SCENE V
Les précédents; ZANETTA, tenant une corbeille de fleurs.
QUINTETTE
le roi, à Rodolphe.
Mais, tiens! c’est Zanetta, c’est l’objet de ta flamme !
(A Zanetta.) ï
Que clicrches-tu, ma belle? Est-ce lui?
ZANETTA
Vraiment, non !
Je viens, par l’ordre de Madame,
De fleurs garnir ce pavillon.
la princesse, regardant Zanetta.
Des larmes dans tes yeux?
zanetta, les essuyant vivement.
Qui? moi?
la princesse.
Je le vois bien !
Rodolphe, vivement et se retenant.
Quoi! tu pleures?
ZANETTA
Non, ce n’est rien !
(Se remettant à pleurer.)
COUPLETS
PREMIER COUPLET
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!
Si je suis encor tout émue.
C’est que mon père m’a battue,
Et quand il bat, c’est de bon cœur!
Et pourquoi m’a-t-il chapitrée ? !
Pour avoir passé la soirée.
Hier, auprès de Monseigneur.
(Elle montre Rodolphe.)
LA princesse, à part. Avec lui! la soirée!..
ZANETTA, continuant.
Et mon cher père que j’honore.
Et que j’ai toujours révéré,
M’a dit : Corbleu ! je' te battrai Si jamais ça t’arrive encore !
Et j’ai grand’peur, car, d’après ça,
Il est bien sûr qu’il me battra!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!
deuxième couplet.
; C’est malgré moi, je vous l’atteste.
Mais où l’on est, il faut qu’on reste,
Quand on se trouve emprisonné;
Il le serait encor, peut-être,
S’il n’eût sauté par la fenêtre.
Alors qu’onze heures ont sonné!
LA princesse, à part. Onze heures!..
ZANETTA
zanetta, continuant.
Et mon cher père que j honore.
Et que j’ai toujours révéré.
M’a dit : Corbleu! je te tûrai Si jamais tu l’aimes encore!..
Et j’ai grand’peur, car, d’après ça.
Il est bien sûr qu’il me tùra!
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah! ah!
ENSEMBLE
la princesse, à part.
L’on me trompe, l’on m’abuse!
C’est un mensonge, une ruse.
Que bientôt je connaîtrai.
Et qu’ici je déjoûrai;
Je saurai tout... je le saurai!
mathanasius, à part.
On nous trompe, on nous abuse !
Tout ceci n’est qu’une ruse.
Que bientôt je connaîtrai.
Et qu’ici je déjoûrai !
Je saurai tout... jè le saurai!
ZANETTA
Lorsque mon père m’accuse,
A ses yeux, jamais d’excuse ;
Il l’a dit!., il l’a juré!
Je te battrai!., je te battrai.
Je te battrai!., je te tûrai!
le roi , à part , regardant Mathanasius.
De son sang-froid je m’amuse ;
Grâce au ciel ! de notre ruse 11 n’aura rien pénétré ;
Notre amour est ignoré.
Oui, notre amour est ignoré!
Rodolphe, à part , regardant la princesse.
Pour qu’à ses yeux je m’excuse,
Comment trouver quelque ruse?
Un moyen désespéré...
Non, jamais, je ne pourrai!
Non, non, jamais je ne pourrai!
le roi, à la princesse, qui voudrait interroger Zanetta. Allons, venez, ma sœur;
Vous savez bien qu’avec monsieur l’ambassadeur Nous devons, ce matin, causer.
la princesse, à Rodolphe.
Monsieur le comte,
Mon éventail, mes gants?
(Bas, à Rodolphe, qui les lui présente.)
Que veut dire ce que j’apprends?
Rodolphe, à voix basse et avec embarras.
Rien de plus simple... et quand vous saurez tout... la princesse, à voix basse.
J’y compte!
( Voyant le roi qui s’approche et lui présente la main, elle dit à voix haute à Rodolphe, qui fait quelques pas pour sortir.)
J’ai des ordres pour aujourd’hui A vous donner!..
Rodolphe, s'inclinant.
Je demeure!
LA PRINCESSE
De chez le roi, quand tout à l’heure Je sortirai, veuillez m’attendre ici!
MATHANASIUS , à part.
Ici!
ENSEMBLE
LA PRINCESSE
L’on me trompe, l’on m’abuse, etc.
LE ROI
De son sang-froid je m’amuse, etc.
MATHANASIUS.
On nous trompe, on nous abuse, etc.
ZANETTA
Lorsque mon père m’accuse, etc.
RODOLPHE
Pour qu’à ses yeux je m’excuse, etc.
(Le roi, la princesse, Mathanasius, sortent par la porte à gauche, les dames d’honneur par le fond.)