CHRISTINE, LE BARON DE GOELHER
Christine. Eh! mais, monsieur le baron, qu'est-ce que cela signifie? Qu'y a-t-il donc encore de nouveau? goelher. Rien, Mademoiselle.
Christine. Le comte de Str aensée vient de s'enfermer dan ; lecabinet de moripôre;ilsontenvoyéclicrcherM. deRantzau. A quoi bon cette réunion exlr loidinaire! Il y a déjà eu conseil ce matin, et tantôt ces messieurs doivent se trouver ici à dîner.
goelher. Je l'ignore... mais il n'y a rien d'important, rien de sérieux... sans cela j'en aurais été prévenu ! Mi nouvelle place de secrétaire du conseil m'oblige d'assister à toutes les délibérations.
Christine. Ah! vous êtes nommé?
coeliier. De ce matin !.. sur la proposition de votre père ; et la reine a déjà confirmé ce choix. Je viens de la voir ainsi que toutesces dames, encore un peu troublées de l'algarade de ces bons bourgeois... Ou. craignait d'abord que cela ne dérangeât le bal de dcmiin ; grâce au ciel, il n'en est rien : il m'est même venu là-dessus quelques plaisanteries I assez heureuses qui ont obtenu l'approbation de SaMa^sté, et elle a fini par rire de la manière la plus aimable.
chiustine. Ah! elle a ri!
goelher. Oui, Mademoiselle, tout en me félicitant de ma nomination et de mon mariage... et elle m'a dit à ce sujet des choses.,. (So)iriant avec fatuité.) qui donneraient beaucoup à penser à ma vanité, si j'en avais... (A part.) car enfin Struensée ne sera pas éternel... (Haut.) Mais je n'y pense plus... Me voilà lancé dans les affaires d'État, les af- 1 faires sérieuses, pour lesquelles j'ai toujours eu du goût... Oui, .Mademoiselle, il ne faut pas croire, parce que vous me voyez léger et frivole , que je ne puisse pas aussi bien que tout autre... mon Dieu! on peut traiter tout cela en se jouant, en plaisantant... Que j'arrive seulement au pouvoir, et l'on verra !
Christine. Vous au pouvoir!..
goelher. Certainement, je puis vous le dire, à vous, en confidence, .cela ne tardera peut-être pas. 11 faut que le Danemark se rajeunisse, c'est l'avis de la reine, de Struensée, de votre père... et si l'on peut éliminer ce vieux comte de Ran'zau, qui n'est plus bon à rien,etque l'on garde parée que son ancienne réputation d'habileté impose encore aux cours étrangères... j'ai la promesse formelle d'être nommé à sa place; et vous sentez que M. de Falkenskield et moi... le beau-père et le gendre à la tète des affaires... nous mènerons cela autrement .. Ce matin, par exemple, je les voyais tous effrayés; cela me faisait sourire : si l'on m'avait laissé faire, je vous réponds bien qu'en un instant...
Christine, écoutant. Taisez-vous !
goelher. Qu'est-ce donc?
Christine. Il m'avait semblé entendre dans le lointain des cris confus.
goelher. Vous vous trompez.
Christine. C'est possible.
goelher. Des gens du peuple qui se disputent... ou se battent d ms la rue; ne voulez-vous pas les priver de ce plaisirlà ? ce serait cruel, ce serait tyrannique; et nous avons à parler de choses bien plus importantes, de notre mariage, dont je n'ai pas encore pu vous dire un mot, et du bal de demain, et de la corbeille, qui ne sera peut-être pas achevée... car je ne vois que cela de terrible dans les émeutes et les révoltes, c'est que les ouvriers nous font attendre, et que rien n'est prêt.
Christine. Ah ! vous n'y voyez que cela de fâcheux... vous êtes bien bon... moi qui ce matin me suis trouvée au milieu du tumulte...
goelher. Est-il possible ?
Christine. Oui, Monsieur; et sans le courage et la générosité de M. Éric Burkenstaff, qui m'a protégée et reconduite jusqu'ici...
goelher. M. Éric !.. et de quoi se mèle-t-il? et depuis quand lui est-il permis de vous protéger?., voilà à coup sûr une prétention encore plus étrange que celle de monsieur son père.
Joseph, entrant et restant au fond. Une lettre pour monsieur le baron.
goelher. De quelle part?
joseph. Je l'ignore... celui qui l'a apportée est un jeune militaire, un officier, qui attend en bas la réponse.
Christine. C'est quelque rapporteur ce qui se passe.
goelher. Probablement... (Lisant.) « Je porte une épau- « le lté; monsieur le baron de Goelher ne peut plus me rc-
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