‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 641 sur 1121 · M. ET MADAME DUBREUIL · texte numérisé non relu

M. ET MADAME DUBREUIL

[Us sortent ensemble de la chambre à gauche.) m. dubreuil. Mais au moins, ma femme, écoute un peu la raison.

madame dubreuil. Non, monsieur Dubreuil, je ne veux pas que nous restions plus longtemps dans le commerce. Voilà vingt ans que je suis assise dacs ce maudit comptoir, il me tarde d'en sortir.

m. dubreuil. Songe donc, ma chère amie, nous nous y sommes enrichis.

U S ADIEUX AU comptoir;

madame dubreuil. Raison de plus pour nous retirer, pour faire 1rs bourgeois, pour acheter une maison à Paris, et une à la campagne.

M. dubreuil. Y penscs-tu?

MADAME DUBREUIL

Air du Ménage de garçon.

Et pourquoi-pas? qui vous arrête?..

Surtout, Monsieur, dans un moment Où dans Paris chacun achète Des maisons sans avoir d'argent.

M. DUBREUIL

Par les acheter on commence, Et bien des gens en font métier; Mais il s'en vendrait moins, je pense, Si l'on commençait par payer.

madame dubreuil. Eh bien ! Monsieur, rien ne vous empêche de commencer par là, Et quand je pense à ce bal, où nous avons été hier avec ma fille. Dieu ! que je voudrais me voir dans un salon de la Chaussécd'Antin, sur un canapé, eu un divan ! et recevant le beau monde; n'est-ce pas plus agréable et plus honorifique que. d'être demoiselle de comptoir ou dame de boutique, aux ordres de tout le monde, astreinte, à la sonnette, et attachée à la demi-aune?

m. dubreuil. Et moi, qui ne suis jamais sorti de la rue Saint-Denis ! qu'est-ce que je ferai dans ton beau salon de la Chaussée-d'Antin ?

Air de la Robe et les Bottes.

Pour voir des sots gonflés de leur mérite, Déjeunes fats, des docteurs de boudoir, De gros banquiers fiers d'avoir fait faillite ; J'aime bien mieux rester dans mon comptoir. Franchise, honneur, vertus héréditaires, Chez ces messieurs que feriez-vous? hélas! Vous seriez là des plantes étrangères; L'air n'y vaut rien... vous n'y prendriez pas.

madame dubreuil. Restez donc dans votre quartier, puisque vous le voulez; mais au moins vous ne pouvez point sacrifier vos enfants; et puisque nous avons de ?.î fortune, j'espère que voire intention n'est pas qu'ils soient des marchands comme nous.

m. dubreuil. Si fait, parbleu! Mon fils Didier, qui a bientôt quatorze ans, sortira dans trois ans du collège, pour entrer, non pas, comme vous le disiez, dans une école militaire, mais dans mon magasin; il ne portera ni l'épée ni l'épaulette, il y a assez de braves sans lui ; il portera comme moi la demi-aune, et sera aide-dc-camp de monsieur son père, jusqu'à ce qu'il plaise au ciel de le faire monter en grade, et de le nommer général en chef.

madame dubreuil. Mais notre fille Élisa, qui est en âge d'être mariée; une fille charmante, qui a été élevée par moi ?

m. dubreuil. Notre fille épousera le fils de M - Bernard, mon ancien ami, un des premiers tapissiers do Paris.

madame dubreuil. Moi ! la bcde-nièrc d'un tapissier!

m. dubreuil. Où serait le mal ? Savez-vous qu'un tapissier comme celui-là, qui a vingt mille livres de rmlcs assurées, vaut mieux qu'un notaire ou un avoué qui doit sa charge?

madame dubreuil. A la l)Oiiiic heure : mais si votre fille éprouve pour ce mariage une répugnance invincible?

m. dubreuil, Une répugnance invincible! e)J*< ne connaît pas son prétendu, puisque voilà dix ans qu'il csl à Lyon à la tete de nia fabrique, Élisa ne pense rien de tout cela ; et c'est vous qui lui mettez de pareille, idées clans la lôte.

MADAME DUBREUIL. VouleZ-VOUS VOUS Cil rapport I' à

elle? je vous promets de rester neutre. m. dubreuil. Hé bien! j'y consens.

Ain ; On dit que je suis sans mnice.

Entre nous deux qu'elle prononce :

Mais aussi, d'après sa réponse, L'hymen so fera sur-le-champ.

MADAME DUBREUIL

Hé quoi! vous voulez?..

' M. DUBREUIL

Oui, vraiment, Je veux la forcer d'être heureuse.

MADAME DUBRKUIL.

Dieux! quelle tyrannie affreuse!

M. DUBREUIL

Hé bien! tâchez, dès aujourd'hui, De me tyranniser ainsi.

Mais taisez-vous; car voici ma fille.

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