‹ Å’uvres illustréesChapitre 31 sur 1154 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

RODOLPHE, sur le devant de la scène; ZANETTA, mettant des fleurs dans les vases du pavillon.

Rodolphe. Des ordres!., des ordres!., et que lui dire? comment me justifier?., tromper et mentir encore... rougir à ses yeux! .. ah! quelle honte !.. quel esclavage!., mieux vaut tout lui avouer... mais c’est exposer à sa colère cette pauvre jeune fille, qui pour moi déjà n’a que trop souffert... et son père, ce brave soldat, qui la croit coupable...

zanetta, avec un soupir de résignation. C’est là le plus terrible... mais n’importe, c’est pour vous!.. Rodolphe. Zanetta!

zanetta. Vous d’abord! vous toujours!

Rodolphe. Ah! je suis un indigne!., je suis un ingrat!., tant de générosité, tant de dévouement... pour moi qui combats et qui hésite encore... Ecoute, Zanetta, il faut que je te l’avoue, il faut que tu saches la vérité... (Avec passion.) Je t’aime!

zanetta, en riant. Eh bien!., cette nouvelle!., je le sais bien, et depuis longtemps.

Rodolphe, avec entraînement. Non , tu ne sais pas ce que j’ai ressenti depuis hier... jamais, jusqu’ici, je n’avais éprouvé d’attachement pareil... d’amour véritable... c’est ce qui fait que maintenant j’essaierais en vain de le cacher; malgré mes efforts, on le verra, on s’en apercevra.

zanetta. Pardine! ce n’est pas un secret, tout le monde le sait!., et voilà pourquoi mon père veut me tuer... parce que je vous ai aimé... « Insensée! m’a-t-il dit, ne vois-tu « pas que ce grand seigneur veut t’abuser et te séduire?»

( Geste de Rodolphe.) Soyez tranquille, je vous ai défendu !.. Je lui ai dit qu’hier encore vous vouliez m’épouser... que c’est moi qui n’avais pas voulu à cause de votre famille, et du roi, et de la cour.

Rodolphe, la regardant avec émotion. Pauvre fille ! zanetta. Mais ces vieux militaires, ça D’entend rien.

« Et s’il en est ainsi, a-t-il continué... porte-lui seulement « la promesse que je vais t’écrire... » et moi j’ai refusé! je n’ai pas besoin de promesse, votre parole vaut mieux encore !

Rodolphe, troublé. Ah! Zanetta!

zanetta. Mais alors il ne veut pas me laisser près de vous, et nous allons partir aujourd’hui, dans un instant... il prépare la barque qui doit nous emmener.

Rodolphe, avec agitation. Partir!., tu as raison! c’est ce que je devrais faire !.. oui, je m’expliquerai... je quitterai la cour... je partirai avec toi.

zanetta, vivement. Ça n’est pas possible, mon père ne voudra jamais... ou il vous parlera encore d’engagement et de promesse.

Rodolphe, avec chaleur. Ah! s’il ne tenait qu’à moi... si j’étais libr A ..

zanetta. Quoi! vraiment!

Rodolphe. Je voudrais plus encore.

zanetta, avec joie. Non, non, pas davantage... Ça suffit pour mon père.

Rodolphe. Mais écoute-moi, Zanetta, écoute-moi... Dieu! zanetta. Qu’importe?

Rodolphe, troublé. Devant elle, devant le roi, pas un mot, ou tout serait perdu.

zanetta. Je n’en parlerai qu’à mon père... car maintenant nous pouvons partir tous les trois... et dès que la barque sera prête, je viendrai vous le dire ici.

Rodolphe, très-agité. Non ! qu’on ne te revoie plus. zanetta. Eh bien! alors, je chanterai au pied de ce pavillon... ce sera le signal.

Rodolphe. Tout ce qu’il te plaira... mais va-t’en, va-t’en vite. (Il la pousse vivement vers le fond et Zanetta sort.)

ZANETTA

Page 1