‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 355 sur 1121 · ROSE, LUCIE, FRANVAL, ÉDOUARD · texte numérisé non relu

ROSE, LUCIE, FRANVAL, ÉDOUARD

franval. Par exemple, celui-là est trop fort! cent mille écus de rente.

édouard. C'est comme je vous le dis. Une Polonaise, une comtesse; car dans cj pays-là, on ne peut guère être moins que cela. La comtesse Valniska, et elle me faisait proposer sa main.

Air de Marianne.

Mais pour accepter sa t mdivsse

(Regardant Lucie.) J'aimais trop... et vous savez qui.

FRANYAL.

Et c'était bien une comtesse'?

EDOUARD

Qui descend de So'iiesky.

FRANVAL

Mais cette belle, Où donc est-elle?

Je veux la voir.

ÉDOUARD

Ètes-wus m -illieurcufci Elle est partie Pour Varsovie.

FRANVAL

C'est très-fàcheux,

rose, à part.

Non pas, S'at très-heureux.

FRANVAL

Ce trait sent un pejj la Gaseogiu.

rose, en montrant Franval.

Je ne crains rien, car le voilà Forcé de croire celui-là, Ou d'aller en Pologne.

édouard. Ma chère Lucie, que je s jis heureux de vous voir; nuis descendre hier dans cet hôtel, sans m'en faire I prévenir... si je l'avais su, je n'aurais pas élé au bil de '' l'Opéra, quoiqu'il m'y soit arrivé une aventure charmante. ' Une jeune dame que l'on allait enlever pour une au Ire, si je ne m'en étais mêlé... Il faut que je vous conte celte histoire-là.

lucie, d'un air suppliant. Mon cousin, ne la dites pas.

LE MENTEUR VÉRIDIQUE. 223

Edouard. Oh ! ne craignez rien ! elle peut se raconter, et puis je vous en donne ma parole d'honneur, celle-là est vraie.

franval. Comment! les autres ne l'étaient donc pas?

édouard. Si vraiment, elles le sont toutes; mais celle-là encore plus que les autres. (A Lucie.) Imaginez-vous... Mais qu'avez-vous? d'où vient celte tristesse? vous ne savez donc pas que votre père consent à nous unir aujourd'hui même?

lucie. 11 serait vrai ?

édouard. Oui, et il m'a promis que ce soir, après dîner, il signerait notre contrat, à une seule condition, qu'il n'a pas voulu me dire, mais que vous devez connaître, n'est-il pas vrai ?

lucie. Oui, et je crains que déjà il ne soit plus en votre pouvoir de la remplir.

franval. Je crois du moins qu'il aura de la peine; mais je suis équitable, et je ne condamnerai pas sans preuves, bien persuadé, mon cher Edouard, que tu ne seras pas embarrassé de m'en fournir d'ici à ce soir.

édouard. 11 paraît qu'en province on parle par énigmes, car je n'y conçois rien ; mais qu'importe? vous m'aimez, je vous aime; je suis si heureux de vous voir; depuis six mois que nous étions séparés...

franval. J'espère que tu as mis ce temps à profit, que tu t'es fait des amis, des protecteurs. Tu ne nous parlais pas dans tes lettres de M. le comte de Saint-Marcel, le meilleur ami de ton père : est-ce que, par hasard, tu ne le voyais plus?

édouard. Si vraiment, tous les jours; une maison charmante, une femme fort aimable; l'autre jour encore, j'ai fait une chanson pour elle, dont je devais,aujourd'htii même,lui porter la musique.

rose, à Lucie. Ah! mon Dieu, j'ai bien peur; Lolive, qui est à son service, me l'aurait dit.

édouard. Ce bon M. de Saint-Marcel, il m'a servi chaudement, il avait pour moi mille bontés^ et la preuve, c'est que j'ai dans ce moment-ci deux ou trois places à ma disposition; on m'offre la recette de Strasbourg, celle de Marseille...

franval. Je préfère cette dernière, et je suis d'avis qu'aujourd'hui même nous allions...

édouard. A peine arrivé, vous occuper déjà d'affaires ; songeons un peu aux plaisirs de la capitale, j'en veux faire les honneurs à ma jolie cousine. Il y a une pièce nouvelle aux Français, j'ai fait retenir une loge, ensuite il y a bal masqué.

franval. Oh ! d'abord, le bal de l'Opéra, nous n'irons pas, nous n'avons ni masques, ni dominos.

édouard. Et Babin, le costumier qui demeure là en face, sur le palier. Est-ce qu'on est jamais embarrassé à Paris, au centre de la civilisation et de la rue de Richelieu? A propos, comment trouvez-vous l'appartement que je vous ai retenu? un peu petit, n'est-ce pas? mais, voyez-vous, je loge au-dessus; il y a un peu d'égoïsme dans mon fait.

franval. J'aurais préféré le boulevard.

édouard. Ah! si j'avais su cela! ma maison qui est juste au coin des Italiens.

lucie. Votre maison !

franval. Tu as une maison à Paris, toi?

édouard. Et qui ne m'a pas coûté cher, un billet de loterie... moi qui n'y mets jamais.

franval. Peste! c'est avoir la main heureuse.

Edouard. Une maison charmante, toute neuve, entre cour et jardin, dix mille francs de glaces seulement au premier, avec un billard, salle de bains; cela avait été bâti pour une danseuse qui Ta trouvée trop petite.

franval. Parbleu ! moi qui ne suis pas si difficile que ces dames, j'irai y loger.

édouard. Ah ! que je suis donc fâché! je l'ai vendue avanthier.

franval. Déjà?

édouard. Soixante mille francs, ça n'est pas cher, mais il y avait des réparations à faire.

franval. Des réparations ! une maison toute neuve!

édouard. C'est-à-dire qu'il y avait un pavillon mal construit... Vous concevez....

Air : De sommeiller encor, ma chère.

Des maçons l'on n'est jamais quitte.

franval.

A construire on est donc bien long ?

EDOUARD

Mais, au contraire, on va trop vite :

On improvise une maison.

En quinze jours ell*s est bâtie; Mais les travaux doivent encor durer; Car à peine est-elle finie, Qu'on se met à la réparer.

Aussi, j'ai mieux aimé mes soixante mille francs, c'est plus sûr.

franval. Et ton acquéreur est-il solide?

édouard. Oh ! très-riche, un ancien marchand, M. Guillaume ; il doit même m'apporter mon argent ce matin ; oh ! je n'en suis pas inquiet.

rose, à part. Ni moi non plus.

lucie. Ah ! Rose, j'ai bien p?ur que ce n'en soit un.

rose. Et moi aussi, (Rose sort.)

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