‹ Å’uvres illustréesChapitre 26 sur 1154 · IV. flfl · texte numérisé non relu

IV. flfl

ZANETTA

Et pleurait...

Ah ! ah ! ah ! ah !

Vous ne pouvez croire Une telle histoire?

Le fait est prouvé,

Il est arrivé !

Aucun ne l’ignore ,

Et moi, je sens là Que peut-être encore 11 arrivera!

(A Rodolphe qui sc lève.) Ah! ce n’est pas tout encore! rodolnie. Tant mieux!

zanetta. Vous allez voir comment ça finit, et comment lie fut payée de son amour, la pauvre fille!

Un jour le seigneur passe Pour aller à la chasse;

Seigneurs l’accompagnaient,

Les cors retentissaient!

Sur son chemin, il voi S’avancer un convoi;

Filles de nos campagnes Portaient, d’un pas tremblant,

Une de leurs compagnes Ceinte d’un voile blanc!..

— Ah! dit-il, quelle est-elle.?

— C’est Franccsca, la belle,

Qui n’a vécu qu’un jour...

Et qui mourut d’amour!..

— Vraiment, dit-il... la pauvre enfant...

Ma s à la chasse on nous attend... —

Le cor au loin retentissait...

Et le convoi passait!..

Vous ne pouvez croire Une telle histoire ?

Le fait est prouvé ,

11 est arrivé!

Aucun ne l’ignore,

Et moi , je sens là Que peut-être encore Il arrivera!

bodolphe, très-ému.

Ta chanson est touchante!..

ZANETTA

Et véritable , hélas !

BODOLPHE.

Du moins, elle est charmante !

[Lui prenant la main.)

Et toi bien plus encore.

zanetta, retirant sa main.

Y pensez-vous , Monsieur? un malade!

BODOLPUE.

Non pas ,

Je suis guéri !..

zanetta, gaiement.

Alors donc, je m’en vas!

bodolphe, la retenant.

J’entends toujours ta voix él flexible et sonore!.. zanetta, souriant ,

Dormez , Monsieur, n’époutez pas !

Je vois toujours ces traits et ces yeq* que j’adore !

ZANETTA

Dormez , et ne regardez pas !

DUO

bodolphe , la retenant .

Eh quoi ! vouloir 6ans cesse Partir!

ZEHETTA.

Il faut que je vous laisse Dormir.

BODOLPHE.

Lorsqu’en mon cœur s’élève L’espoir!...

ZANETfA.

Bonne nuit et bon rêve!..

Bonsoir !

RODOLPHE

Un seul instant, ma chère.

Encor!

Zanetta.

Je vais près de mon père Qui dort!

BODOLPHE.

Quand mes sens sont par elle Charmés !..

A mes ordres fidèle ,

Dormez!

ensemble.

zanetta, que Rodolphe retient.

Ne restons pas ensemble,

Il est tard , il me semble !

Je tressaille et je tremble,

Et d’amour et d’effroi !

Rodolphe, ô toi que j’aimo!

O toi, mon bien suprême,

De ma tendresse extrême Sauve-moi! défends-moi!

BODOLPHE.

Restons encore ensemble ,

L’heure est loin , il me semble !

Près de moi son cœur tremble,

Et d’amour et d’effroi !

Oui, je vois qu’elle m’aime,

Et La sagesse même,

Eu ce moment suprême ,

Céderait comme moi !

(Dam ce moment , on entend sonner au loin l’horloge de la ville.)

EOPOLPIIE.

C’est dix heures... ô ciel! ah! revenons à nous!

zawetta , regardant la pendule.

Eh I non ; c'en est bien onze !

BODOLPHE.

Onze heures! que dit-elle?

zanetta, lui montrant le cadran.

Voyez plutôt !

(Prête d partir.)

Bonsoir.

BODOLPHE, qui U été regarder le cadran.

Ofand Dieu! mon rendez-vous!

Il n'est plus temps!.. Quelle excuse?., laquelle?

On m'attendait!..

(Haut.)

Et moi , sans m’être méfié ,

Près de toi j’ai tout oublié.

zanetta, s'approchant de Rodolphe, qui vient de se jeter dans un fauteuil.

Et moi de même; il faut que je vous quitte :

11 se fait tard , bien tard. .

(Gaiement.)

Et vous êtes guéri!

Mon père doit avoir terminé sa visite ,

Et tout serait perdu s’il me trouvait ici.

(Elle gagne la porte à droite, et prête à sortir lui envoie un baiser.)

Adieu donc ! bonne nuit !..

(On entend en dehors fermer les verrous de la porte à droite, puis ceux de la porte à gauche.)

Ah! grand Dieu!

BODOLPHE.

Qu’avez-vous ?

ZANETTA

Mon père, qui faisait sa ronde accoutumée ,

De cette porte a tiré les verrous ,

Et me voilà .. près de vous enfermée, Rodolphe, gaiement.

Enfermés tous les deux par lui !

(d part.)

Du rendez-vous j’ai passé l'heure.

Et maintenant je vois qu’le!

(Haut.)

Il faut bien, Zanetta, qu’avec toi, je demeure! (Lui prenant la main.)

Eh quoi ! tu trembles?

; ZEN8TTA.

Oui!

Je ne puis dire , hélas i le trouble extrême Dont tous mes sens sont agités ;

ZANETTA

Je crains la nuit, notre amour,,, §1 moRmême 1 { Lui montrant la croisée dii fond.)

Si vous m’aimez , Monsieur, partez !

RODOLPHE

Moi, partir! quand jamais , à mes yeux enchantés ,

Tu ne parus plus belle...

ZANETTA

O trouble extrême !

SI vous m’aimez, partez! partez!..

ENSEMBLE

A sa voix, il me semble Que j’hésite, et je tremble ;

L’amour, qui nous rassemble,

Me défend malgré moi !

(Rodolphe serre Zanetta contre son cœur; elle glisse entre ses bras et tombe à ses pieds.)

RODOLPHE

Pauvre fille! elle m’aime!

Je dois, ô trouble extrême.

Partir à l’instant même :

L’honneur m’en fait la loi.

Oui, que de l'honneur seul la voix soit écoutée!

Et pour être plus sûr de tenir mes serments , (S'approchant du balcon du fond , dont il ouvre la fenêtre.)

Adieu, je pars!

(H s'élance dans les jardins et disparait ,) zanetta, seule, à genoux sur le devant du théâtre. lit moi!., moi, qu’il a respectée.

Je l’aime plus encore !

(On entend dans les jardins vlusicurs coups de feu; elle pousse un cri.)

Ah ! qu’est-ce que j’entends?

(Elle court au balcon du fond, et y tombe évanouie.)

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