SCÈNE PREMIÈRE
(Il est nuit.)
BATHILDE, seule, entrant par la droite ; elle tient un flambeau qu elle pose sur la table. 11 n'est pas rentré;
je l'attendrai. (Avec agitation.) Oui, i! saura tout
(S'arrêtant.) Mais comment lui apprendre, sins exposer mon oncle â leur ressentiment! je m'accuserai plutôt moi-même ; je dirai... je n'en sais rien encore. N'importe, qu'il pen-e Ce qu'il vaudra, qu'il me méprise, qu'il me déteste! mais qu'il suit sauvé... (Avec crainte.) Ou vient. Non, p rsonne ! Seule dans sa chambre, au milieu de la II lî i ( ; je tremble au moindre bruit. (Amèrement.) C'est la première bonne action que je fa's, et je tremble! (Ëlh s'approche de la table.) Une lettre commencé'. {Elle y jette les yeux.) A si mère! Peut-être, aussi, n- 1— il répond i à cette jeune et jolie miss avec qui il a été élevé. EU 'est bien heureuse de l'aimer depuis si longtemps ! J'ai interrogé eu tremblant; c'est rn's; Henriette, la fille du gouverneur; elle a de l'or, de la naissance, des vertus; que n'en ai-je aussi pour 1-s lui offrir ! Mais elle venait ici pour sauver ses jours, et moi pour les livr. r. Ah ! ipian 1 il me connaîtra, quel sentiment lui inspirnwi-jo ! (Avec effroi. ' Je n'y veux pas penser, je me repentirais peut être... (Ecoutant.) Cette fois, je ne me trompe pas, j'en'ends marcher. {Elle va auprès de la porte.) C'est Arthur et mon oncle. En effet, ils devaient venir) j'oublie tout. Comment justifier ma présence,.. Ah! ce cabinet ; attendons qu'ils soient partis. (Elis se cazhe dans \s cabinet à gauche.)
S'iÈNE H.
ZAMBARO, ARTHUR. Ils entrent par la droite-, en con- , linuant leur conversation.
zambaro. Il n'est pas de retour?
arthur. Il aura voulu visiter lui-même tous les quartiers... A propos, baron, avez-vous envoyé à voire bord?
zambaro. La chaloupe est partie devant moi. Corbleu ! vous verrez trois cents gaillards dont vos habits rouges me diront des nouvelles. (A part.) Si je sais où en prendre un seul...
arthur. Ma foi, je vous avoue que sans eux la partie serait douteuse. Nos Américains sont pleins d'ardeur, d'enthousiasme, mais si peu exercés au feu
zambaro, à part. L'est bien, ça ne sera pas long. (Haut.) Et votre Zambaro, ces papiers allemands , avez-vous tiré cela au clair ?
arthur. Je joue de malheur, personne de ma compagnie ne sail celle maudite langue.
zambaro, à part. Grâce ad ciel !
arthur, les tirant de sa poche. Et j'ai beau les retourner en tous sens, il est bien avéré (pie je n'y entends rien.
zambaro, avec joie . N'est-ce que cel i ! donnez-les-moi.
ARTHUR. A VOUS, Il ITOU?
ZAMBARO. Je n'y pensais pas d'abord; mai* ma nièce nuis traduira < ela pal l'uleiiienf.
arthur. Coinnieiit! elle S3Î1 l'allemand, une si jolie femme ?
LA BOHÉMIENNE
zamdauo. Son mari, le comte de Barnheilm, mort au service d'Autriche, était de ce pays-là.
Arthur, lui donnant les papiers. A merveille!
zambauo, à part. Je les tiens!
arthur. En pariant de votre nièce, mon cher baron, saviz-vous qu'elle est charmante.
zambaro, indifféremment. Elle n'est pas mal.
arthur, avec feu. Pas mal! la physionomie la plus distinguée, une grâce, un esprit...
za.mbaro. Tudieu! mon jeune ami; quel feu! on dirait que...
arthur. Et pourquoi pas? pour être capitaine de cavalerie, on n'est pas insensible; mais avant tout, i'amitié et la subordination militaire... notre colonel est pris.
za.mbaro. Vous croyez ?
arthl r. Il ne faut pas que cela vous fâche.
za.mbaro. Moi, nullement.
arthur. C'est un singulier carac 1ère; loi qui a tant de calme et de sang-froid, qui raisonne si bien dans le conseil; eh bien! sur le champ de bataille, c'est un diable, la tète n'y est plus; et près d'une jolie femme...
zambaro, riant. C'est la même chose.
arthur. Comme vous dites; il perd la raison en un instant, en un instant aussi elle lui revient; car il n'est pas comme moi, il n'a pas de suite dans les idées; mais aujourd'hui, c'est sérieux, c'est la première fois que je le vois réellement amoureux, au point qu'il veut être votre neveu.
zambaro. Il serait possible!
arthur. 11 me l'a dit.
zambaro. Il ne sait pas sans doute que notre position, notre peu de foriune...
arïhcr. N'eussiez-vous rien, peu importe. Lionel est le plus riche propriétaire de la colonie... «Oui, « mon ami, me disait-il tout à l'heure, si demain « nous triomphons, si j'existe encore, je l'épouse... » Eh ! mais... (Allant à la porte d'entrée.)
zambapiO, à part, sur le devant à gauche. Dieu ! qu'ai-je fait ! voilà qui valait bien mieux que toutes les récompenses du gouverneur. '.Haut.) Ce pauvre colonel. [A pari.) Et moi qui viens de les livrer ! comment faire à présent?
arthur. Le voici.