SCENE XI
RODOLPHE, ZANETTA
{ Zanetta s’est avancée doucement au milieu de l'appartement. lille jette un coup d’œil sur Rodolphe , qui est étendu dans le fauteutl, va tranquillement prendre une chaise et vient s’asseoir à côté de lui, sans rien dire. Après un instant de silence, Rodo'phe lève la tète, la regarde et pousse un cri.)
RODOLPHE. Ah!
zanëtta, froidement. Me voilà!..
Rodolphe Toi, Zanetta!
zanetta, de même. Oui, mon ami. Je ne faisais pas de bruit... j’ai cru que vous dormiez!
Rodolphe, avec surprise et attendrissement. Comment!.. tu sais donc? .
zanetta. Tous ccs jeunes seigneurs, qui étaient ici, nous l’ont dit en s'en allant.
Rodolphe, avec admiration, Et tu viens! . zanetta... Tiens... cette surprise!.. {D’un ton de reproche.) Eh bien! par exemple! est-ce que vous ne m’attendiez pas?.. Je suis votre fiancée... votre femme... c’est ici ma place, et m’y voilà!.. {Négligemment.) Voyons, Monsieur, comment ça va-t-il?
Rodolphe, hors de lui et accablé. Je n’en sais rien... je ne poux te dire ce que j’éprouve.
zanetta. Allons!., allons, du courage! ce ne sera rien! bleu d’autres en sont revenus... Le docteur a-t-il ordonné quelque chose?., non!., tant mieux !.. je m’y entends mieux que lui, et je no vous quitterai pas!., e’est-à-dire jusqu’à ce soir... parce que mon père ne sait pas que je suis ici. Rodolphe. En vérité.
zanetta. Il me croit retirée dans ma Chambre... il croit que je dors!., dormir.,, ah! bien oui !.. Pendant qu’il fait, comme concierge du château, sa rondo ordinaire dans les jardins, je me suis échappée, sans lui en parler. . parce que, quoiqu’il ait .confiance en vous... de me voir ainsi venir toute seule ..H, vous soigner... il n’aurait p.ut ôlre pas voulu!.. {Avec fermeté.) EL moi, je voulais!., Rodolphe. Que je te remercie!.
zanetta. A condition que je m’en irai de bonne heure. RODOLPHE. Rassure-toi... je te renverra' avant dix heures. zanetta. Sitôt!., et pourquoi?..
Rodolphe. C’est convenable.
zanetta. Vous croyez?
Rodolphe, rêvant. Et puis à dix heures., il faudra... XANETTA. Quoi donc?..
Rodolphe. Rien... rien!., une autre idée qui m’occupait ..tnais nous avons le temps d’hù la... ( Regardant la pendule.) Une heure, au moins.
zanetta. Eh bien! comment vous trouvez-vous?.. RODOLPHE, la regardant. Ah!., bien mieux... depuis que tu es là !
zanetta. J’en étais sûre!., voilà pourquoi je suis vcuuc. {Lui passant la main sur le front et sur les lèvres.) La peau est très-bonne... encore un peu sèche... un peu brûlante,. (Retirant vivement sa main que Rodolphe vient d'embrasser.) Ah çà! Monsieur, voulez-vous être malade?., oui ou non?..
Rodolphe. C’est ta faute, Zanetta! tu es une garde-malade si séduisante, si. dangereuse... [La repoussant de la main ) Tiens, Zanetta... laisse-moi... élo'gne-toi.
zanetta. Est-ce que ça va plus mal?., est-ce que vous soutirez?..
RODOLPHE. Oui, cela me fait mal... de parler.
ZANETTA
Zanetta. Qu*avait-el)«f, celte belle? — Acte 2, scène il.
zanetta. Oh! alors, taisez-vous : je ne vous ferai plus causer... Voulez-vous que je vous lise quelque chose?
RODOLPHE. Si tu veux!
Zanetta. Je ne lis pas trop bien!., à moins que vous n’aimiez mieux que je chante?
Rodolphe. Tu chantes donc’..
ZaNeTta. Pas trop mal!., nous autres Siciliennes, nous savons toutes chanter... et puis, si ça vous ennuie... si ça vous endort ., ce sera toujours ça de gagné pour un malade. ( Rodolphe est assis dans un fauteuil sur l’avantscène, et Zanetta est placée sur un tabouret près de lui ) RÉCITATIF.
Écoutez donc sans peur!., je cesserai Dès que je vous endormirai!
CANTABILE
Sur les rivages de Catane,
Et sous les beaux mûriers en- fleürS,
Etait gentille paysanne
Aux brçnes et fraîches couleurs !
Le rossignol chantait comme elle ;
Chacun se disait : Qu’elle est belle!
Chacun lui faisait les yeux doux...
(S’arrêtant et regardant Rodolphe ) Dormez-vous, Monseigneur? dormez-vous?
RODOLPHE
Je n'ai garde! sais-tü que c’est fort bien chanter! L’heure est encoré loin : j’ai le temps d’écouter.
ZANETTA
Mais du pays cette merveille Tout à coup languit dans les pleurs;
Et cette rose si vermeille Perd son éclat et ses couleurs!
Plaisirs, amours, s’éloignent d’elle;
De cette voix, jadis si belle,
Le rossignol n’est plus jaloux.
(S’arrêtant.)
Dormez-vous, Monseigneur? dormez-vous?
RODOLPHE
Impossible, ma chère!., en t’écoutant chanter. (Regardant la pendule )
Plus d’un quart d’heure encor, j’ai le temps d’écouter. CAVATINE.
u’avait-elle, ette belle?
Qui causait Ce regret,
Rodolphe, tombant à genoux. A vos pieds! — Aete 3, scène 7.
Ce chagrin Si soudain?
Voulait-elle Ou dentelle,
Ou brillant Diamant?
Voulait-elle Un amant?
Non, vraiment’..
Car elle en avait tant...
Et pourtant,
Quand on lui demandait Les tourments qu’elle avait, Francesca se taisait, Soupirait Et pleurait.
Ah ! ah ! ah ! ah 1 Vous ne pouvez croire Une telle histoire?
Le fait est prouvé,
Il est arrivé!
Aucun ne l’ignore,
Et moi, je sens là Que peut-être encore 11 arrivera!
Car j’ai su,
J’ai connu Quel était Son secret!
Elle aimait.
Adorait...
— Eh! qui donc?
Un garçon Du canton?..
— Mon Dieu! non.
— Ce sergent Si vaillant?
Ce Beppo Jeune et beau,
Qui portait Un plumet Élégant ?
— Non , vraiment!
Elle aimait En secret...
Le seigneur du pays.
Un séduisant marquis...
Et lui, ne voyait pas La pauvre fille, hélas!
Qui pour lui languissait
ZANETTA
LACNY. — Imprimerie de Vulàt el f.ie.