ACCIDENTS CONSÉCUTIFS
L'ensemble symptomatique reste invariable, Messieurs ainsi que le démontrent mes trois observations, soit qu'il 'v ait des lésions organiques du cœur bien et dûment constatées, soit alors que ces lésions n'existent pas. Quelle est donc l'ong-ine du ralentissement du pouls et des accidents qui s'y surajoutent dans les cas du dernier genre ? Je suis très porté a croire, je le répète, qu'elle doit être cherchée dans la moelle epinière ou dans le bulbe. En l'absence d'observations personnelles propres à décider la question, je puis étayer mon hypothèse non seulement sur ce qui a été dit tout à l'heure des effets produits par l'irritation traumatique des régions supérieures de la moelle, mais encore sur la connaissance d'un fait particulier extrêmement remarquable et qui, jusqu'ici, est resté dans l'ombre, je ne sais trop pourquoi.
Ce fait appartient au D-- Halberton, qui l'a publié dans les Transactions méclico-chirurgicales de Londres, pour 1844'. Il concerne un gentleman âgé de 64 ans qui, dans une partie de chasse, fit une chute sur la tête et perdit connaissance un instant. Il dut rester plusieurs semaines au lit, se plaignant d'une douleur vive au cou et d'une gêne marquée dans les mouvements de la tête. Cette gêne persista longtemps; cependant durant les deux années qui suivirent l'accident, ce gentleman put se livrer tant bien que mal à la plupart de' ses occupations favorites. Ce n'est qu'au bout de ces deux années que survint la première crise syncopale {a fainting fit) , et l'on reconnut à cette occasion, pour la première fois, que le pouls était ralenti d'une manière permanente. Pendant le cours des deux ou trois années qui suivirent, les accès se reproduisirent et se rapprochèrent de plus en plus, en même temps qu'ils devenaient plus longs. Le plus sou^•ent, dans ces
1. T. H. Halberton. —4 case of slow pidse wUli fainiinrj fils, which first came on Iwo years a/ter an injury of Ihc nec/c, from a 'fàll. {MecL dur. Irana.jt. XXIV. London, 1814.)
LÉSIONS SPINALES ET BULBAIRES loi
crises, l'état syncopal faisait place bientôt aux phénomènes apoplectiformes et épileptiformes dont je vous entretenais il y a un instant. Le pouls qui, dans les conditions ordinaires, était en moyenne à 33, tombait à 20, à 15 même aux approches de l'accès, et il cessait momentanément de battre lorsque celui-ci avait éclaté,
La mort survint dans une de ces crises, et voici ce que l'autopsie, faite par Lister, permit de constater. La partie supérieure du canal spinal et le trou occipital étaient considérablement rétrécis dans le diamètre antéro-postérieur ; à peine ce dernier pouvait-il admettre le petit doigt. La dure-mère et le ligament qui recouvre la partie postérieure du corps de l'axis, étaient très épaissis. L'atlas avait conservé sa situation normale, mais les articulations qui l'unissent à l'occipital avaient subi l'ankylose osseuse, de manière à ne permettre aucun mouvement. La moelle allongée était très petite et d'une consistance très ferme. Le cœur était volumineux, les parois ventriculaires plutôt minces, mais il ne présentait d'ailleurs, a part un certain degré d'épaississement de l'endocarde dans plusieurs cavités, aucune altération digne d'être notée.
L'auteur n'hésite pas à rattacher tous les symptômes relevés dans son intéressante observation — pouls lent permanent, crises syncopales suivies de symptômes apoplectiformes et épileptiformes, — aux effets de la compression que la moelle cervicale et le bulbe avaient dû subir en conséquence du rétrécissement que présentaient la partie supérieure du canal vertébral ainsi que le trou occipital. Je m'associe sans réserve à son opinion ^
1. Le poids lent permanent avec attaques syncopales, apoplectiformes et épileptiformes, s'o))serve quelquefois à titre d'accident consécutif à la diphtérie. Il y a lieu de croire, d'après ce qui précède, que ces symptômes qu'on s'efforce toujours de rattacher soit à une altération des parois ventriculaires, soit à la formation de caillots dans les cavités cardiaques, relèvent, dans certains cas au moins, d'une lésion siégeant dans le bulbe ou dans la moelle cervicale supérieure; c'est là une thèse (pie je me réserve de développer par la suite.