‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 278 sur 1121 · M. DE MIREMONT, CÉSARINE, OSCAR, BERNARDET · texte numérisé non relu

M. DE MIREMONT, CÉSARINE, OSCAR, BERNARDET

oscar, allant au-devant de M. de Miremont, à qui Césarine donne le bras. Que c'est aimable à vous, monsieur le comte, de venir ainsi à un déjeuner de garçons!

bernardet. Et de si bonne heure encore! cane m'étonne pas. L'exactitude est la politesse des... supériorités en tout genre... A ce titre, vous deviez arriver le premier.

m. de miremont, à Oscar. Oui, mon cher ami, j'ai voulu venir de bonne heure pour vous prévenir qu'à mon grand regret jo ne pouvais pas déjeuner avec vous!

oscar. 0 ciel !

m, de miremont. Et vous faire moi-même mes excuses.

bernardet, Ims, à Oscar. Que vous disais-je?..

m. de miremont. Nous avons ce malin, au Luxembourg, à la chambre des pairs, une séance où je suis indispensable.

oscar. Comment !.. vous ne pourriez pas y manquer?..

m. de miremont. C'est précisément ce que tout à l'heure nie disait, ma femme,

LA CAMARADERIE

oscar, naïvement. En vérité?..

m. de miremont, d'un air grave. Parce que les femmes ne se doutent pas de l'importance des choses; elles voient une partie dé plaisir qui les séduit, et voilà tout... mais nous autres!., c'est différent !

bernardet. Je présume que monsieur le comte a souvent à combattre... et contre un redoutable adversaire?..

m. de miremont. Mais non, Césarine est vraiment fort raisonnable... Je lui cède volontiers, et même avec empressement, dans toutes les petites occasions qui peuvent lui être agréables; mais dès qu'il s'agit d'affaires^graves, d'affaires d'État... elle sait bien qu'il est inutile de me prier... et elle ne l'essaie même pas.

césarine. Aussi ce matin, Monsieur, vous me rendrez la justice de dire que je n'ai pas insisté.

m. de miremont. C'est vrai.

césarine. Et cependant, si vous l'aviez bien voulu, vous auriez pu ne pas causer ce désappointement à ce pauvre Oscar, et donner congé à la chambre haute, qui devrait bien s'habituer à marcher sans vous... car, enfin, si vous étiez malade...

M. de miremont, d'un air sévère. Ma femme!..

césarine. Allons, ne vous fâchez pas, je me tais... je n'ai pas envie de me faire une querelle, et puisque vous le voulez absolument, que rien ne vous arrête... allez au Luxembourg; j'irai pendant ce temps-là à la séance du Conservatoire... si toutefois vous ne vousy opposez pas encore...

m. de miremont, s'inclinant et lui prenant la main. Ma chère amie...

césarine. J'ai dans la loge du ministre une place que sa femme m'a offerte, et qu'heureusement je n'avais pas refusée.

m. de miremont. A la bonne heure.

bernardet, à part. C'est là qu'elle voulait aller!

césarine, gaiement, à Oscar. Ce sera du moins un dédommagement qui ne me consolera pas de ce que je perds, mais qui m'empêchera d'y penser... (A M. de Miremont.) Partez vite; la voiture vous conduira d'abord au Luxembourg et viendra me rejoindre ici... où j'ai à parler à monsieur Bernardet.

bernardet. Trop heureux d'être à vos ordres !

césarine. Oscar, donnez donc le bras à votre cousin... jusqu'à la voiture...

m. de miremont. Comme vous voudrez, mais c'est inutile.

bernardet. Je le crois bien, monsieur le comte n'a pas besoin de bras; il a pour son âge une vivacité et une verdeur... Il est plus jeune que nous.

oscar, d'un air malin. Je m'en rapporte à ma cousine !

césarine. Vous êtes bète, Oscar.

oscar, riant. N'est-ce pas, je suis drôle!.. {A part.) Elle est un peu bégueule, ma cousine, mais elle est bien aimable... [Offrant son bras à M. de Miremont.) Je vous conduis jusqu'en bas... [A Bernardet.) Je donne les derniers ordres pour le déjeuner... (A Césarine.) et je reviens.

m. de miremont. Adieu, ma femme !.. ne sois pas fâchée contre moi, et surtout ne t'impatiente pas. Dans un quart d'heure je te renvoie la voiture. (22 sort avec Oscar.)

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