‹ Å’uvres illustrées (volume 2)Chapitre 73 sur 1121 · SCÈNE VIL MARGUERITE, puis HENRI · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL MARGUERITE, puis HENRI

marguerite, étonnée et réfléchissant. Qu'est-ce queceli signifie?., un de ces brusques retours, si fréquents ch z lui... aurait-il tout à coup modifié ses idées?., ou, sou-> ce gracieux sourire, cacherait-il quelque trahison?.. (Apercevant d'Alhrel.) C'est vous, Henri, quelles nouvelles?

iiiînri. Fort inquiétantes... Par ordre du ministre Guattinara, aucun Français ne peut quitter Madrid.

MARGUERITE. Ëlî vél'i'é!

iienri. Défense, sous les peines les plus sévères, de leur délivrer aucun permis ou sauf-conduit.

Marguerite. Uc n'est pas possible! de qui tenez-vous cela?

UEMu. De la princesse Eléonorequi, passant rapidement | rès de moi, m'a dit à voix basse de vous eu prévenir.

marguerite. La princesse Ëléonore?.. alors, ce doit être vrai !

iienri. Elle a ajouté, que tous les courriers, excepté ceux de l'empereur, sont arrêtés, leurs dépêches ouvertes et examinées...

m u'.oui-RiTE. Ce Guattinara soupçonne-t-il quelquecbose'?.. mî; ri .l'eu ai peur!

m uk.ueriie. Se doutc-t-il de l'acte qui est cuire nos mains, et de sou importance?

iienri. M lis comment? quel instinct l'aurait mis sur la

trace?..

Marguerite. Et puis... vous ne savez pas, Henri , jusqu'à L'enip ireur qui ne veut pas que je parte, qui veut me retenir ii M ulrid !

in;\Ri. E>t-il possible?

marGUëri ie Huit jours encore. . . pour le moins... il l'a exigé! iienri, avec elJroi. 0 ciel!., il s'est fâché...

LES CONTES DE LA REINE DE NAVARRE

MARGUERITE. Noil... c'eslmoi'..

henri. Et il a ordonné?..

marguerite, réfléchissant. Non... c'est moi!., lui, au contraire... m'a priée... avec une instance... une chaleur... il faut aussi qu'il ait quelque idée en tète!

henri, vivement. Ah! ce ne sont pas des idées politiques...

marguerite. Que dites-vous?

henri. D'autres... qu'il est si facile... de deviner... pas pour vous, peut-être... mais pour moi.

marguerite, poussant un cri de joie. Ah ! s'il était vrai ! . . henri, avec indignation. 0 ciel !

marguerite, gaiement. Eh! pourquoi pas?.. Oui... oui... tout est possible!.. Merci, Henri!., car sans vous, je ne m'en serais jamais douté.

henri. Ah! c'est indigne...

marguerite. Taisez-vous! taisez-vous! tout est permis pour sauver son roi et son frère... Mais une pareille pensée est tellement absurde, tellement invraisemblable...

henri. N'est-ce pas?..

marguerite , gaiement. 11 nefautpas la négliger, cependant. (Sérieusement.) Mais il serait insensé de s'y arrêter, ou de fonder sur elle ie moindre espoir de salut. [Avec résolution.) 11 faut voir Sanchette.

henri, avec humeur. Je l'ai vue.

marguerite, le regardant en souriant. Vraiment!., vous ne nous disiez pas cela... chevalier sournois!

henri. Je l'avais aperçue dans l'antichambre de la reine... et je lui ai parlé de ce sauf-conduit que je la priais de m'obtenir... impossible... Elle m'a refusé.

marguerite. Elle! vous refuser !.... Vous n'avez donc pas insisté!..

henri. Non, Madame.

marguerite, vivement. Eh bien! vous avez eu grand tort! 11 y a une foule de trames et d'intrigues secrètes qui nous environnent, et que nous ne pourrons connaître que par Sanchette. D'abord, une dame mystérieuse, une grande dame qui s'introduit la nuit dans la prison du roi... Je le sais, il nie l'a dit. Quelle est-elle?.. Est -ce par son indiscrétion (car je réponds de vous et de moi) que cet acte, confié à notre foi, cet acte d'abdication a été su de Guattinara, qui le connaît, ou le soupçonne? Et ce Guattinara lui-même, clans quels termes, dans quelles relations, dans quel échange de secrets est-il avec Sanchette, ou avec tout autre?.. Voilà ce qu'il est important de savoir... et ce que Sanchette n'avouera qu'à celui... qui aura l'esprit de gagner sa confiance... Vous voyez donc bien, Monsieur... que dans l'intérêt du roi et de la France. .. cela vous regarde.

