient comprimés, tantôt au niveau des trous de conjugaison, tantôt dans leur passage à travers la dure-mère épaissie par le fait de la pachyméningite caséeuse. Cette compression, portée à un certain degré, aura nécessairement, tôt ou tard, pour résultat, une paralysie portant, suivant le cas, soit sur un seul de ces membres isolément, paralysie toute périphérique et qui se traduira à peu près. Messieurs, par l'ensemble des symptômes suivants :
A l'origine, une douleur vive occuperait le trajet des troncs nerveux comprimés et irrités; il pourra s'y joindre une hyperesthésie plus ou moins prononcée des téguments, des troubles vaso-moteurs variés, diverses éruptions cuta-
1. Cervical Paraplefjia, in Quy's Hosp. Reports, t. IV, 1858, p. 207.
nées vésiculeuses et huileuses, etc., en un mot toute la série des phénomènes que nous avons naguère appris a connaître à propos des pseudo-névralgies et sur lesquels^ par conséquent, il n'est pas nécessaire de revenir. L'impuissance motrice ne tarderait pas à survenir, et les muscles des membres paralysés présenteraient bientôt une atrophie plus ou moins accusée, accompagnée ordinairement d'une diminution plus ou moins accentuée de la contractilité faradique par le progrès du mal, l'hyperesthésie ferait place à une anesthésie souvent très profonde. Enfin, il y aurait lieu de relever l'existence, dans les membres privés du mouvement, d'un amoindrissement et même de la suppression totale des actes réflexes ^
b) La compression subie par les filets nerveux qui donnent naissance au plexus brachial n'est pas, tant s'en faut, la seule cause organique capable de produire la paraplégie cervicale ; celle-ci peut se montrer encore en conséquence de lésions qui portent leur action sur la moelle épinière elle-même.
S'il est vrai qu'une compression très accentuée, poussée au point, par exemple, de déterminer un aplatissement prononcé de la moelle, a pour effet nécessaire, lorsqu'elle s'exerce sur la région cervico-brachiale, de paralyser les quatre membres, l'observation démontre, d'un autre côté, qu'une pression moins forte, s'exerçant sur cette même région, peut dans de certaines conditions, avoir pour résultat d'occasionner une paralysie motrice limitée, au moins pendant quelque temps, aux deux membres supérieurs ou même à l'un de ces membres.
1. Sur la para/pUrjie cervicale par compression des troncs nerveux, consultez : Brodic. - Injuries of the spinal Cord. In Medico-chirurgical fransact mi t. XX, p. 131; - Marshall Hall. Jn Medic-chir. Transact., 18.3J t. XXiri, p. 210; — Niemeyor. Speciell PathoL, t. IL p. 328; — M. Rosenthal. - Constants Jahresh., 1866, 2° Bd., 1 Abth. p. 45 et Ncrvenkrankh. - Boned.kt. Elekirotherap., t. II. p. 316. - .J.-A. Michaud. Sur la méningite et sur la myciite dans le mal vertébral. Paris, 1871, p. 5G.
Pour se rendre compte anatomiquement et physiologiquement de ce phénomène, mis en relief par l'observation clinique, on a proposé d'admettre que les conducteurs pour les incitations motrices volontaires des membres thoraciques occupent, dans les cordons antérieurs de la moelle cervicale un plan plus superficiel que celui qu'occupent les conducteurs des mêmes incitations pour les membres inférieurs II suit naturellement de là que les deux ordres de conducteurs peuvent être lésés isolément, séparément!.
Quelle que soit la valeur de cette interprétation, on ne saurait. Messieurs, je le répète, mettre en doute l'eiistence de la forme de paralysie des membres supérieurs sur laquelle j'appelle votre attention. Voici d'ailleurs l'indication sommaire des traits particuliers sous lesquels elle se présente et qui permettent de la disting-uer des paralysies cervicales liées à la compression périphérique des nerfs. — Dans celle-ci vous le savez, l'impuissance motrice est précédée et accompagnée de douleurs vives (pseudo-névralgies), suivie tôt ou tard d'anesthésie : il s'y ajoute une atrophie plus ou moins marquée et plus ou moins rapide des masses musculaires, avec diminution de la réaction faradique. Les actes réflexes dans les membres paralysés sont amoindris et supprimés.
