‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 507 sur 1121 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

VALÉRIE, HENRI, qui regarde sortir le comte.

Henri, à part. Il nous laisse, c'est fort heureux. {Haut.) Ah ! Valérie, je vous cherchais ; rien n'égale la fatalité qui me poursuit.

valérie. Quel dommage! je suis si heureuse, je voudrais que tout le monde le fut. Dites-moi vite votre chagrin.

Henri. J'ai vu Caroline; je lui ai parlé, et après avoir bien hésité, je lui ai déclaré mon amour.

valérie, souridnt. La belle avance ! Je le lui avais déjà dit.

henri. Je le sais, mais c'est égal, j'ai eu le courage de le lui répéter.

valérie. Eh bien ?

henri. Elle a ri d'abord; mais elle paraissait émue. Je sollicitais un aveu; je voulais savoir si j'étais aimé. Enfin, elle m'a promis de me le dire après le déparc de M. de Halzbourg.

valérie. Il me semble que c'est déjà quelque chose.

henri. Mais c'est que le comte ne part pas ; il ne partira jamais. Il aime madame de Blumfeld; il veut l'épouser! Elle convient elle-même qu'en restant dans ces lieux il le lui a déclaré formellement. Et le plus terrible, c'est qu'il est fort aimable, du moins à ce qu'elle prétend.

valérie. Vraiment !

henri. Mais vous devez le savoir aussi bien qu'elle. valérie. Non, je ne lui ai pas parlé.

menrï. 11 vous quitte dans l'instant. Ce jeune seigneur que j'ai vu sortir d'ici...

valérie, avec joie. Vous ne savez pas? C'est Ernest! henri. C'est le comte de Halzbôurg.

valérié. Que dites'VOtis?

henri. Je n'en saurais douter; j'étais présent à son arrivée.

vai.érie. Lui! vous vous trompez, il n'a point de titres, de richesses; il me l'aurait dit.

henri. Qu'il vous l'ait dit ou non; c'est le comte de Halzbourg; et c'est là celui que vous aimiez?

Valérie. Oui, et quel qu'il soit, il est digne de ma tendresse : c'est le plus noble, le plus généreux des hommes!

VALERIE.

Si vous saviez quel motif fe ramène ici ! C'est pour moi, pour moi seule qu'il revenait. ..

henri. Plût au ciel! Mais malheureusementje suis certain que c'est pour madame de Blumfeld ; car vous, Valérie, il ignorait que vous fussiez en ces lieux, et il devait toujours vous croire à Olbruk.

valérie. 11 connaissait Caroline, et il ne m'en a pas parlé ! Et cet amour, ce mariage... Cela n'est pas possible, puisque tout à l'heure encore il m'offrait sa main.

henri. Je ne vous comprends pas; vous doutez de tout. Vous ne savez donc pas, Valérie, quels desseins peut concevoir un homme riche qui se croit sûr de l'impunité ! Pourquoi vous cacher et son nom et son rang, quand il ne le laisse point ignorer à madame de Blumfeld? 11 est donc certain que j'ai raison, et que c'est elle qu'il a l'intention d'épouser.

valérie. Eh! de grâce, dispensez-vous de m'en donner tant de preuves !

henri. Pardon! Mais c'est que vous n'êtes pas, comme moi, à même de tout observer. Ou dit qu'il est fort bien, fort agréable. D'abord, il n'a pas produit sur moi cet effetlà. Il ne m'a pas paru bien du tout; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y a dans sa physionomie un air de fausseté et de mystère; et vous seriez de mon avis, si vous pouviez en juger...

valérie. Attendez. Au moment de me quitter, il a hésité. Je me rappelle qu'il tremblait. Oui, j'en suis sûre, il était troublé. Mais comment soupçonner sa perfidie? Sa voix était toujours la même; j'avais toujours le même plaisir à l'entendre... Non, mon ami; rassurez-vous, il ne voudrait pas me tromper. Ce serait trop facile.

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