SCENE PREMIERE
LE CHŒUR
O séduisante ivresse !
O volupté des cieux!
Vous habitez sans cesse En ce séjour heureux!
AIR
STELLA
En vain de mon jeune âge • Leurs soins charmaient le cours
Hélas ! dans l’esclavage Il n’est point de beaux jours!
De ces ruisseaux les ondes jaillissantes.
Tous ces trésors dont l’œil est ébloui.
Ces bois, ces prés, ces nymphes séduisantes,
Ne m’inspiraient qu’un triste et sombre ennui!
En vain de mon jeune âge Leurs soins charmaient le cours.
Hélas ! dans l’esclavage Il n’est point de beaux jours !
Mais soudain!..
CAVATINE
De ma délivrance La douce espérance Sourit à mon cœur!
Pour moi plus d’alarme.
Ici tout me charme !
Et tout est bonheur!
Tout a changé dans la nature,
L’air est plus doux, l’onde plus pure! *
Des oiseaux les chants amoureux Sont pour moi plus harmonieux!
De ma délivrance La douce espérance Sourit à mon cœur!
Pour moi plus d’alarme.
Ici tout me charme Et tout est bonheur !
(Sur un geste de la princesse toutes les femmes sortent excepté Lo-Mangli.)
lo-mangli. Oui, quelques heures encore, et vous serez libre, et l’enchantement qui vous retient ici sera rompu, grâce à ce joli petit prince chinois qui nous est arrivé hier !
stella. Aura-t-il assez de courage et de sagesse pour mettre à fin une telle entreprise ?
lo-mangli. Je le crois bien, avec la précaution que vous avez prise, de ne pas rester auprès de lui !
stella. Il l’a bien fallu! il était si tendre, si empressé. lo-mangli. Et puis si étourdi.
stella. Conviens aussi que notre aventure est bien étonnante.
lo-mangli. Pas pour nous qui voyons les chosesd’unpeu haut ! mais sur terre, je suis persuadé qu’il y a des gens qui n’y croiraient pas, qui diraient : c’est invraisemblable! stella. Celle que toutes les nuits il voyait, c’était moi! lo-mangli. Et celui qui vous apparaissait dans tous vos songes...
stella. C’était lui! de sorte qucquandnous nous sommes vus pour la première fois..
lo-mangli. Vous vous êtes reconnus?
STELLA. Qui donc pouvait de si loin nous réunir ainsi? lo-mangli. Quelque enchanteur qui, dès longtemps sans doute, vous destinait l’un à l’autre ; celui-là même, peutêtre, qui autrefois vous a enlevée de la cour du Grand Mogol votre père, pour vous transporter dans cette planète où il a mis à votre délivrance des conditions... stella. Si bizarres et si difficiles.
lo-mangli. Vous trouvez... (On entend en dehors un appel de trompettes.) Eucore un voyageur que nous amène le cheval de bronze.
stella. Ah! quel ennui!
lo-mangli. Vous ne disiez pas cela autrefois; cela vous amusait! mais rassurez-vous, je me charge de le recevoir. stella. Et de le faire repartir sur-le.-champ! lo-mangli. Dame!., je tâcherai.
stella. Adieu! je vais voir pendant quelques minutes... lo-mangli. Ce pauvre prince qui vous aime tant ! stella. Il le dit du moins.
lo-mangli. Comme tous les voyageurs qui viennent ici!
A beau mentir qui vient de...
stella, vivement. Que dis-tu?
lo-mangli, de même. Non! non! je me trompe, celui-là ne ment pas. ( Second appel de trompettes plus fort que le premier. — Stella sort par la gauche, et Pehi entre par la droite.)