henri, avec colère. Moi ! me présenter chez elle!., jamais !

marguerite, finement. Elle vous Fa clone défendu?

henri, avec humeur. Eh! non, au contraire... quand son mari sera absent... Heureusement, il ne la quitte jamais.

marguerite, vivement, il va partir.

henri. Pas possible!

marguerite. A l'instant même... pour un message de l'empereur... Voyez comme cela se rencontre! et quel bonheur!

henri, avec colère. Quel bonheur!., dites-vous...

marguerite. Eh! mon Dieu, Henri, vous vous fâchez, et je ne sais pas pourquoi !

henri. Pourquoi? Ah! c'est qu'il est affreux et cruel que ce soit vous, Madame, vous qui, avec cette tranquillité... ce sang-froid...

marcuerite. Vous propose de sauver mon frère... et votre souverain..

henri. Demandez-moi ma vie et mon sang... tout me sera possible... excepté... excepté d'en aimer une autre que vous!

marguerite. Henri!.. Henri, pourquoi me dites-vous cela?

henri. Parce que je me meurs d'amour.

marguerite. Eh ! malheureux, croyez -vous donc que je ne le sache pas!

henri, poussant un cri. Ah !

marguerite. Que de fois il m'a fallu fermer les yeux pour ne pas voir des imprudenc es qui devaient vous perdre. . . Que d'occasions j'aurais eues de vous disgracier... et de vous bannir1.. Eu ai-je profité?-. El que vous demandais-jc, cependant?., de garder le silence, pas autre chose.

henri. Je me tairai... jeiï"î tairai...

Marguerite. 11 est bien temps maintenant, et dans quelle

situation me placez-vous? Me forcer à vous éloigner

quand vous m'êtes si nécessaire!., à me priver de vous

quand jene peux m'en passer!.. Est-ce bien? est-ce délicat?.. Si encore vous étiez soumis, si vous saviez obéir!.. Mon Dieu, on n'a pas des exigences si grandes que vous le pensez; on ne vous commande pas un dévouement sans bornes ; on

ne vous oblige pas d'adorer les gens 11 suffit de leur

plaire... pas davantage!.. Plus... serait mal... et le mérite, Monsieur, est d'exécuter les ordres, sans jamais aller au delà.

henri. Je ne sais plus où j'en suis... je ne sais plus rien... si ce n'est que votre volonté sera la mienne.

marguerite, écoutant. Silence!., on parle dans le cabinet de l'empereur... Partez!.. (Le rappelant.) Eh! non, un instant. Et puisqu'il n'y a pas moyen de sortir de Madrid...

henri. Aucun !

marguerite. Ni d'envoyer en France cet écrit... rendezle-moi ! 11 est inutile que vous le portiez avec vous, en bonne fortune.

henri, d'un air de reproche. Ah! Madame!..

marguerite, le demandant. Ce papier?..

henri, en tirant un de sa poche. Le voici!., non... je me trompais. Le pli est le même... (Ouvrant le papier.) Ce si joli conte que vous venez de terminer, et que vous m'avez permis de lire. Ce qui plaît aux dames... laissez-le-moi, je vous prie!

marguerite. Et pourquoi?

henri. Pour l'étudier!

marguerite, haussant les épaules. Laissez donc! (Lui arrachant le papier.) Vous n'en avez pas besoin. L'autre maintenant... le papier d'État.

henri. Le voici... Madame... (Marguerite prend les deux papiers, quelle serre avec soin dans son aumônière.) Mais avant que je vous quitte, promettez-moi du moins...

marguerite. Je ne promets rien. C'est déjà beaucoup que je ne me fâche pas. Heureusement pour vous... les atfaires d'Ëtatnous absorbent tellement, qu'on n'a le temps de rien... pas même de se mettre en colère...

henri, revenant. Et si l'empereur... comme un secret instinct m'en avertit... avait quelques idées... de conquêtes...

marguerite, haussant les épaules. Charles-Quint?.,

henri. Pourquoi pas?

marguerite, de même. L'empereur Charles-Quint!..

henri. Mais enfin, si cela était?..

marguerite, riant. Partez, Henri... partez vite...

henri. Mais cependant, Madame !..

marguerite, de même. Allez-vous-en, vous dis-je!.. on sort de son cabinet.

henri. Eh bien! oui!.. Dès que Babiéça sera parti, j'irai chez lui, chez Sanchette; je vous obéirai'.

marguerite. C'est ce que je veux.

henri. Et je me ferai aimer, et plus encore, je lâcherai de l'aimer!.. (Revenant.) Oui, je l'aimerai.

marguerite, avec un sourire. Pas trop!.. (Henri lui baise la main et sort par le fond.)

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