‹ Å’uvres illustréesChapitre 1028 sur 1154 · D’AU A N DA · texte numérisé non relu

D’AU A N DA

hortense. Eh oui!., je n’ai jamais pu refermer le ressort.

HENRIETTE. Vois-tu, comme ou se trouve compromise ! uortense. Tu as raison .. mais c’est incompréhensible! (Parcourant la lettre des yeux.) Comment, surtout, ce portrait se trouve-t-il entre ses mains?. (Montrant la lettre.) Ah! il me l’explique .. (Lisant.) « A Madrid,

« dans une réunion de jeunes gens, chacun vantait la « beauté de nos dames espagnoles, hors un seul de nos « convives, un jeune officier français, qui murmura en « souriant: Je connais mieux!.. Et comme on le déliait « d’en donner la preuve, J’ai là, répondit-il, une minia- « ture... une copie bien imparfaite... car elle a été esquis- « sée par moi... et seulement de souvenir... Il nous fit « voir alors une figure divine... enchanteresse... en nous « disaut : C’est ma femme, Messieurs! »

HENRIETTE, poussant un cri. Monsieur de Volberg! hortense. Mon mari!..

Henriette. Comment, c’estluiqui, de souvenir., avait... hortense, continuant à lire plus rapidement. « Dès « ce moment, j’étais devenu amoureux de cette image ou « plutôt de vous. »

Henriette, effrayée. Ah! mon Dieu!

hortense, continuant de lire. « D'abord, il me fallait « ce portrait que monsieur de Volberg portait toujours « sur son cœur. Je gagnai à prix d’or d’adroits picaros « qui, au risque de se faire pendre, dérobèrent ce tré- « sor... »

Henriette. Ah! c’est bien mal!., bien vilain!., et cela prouve...

hortense. Qu’il est capable de tout. ( Achevant de lire.)

« Il y a quelques jours, apprcnaut que monsieur de « Volberg, votre mari, allait rctodrner en France, je « n’ai plus écouté que ma^ jalousie. Je l’ai devancé, j’ac- « cours près de vous, je demande à vous voir, on me re- « fuse votre porte, et de l’appartement où l’on me faisait « attendre... »

Henriette. Hein! ! !

hortense. « J’entends une voix, ce devait être la vôtre...

« elle prononçait mon nom. Vous le voyez, Madame, il y « a des destinées qui sont écrites dans le ciel... je vous « aime... vous m’aimez! » Mais pas du tout. « Il faut que je vous voie ou que j’expire... »

Henriette. 11 ne fait que cela.

hortense, achevant de lire. « Je serai toute la jourci née toute la nuit sous votre balcon ; si votre fenêtre « s’ouvre... c’est que vous consentez à me recevoir. » Henriette. Par exemple!

hortense. « C’est que je puis sans danger aller mourir « de joie... à vos pieds. »

HENRIETTE. Encore! voilà qui est trop fort! hortense. Une audace pareille! heureusement la croisée restera fermée.

HENRIETTE, allant s’assurer que la fenêtre est fermée. Plutôt la faire coudamner.

j HORTENSE. Et siduns son dépit... dans sa fureur... il va ■ trouver monsieur de Volberg...

HENRIETTE. Tant mieux!., il trouvera à qui parler... ah! mousieur de Volberg ne le craint pas.

HORTENSE. Mais mui!.. je crains un duel... un éclat... HENRIETTE. C’est vrai!., eh bien? qu’est-ce que je le disais? l’inconvénient des grandes passions, et il y en a encore bien d’autres !

| hortense. Lesquels?

MARIA. Moi, mes amies... quand je ne sais moi-même quel parti prendre!., je suis au désespoir!

Henriette. Et pourquoi donc?

MARIA, d Henriette. Tu disais vrai... j’ai des noui velles... par tou mari, M. Gabriel, que je viens de reni contrer.

! Henriette. Il sortait d u Palais... est-il bien fatigué? at-il gagné ?

maria. Tout ce que j’ai appris de lui c’est que

M. d’Aranda, son client, est à Paris.

hortense, à part. Elle croit nous l’apprendre! (Haut.) Eh bien! que t’importe?

maria. Ce qu’il m’importe!., mais monsieur d’Aranda est celui que j’aime !

hortense et Henriette, poussant un cri. Ah! (Puis se rapprochant l’une de l’autre, elles se serrent la main en tremblant comme pour se recommander mutuellement le silence.)

maria. Qu’avez-vous donc? comme vous voilà troublées toutes deux!

hortense. Pour toi... pour toi seule ! la surprise ! l’émotion !..

HENRIETTE. Ce... ce... d’Alvarez dont tu nous parlais ce matin...

maria, passant près d’ Hortense. C’était lui ! hortense. Quoi ! cet amant qui s’est précipité au milieu des flammes...

maria. C’était lui!., et pour moi! pour moi qu’il aimait alors! qu’il aimait plus que la vie!., qu’il devait aimer toujours !

hortense, à part. Toujours!..

MARIA. Et il m’abandonne... il me trahit... il en aime une autre!

Henriette. En es-tu bien sûre?

maria, à Henriette. Il l’a avoué lui-même à Gabriel... à ton mari.

hortense. O ciel!

maria. Sans vouloir la lui nommer, par malheur!.. hortense, d part. Je respire !

maria, avec rage. Il en aime une autre !.. et quand son I service près du roi aurait dû le retenir à Madrid... c est pour elle qu'il vient à Paris, et sans doute il la déjà vue !

hortense, vivement. Oh! non... ce n’est pas vrai!

maria. Qu’en sais-tu?

hortense. Puisqu’il arrive... à peine...

MARIA. EriGn... il cherchera à la voir... j’épierai ses pas... je le ferai suivre... et cette rivale... quelle qu’elle soit...

hortense. Peut-être est-elle innocente?

maria. Tu la défends !

hortense. Moi!., par exemple!., mais enfin, si c’était malgré elle. . qu’elle fût aimée...

maria, avec colère.

Air : Prenons d'abord l’air bien méchant.

Elle est aimée!., ah! c’en est trop!

Elle est aimée!., elle est coupable!

Ou du moins le sera bientôt ;

Et pour punir un trait semblable.

Moi, j’irai trouver son mari.

hortense, effrayée.

C’est l’imprudence la plus haute !

MARIA

Je lui dirai qu’il est trahi!

Henriette, joignant les mains.

Ah ! grâce au moins pour le mari.

Celui-là... ce n’est pas sa faute!

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