‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1110 sur 1121 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

MADAME DE SAINTE-AGNÈS, IRÈNE

madame de sainte-agnès. Quant à vous, Mademoi-

selle, j'aurai à vous parler. J'ai vu votre ami, votre conseiller. Dans un autre moment je vous dirai ce que j'en pense, car je ne veux pas me mettre en colère avant d'aller à ma conférence de morale.

iréne. Vous avez raison, ma tante ; tantôt, en revenant...

madame de sainte-agnès. Oui , Mademoiselle, nous causerons de vos nouvelles intentions , qui me prouvent que, tout entière aux vanités du monde... Approchez-moi cette toilette.

iréne, approchant la toilette. Est-ce que vous n'êtes pas bien ainsi ?

madame de sainte-agnès. Non , Mademoiselle, il y aura beaucoup de monde à cette assemblée; toutes les dames de la ville y seront en grande parure, et je ne veux pas que la simplicité de ma mise fixe sur moi les regards. Une faut jamais se faire remarquer. (Elle s'assied devant la toilette.)

irene. Oui, ma tante.

madame de sainte-agnès. Du reste, souvenez-vous qu'en pareil lieu, ce n'est pas l'éclat de la parure qui

fait quelque chose, mais bien les sentiments qu'on y apporte. (Elle met du rouge.) Voilà un rouge qui ne tient pas du tout.

irene. En voici d'autre.

madame de sainte-Agnès. A la bonne heure. (Mettant du rouge qu'Irène vient de lui donner.) Car on est plus parée, Mademoiselle, par la décence et la modestie que parles bijoux les plus précieux.

irene. Oui, ma tante, voilà votre écrin.

madame de sainte-agnès. C'est bien; ma chaîne. {Irène lui donne une chaîne que madame de Sainte- Agnès passe à son cou.) Mes bracelets.

irene, regardant dans V écrin. Ah! mon Dieu! je n'en vois plus qu'un.

madame de sainte-agnès. Comment! qu'est-ce que cela veut dire? et qu'est-ce que l'autre est devenu?

irène, le cherchant dans le tiroir de sa toilette. Ne vous fâchez pas, ma tante.

madame de sainte-agnès. Eh bien! ce bracelet?

irène, cherchant toujours. Mon Dieu ! ma tante, je sais maintenant, et je me le rappelle ; c'est M. Anatole .

madame de sainte-agnès. M. Anatole !

irène. Oui, l'autre jour, en examinant votre écrin, que j'étais occupée à serrer, il a cas é un chaînon à. ce bracelet; il l'a pris en disant: « Mademoiselle Irène, n'en parlez pas ; je vais le faire raccommoder, et je le remettrai sans qu'on s'en aperçoive. »

madame de sainte-agnès. Il serait possible !

irene. 11 paraît alors qu'il n'est pas fini, et que l'ouvrier l'aura fait attendre; mais on pourrait le lui demander.

madame de sainte-agnès. Du tout, Mademoiselle ; je vous défends de lui en parler ; et je ne veux pas de ces parures; je ne veux plus les mettre. Serrez cet écrin sur-le-champ.

irene. Mais, matante, qu'est-ce que vous avez donc? vous voilà toute troublée.

madame de sainte- agnés. Moi ! eh bien! par exemple...

irene. Mais, oui, ma tante...

madame de sainte-agnès. Que voulez-vous dire, Mademoiselle?

irène. Je vous assure, matante...

madame de sainte-agnès. Et pourquoi serais-je troublée? quelle idée avez-vous?.. Dieu ! mon mari...

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