‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 1112 sur 1121 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les précédents ; ANATOLE, habillé en noir.

sainte-agnés, allant au-devant d'Anatole qui entre par le fond. Arrive donc, mon cher ami ; car, si tu ne fais pas diversion en ma faveur, je suis battu sur tous les points.

anatole, à madame de Sainte-Agnès. Me voici à vos ordres, Madame, et prêt à vous donner la main.

madame de sainte-agnes. C'est inutile, Monsieur; j'ai changé d'idée, et nous n'irons pas.

irene. Comment, ma tante, c'est vous qui refusez d'aller à votre conférence?

sainte-agnès, avec intérêt. Chère amie, est-ce que vous êtes malade ?

madame de sainte-agnes. Du tout,Monsieur ; d'autres devoirs non moins essentiels me forcent à rester chez moi.

anatole. Je serai donc privé de l'honneur d'accompagner ces dames ; et j'en suis désolé.

sainte-agnès, bas, à Anatole. Laisse donc, tu en es enchanté.

anatole. Moi, Monsieur !

sainte-agnès. Eh! oui, sans doute; tu me feras peut-être accroire que tu y vas pour ton plaisir? anatole. Certainement.

sainte-agnès. Je comprends bien; parce que toutes les jolies femmes y sont ; mais il ne faut pas t'en faire un mérite ; car elles seraient au bal, que tu irais tout de même. Après cela je ne t'en fais pas de reproches; j'en ferais autant.

madame de sainte-agnes. Comment, Monsieur...

sainte-agnès, regardant sa femme. Non , non, je n'en ferais pas autant parce que je suis marié; mais toi, à ton âge, et quand on est amoureux...

Irène. Amoureux, M. Anatole!.. (A part.) Il serait vrai!

sainte-agnes. Parbleu ! cen'estpasmoi qu'on trompe. Depuis deux mois je m'en suis aperçu; je ne sais pas de qui: mais il est triste, malheureux; il parait que c'est une inhumaine.

anatole. Hélas! oui.

sainte-agnès. Et elle est bien difficile; car maintenant il est bien gentil, il est aimable, et moi, à coup sûr, si j'étais femme...

MADAME DE SAINTE-AGNÈS. Monsieur...

sainte-agnès. C'est une supposition. Après cela il est peut-être trop timide; il n'ose pas, et c'est un tort, il faut oser...

madame de sainte-agnês. Quels principes ! quels ingnes conseils !

sainte-agnes. Des conseils d'ami; car, que sait-on? peut-être qu'il est aimé, et qu'on ne veut pas en convenir.

iréne. C'est possible.

salnte-agnès. Ça se voit tous les jours; et qu'est-ce qu'on risque de se déclarer? on sait à quoi s'en tenir, et on n'a plus qu'à se réjouir ou à se consoler.

madame de sainte-agnès. Monsieur...

sainte-agnès. Eh bien! qu'avez-vous donc?

madame l>e sainte-agnes. Je dis, Monsieur, que, si justice était faite, vous mériteriez d'être puni.

anatole. Croyez, Madame, que je suis loin d'approuver de tels principes.

sainte-agnes, à part. Est-il hypocrite!

madame de saint-agnès. C'est trop de les avoir écoutés ; je prie que dorénavant on me fasse grâce de pareils discours; c'est pour en être plus sûre qu'aujourd'hui je ne verrai ni ne recevrai personne.

anatole. Moi qui devais dîner chez vous?

madame de sainte-agnès. Vous êtes toutà fait libre; adieu. {Elle sort par le fond.)

sainte-agnes.

Air de Turenne.

Elle s'en va, laissons la faire :

Gaiment nous dînerons tous trois; Et puis au spectacle, ma chère.

Nous nous rendrons en tapinois...

Pour moi quelle bonne journée!

Festin, spectacle tour à tour.-.

Que de plaisirs en un seul jour !

Prenons-en pour toute l'année.

(Il prend Irène sous son bras, et sort en Vemmenant avec lui.)

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