MADELEINE, LE BARON
le baron, à part, regardant sortir Léopold. Ah! c’est à ce point-là!..
madeleine. Qu’est-ce qu’il a donc, ce jeune homme? est-ce que je lui faisons peur?
le baron. Au contraire, tu lui causes trop d’émotion. madeleine. Moi! à cause?..
le baron. A cause que tu ressembles exactement à une grande dame... une marquise dont il est amoureux. madeleine. C’est drôle!
le baron. Le plus drôle... c’est qu’il a adoré cette grande dame... sans avoir jamais osé le lui dire... madeleine. Et pourquoi qu’il n’y dit pas maintenant? LE baron. Parce qu’elle est morte.
madeleine. Ah! vous me faites peur! Je ressemble donc à une* morte ?
le baron. Eh non ! c’est de son vivant qu’il l’adorait... et, maintenant, c’est encore plus fort, ce qui est absurde... parce que enfin il n’y a pas d’éternelles amours, et, quand les gens n’y sont plus, on pense à d’autres. Mais lui, rien ne peut le consoler, madeleine. Pauvre jeune homme!
le baron. Ah ! vois-tu, c’est un peintre, un artiste ; ce n’est pas comme nous autres, cela vous a une tète exaltée... de l’imagination...
madeleine. Ah! vous n’en avez pas, vous? le baron. Je suis banquier... c’est-à-dire raisonnable... Madeleine, Et cettg grande dame?,.
le baron. Ah! tu es curieuse... et ça t’intéresse? madeleine. J’ voulions seulement vous demander... si elle était jolie...
le baron, galamment. Puisqu’elle te ressemble. Madeleine, après un moment d’hésitation. Ah! oui, je comprends, c’est un compliment que vous me faites... le baron, àpart. Est-elle bète, celle-là... Mais ça n’en
L’IMAGE
vaut que mieux. [Haut.) C’est une qualité à ajouter à toutes les autres... car tu en as beaucoup... Tu es jolie, Madeleine, et, vrai, ça serait du bien perdu ici, en Bretagne.
madeleine. Quoi que vous voulez dire? je comprends pas... ( Elle range ses pots, met du lait dans un vase à crème, etc.)
le baron. Tant mieux! c’est bon signe... ( A part.) Tandis qu’à Paris... en prenant la peine de la former... avec de belles robes et quelques parures, ça me ferait de l’honneur... Il est vrai que ma femme, madame la baronue... Il n’y a que cela de gênant... mais on pourrait trouver quelques moyens... (A Madeleine.) Où demeure ta tante ?
madeleine, revenant vers lui. A l’entrée du parc, dans la maison du garde... c’est la mère à Pierre Mauclerc... vot’ garde...
le baron. C'est juste! un imbécile...
madeleine. Non, Monsieur... c’est mon cousin.
le baron. C’est cela même. ( A part.) C’est dans le sang.
madeleine.
Air : Mon galoubet.
C’est mon cousin ! (bis.)
Il est méchant, il est sauvage,
Il est colère, il est taquin Et détesté dans tout!’ village.
le baron, parlant. Et puis?
MADELEINE
Mais, j’ n’en peux pas dir’ davantage...
C’est mon cousin.
le baron. C’est juste!., tu dois le défendre. Mais c’est lui que j’entends !