La paraplégie cervicale par compression spinale antéropostérieure se présenterait au contraire avec des caractères tout autres. Ici les muscles conservent pendant fort longtemps leur volume ainsi que leurs propriétés électriques. La sensibilité des membres paralysés peut n'être pas notablement modifiée ; enfin, non seulement les phénomènes réflexes persistent dans ces membres, mais encore ils s'y montrent quelquefois manifestement exaltés. Cette circonstance qui
1. Consulteiy Brown-Séqiia,^^ Joimial de la phyùologio, etc., t. VI,
u v' ^\ln.' Int • ~ ^"'«"^"rê:- - J^'undlonndlcn Nervcnkranbh. Berlin, 1871, p. 379.
suffirait à elle seule pour démontrer que la lésion ne porte pas sur le trajet périphérique des nerfs, se trouve mise en relief déjà dans une observation recueillie par M. Budd et qui fait partie d'un mémoire très intéressant dont la publication remonte à l'année 1839 ^ Il s'agit, dans ce cas, d'une jeune fille scrofuleuse, atteinte de carie des vertèbres cervicales et chez laquelle se développa consécutivement un abcès rétropharyngien. Pendant deux ans environ la paralysie s'était montrée limitée aux membres supérieurs -, elle envahit par la suite le membre inférieur droit. Sous l'influence de diverses excitations, ainsi que pendant l'acte de la micturition et de la défécation^ des mouvements involontaires plus ou moins énergiques survenaient dans ce membre, et aussi parfois, bien que toujours a un degré moins prononcé, dans le membre supérieur du même côté.
Un fait rapporté par le D'^ Radcliffe doit être rapproché, a certains égards, de celui du D"" Budd-.
c) Il est encore. Messieurs, un autre mode suivant lequel une altération de la région cervico-brachiale de la moelle épinière pourrait déterminer une paralysie motrice bornée aux membres supérieurs. Vous n'ignorez pas que, dans certains cas de paralysie infantile spinale, la paraplégie cervi cale s'observe lorsque la lésion systématique des cornes antérieures de la substance grise est limitée, dans une certaine étendue en hauteur, au renflement brachial. Les mem-
1. Patkology of Ihe spinal Cord.ln Med.-chîr. Transad., 1839 t XXXII p. 141. '
2. Ua cas, rocueilli à la clinique d'Oppolzer par M. Schott, et un autre cas observe par MM. Yogel et Dittmar sont aussi des exemples de compression lente s exercjant sur la partie antérieure de la région cervicale de la moelle épiniere, et ayant déterminé une paralysie motrice limitée aux membres supêneura. Ces deux faits ont été signalés dans un intéressant travail de M. Emil ^m. Krem/cheits Erscheimmfjcn in Folge von Compression dcr oberster VorsalalUcks des Eacicenmarcks. In Wiener med. Wochenschr., n"» 24. 25 1864 et C/ans/a<i's /a/ireei., 1865, t. III, p. 30. '
Chaucot. Œuvre» complètes, t. II.
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bres paralysés présentent alors, dès l'orig-ine, une flaccidité extrême, résul tat de la perte de la tonicité des muscles; les actes réflexes sont plus ou moins complètement abolis ; les muscles atrophiés ne répondent plus aux excitations faradiques. La sensibilité n'est, dans la règle, en rien modifiée.
Une myélite aiguë, partielle, de même siège, produirait à peu de chose près les même efi"ets* et l'on peut en dire autant d'une tumeur qui, primitivement développée vers le centre de la moelle cervicale, s'étendrait principalement en avant de manière à affecter surtout la substance grise des cornes antérieures. Seulement, dans ce dernier cas, en raison de l'évolution relativement lente de la lésion et de son extension, pour ainsi dire fatale à un instant donné, soit aux faisceaux blancs, soit aux régions postérieures de la substance grise, l'aspect des symptômes se montrerait nécessairement plus ou moins profondément modifié. Quoi qu'il en soit, on pourrait citer quelques exemples où une tumeur intra-spinale cervicale a déterminé dans les membres supérieurs une paralysie se rapprochant, k beaucoup d'égards, du type infantile. A ce propos je me bornerai à signaler une observation recueillie par M. Gull et où il s'agit d'un enfant de 8 mois chez lequel un tubercule solitaire s'était développé à la partie inférieure du renflement cervical, au niveau de l'origine des 6" et 7^ nerfs cervicaux. La paralysie envahit d'abord graduellement le membre supérieur droit ; puis, au bout de quinze jours, elle s'était étendue au membre supérieur gauche. Deux mois après le début des premiers symptômes, les membres paralysés, profondément amaigris, pendaient flasques et inertes de chaque côté du corps. Les membres abdominaux étaient faibles, mais le petit malade pouvait les mouvoir volontairement. La mort survint environ six mois après l'invasion de la paralysie.