‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 300 sur 1121 · EDMOND, CÉSARINE · texte numérisé non relu

EDMOND, CÉSARINE

césarïne, à part. Ce n'est pas sans peine ! elle voulait rester... Les femmes sont si curieuses!

edmond. En vérité, Madame, j'ai peine à me persuader ce que je vois et ce que j'entends...

césarïne. Oui, l'on a de la peine à s'avouer qu'on a été injuste.

EDMOND. Moi !

césarine. Vous m'avez promis de la franchise !

edmond. Et je tiendrai parole, au risque de me perdre... Eh bien ! oui, j'étais persuadé que vous étiez mon ennemie, que vous aviez pour moi de l'aversion , de la haine; bien plus, car je n'ai jamais su feindre, il me semblait que vous ne négligiez pas une seule occasion de me nuire.

césarïne. Je laisse à mes actions le soin de répondre.

edmond, avec embarras. Dans ce moment, il est vrai...

césarïne. Remettez-vous; je ne veux pas abuser de mes avantages. Parlons d'abord de vous, de vos intérêts... je n'ai que ce moyen-là de me défendre. Cette nomination de député vous tient donc bien au cœur? c'est donc là l'objet de tous vos désirs, de toute votre ambition ?

edmond. Non, Madame!

gésarine. Comment, non ?

edmond. Vous voyez que j'ai en vous plus de confiance que vous ne pensez; mais votre bonté, votre générosité m'encouragent tellement qu'à présent je croirais vous faire injure en ne vous ouvrant pas mon cœur tout entier.

césarïne. Et vous avez raison !

edmond. Eh bien ! Madame... je n'ai pas les idées que l'on me suppose ; je désire la considération, non pour elle-même, mais parce qu'elle me rapprocherait d'une personne dont en ce moment je suis trop loin par malheur.

césarïne. En vérité? c'est là le motif...

edmond. Je n'en ai pas d'autres, je vous le jure. Ce n'est pas l'ambition qui remplit mon cœur, c'est une autre passion que depuis longtemps je voudrais me cacher à moi-même et que je n'ai jamais avouée, pas même à celle qui en était l'objet.

césarïne. Et pourquoi donc?

edmond. Parce que jusqu'à présent j'étais sans espoir.

césarïne. Et maintenant vous en avez donc?

edmond. D'aujourd'hui seulement.

césarïne. Comment cela?

edmond. Ah! je voudrais et n'ose vous le dire!

césarïne. Pourquoi? Est-ce que je connais la personne?

edmond. Oui, Madame, beaucoup.

césarïne, souriant. En vérité! parlez... si j'ai quelque pouvoir...

edmond, vivement. Un très-grand ! Vous pouvez beaucoup

LA CAMARADERIE

sur elle et s'il faut vous l'avouer, vous pouvez tout!

césarine, jouant Vétonnement. Que voulez-vous dire?

edmond. Que de vous seule dépend mon bonheur ! Un mot de vous, et je n'ai plus rien à désirer! Oui, cette amitié que vous m'offrez si généreusement, j'y crois désormais, je l'imploré, et si vous me secondez, si vous parlez pour moi, je suis sûr d'obtenir sa main.

césarine. Sa main... qui donc?

edmoisd. Agathe, votre belle-fille.

césarine. 0 ciel!

edmond. Oui, Madame.

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