‹ Å’uvres illustréesChapitre 1039 sur 1154 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

HORTENSE. Ah ! si je peux sortir de ce danger-là... je réponds bien de ne jamais m’y exposer! (Elle tombe sur le fauteuil, à gauche.)

HORTENSE, assise, GABRIEL, ouvrant la porte à gauche, au deuxième plan, affublé d’un manteau, qu’il drape à l’espagnole.

Gabriel, à part. Ma bonne petite femme n’est plus là! madame de Volberg est seule... Allons, dans l'intérêt d’un ami, achevons notre ouvrage, et portons les derniers coups... ce que nous autres orateurs, nous appelons la péroraison! (Il traverse doucement le théâtre, va ouvrir

D’ARANDA

la croisée ; puis fait «n grand bruit, comme s'il avait J * auté , pour entrer par la fenêtre.)

hortense se retourne, aperçoit Gabriel, pousse un J cri et s’écrie en tremblant. Vous encore! vous ici, mou- | sieur d’Aranda!.. mais vous êtes donc partout! ( Trem - j

blante.) Que me voulez-vous? I

Gabriel, à genoux. Je vous l’ai dit... je vous l’ai écrit... mourir à vos pieds.

hortense. Eh! Monsieur...

GABRIEL, se relevant. Vous ne me connaissez pas! Ce j n’est pas du sang qui coule dans mes veines, c’est du bi- | tume, c’est de l’asphalte, et voyant que vous ne me répondiez pas... je suis venu moi-même chercher la réponse ..

hortense. La réponse... c’est que je voulais d’abord vous renvoyer... votre lettre...

Gabriel. Et grâce au ciel... vous ne l’avez pas fait!

hortense. Je ne l’ai pas pu!

Gabriel, vivement. Merci!., merci d’un tel aveu! il me suffit!

noRTENSE, vivement. Mais, Monsieur...

Gabriel. C’eût été dire à mon cœur de ne plus battre, I

à ma vie de s’arrêter... car je n’existe... moi, que par mon amour... cet amour dévorant que vous partagez! hortense, vivement. Mais du tout.

Gabriel. Vous me l’avez dit.

hortense. Ce n’est pas vrai...

Gabriel. Vous l’avez dit...

hortense. Eh bien! Monsieur... je me suis trompée!.. Air : Comme il m’aimait.

Ne m’aimez plus ! (bis.)

Faites qu’une autre me remplace,

Ne m’aimez plus!

Gabriel.

D’amour mes sens sont éperdus...

hortense.

Eh bien ., dans l’effroi qui me glace...

Si vous m’aimez... un peu... de grâce...

Ne m’aimez plus!

Gabriel, parlant. Eh bien!

hortense, achevant Vair.

Ne m’aimez plus!

Gabriel, avec un geste de fureur. Comment ! que je...

D’ARANDA

hortense, vivement. Ne vous fâchez pas, Monsieur, et écoutez-moi! Je m’abusais moi-même quand je me croyais faite pour les grands sentiments... les grandes passions... je ne suis qu’une pauvre honnête femme qui tient à ses devoirs, à sa réputation... à tout ce qu’il y a de plus... prosaïque au monde... vous voyez donc bien... que je ne vous aime pas... mais pas du tout...

Gabriel. Sacrifice que vous voulez faire à la vertu ! hortense. Ah! que c’est impatientant! Eh bien, Monsieur, s’il faut avouer la vérité... je vous liais., je vous déteste !

Gabriel. Toutes les grandes passions se tiennent! J’aime mieux votre haine que votre indifférence!

hortense. Alors, Monsieur, vous m’êtes le plus indifférent de tous les hommes... Là!..

Gabriel. Vous ne me le prouverez jamais avec ce tremblement nerveux... avec cette exaltation qui m’enivre... [Se jetant à ses genoux ) O Hortense, que tu es belle ainsi... cherchant à me cacher le sentiment délirant que trahissent tes regards...

hortense, hors d'elle-même. Vous ne comprenez donc pas, monsieur d’Aranda? ce que je voulais éviter de vous

dire... c’est que je trouve mon mari plus galant homme, plus gén'reux, plus aimable, plus beau que vous!

Gabriel, se levant avec fureur. Plus beau!.. Comment... encore plus beau que moi!.. Un tel affront!..

hortense. Que je l’aime, Monsieur.

Gabriel. Vous l’aimez... lui. . ( Avec mépris.) Un mari! voilà ce que je n’ai jamais entendu... voilà ce que je suis bien aise d’entendre!

hortense. Oui, Monsieur, je l’aime...

Gabriel, avec indignation. Et vous osez me faire un tel aveu... à moi... dont vous connaissez la jalousie incendiaire et frénétique...

hortense, tremblante. Mon Dieu... mon Dieu... je crois l’entendre !

Gabriel. Qu’il vienne donc... je suis armé...

hortense. Au nom du ciel. Monsieur... qu’il ne vous voie pas... éloignez-vous !

Gabriel. A votre tour alors ne me réduisez pas au désespoir... [Montrant la porte à droite.) Je serai là .. dans cet appartement d’où Ton peut tout entendre! et si devant moi... en ma présence... vous accordez à ce... mari '.. la moindre marque d’amour... la moindre faveur...

D’ARANDA

houtense. Eh bien?..

Gabriel. Vous aurez son trépas à vous reprocher... car à l’instant même... je vous le jure... je le tue! houtense. Ah! mon Dieu!

Gabriel. Et moi- même après! failes-y bien attention... c’est vous maintenant que cela regarde! (Il se jette dans le cabinet.)

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