‹ Å’uvres illustréesChapitre 340 sur 1154 · SCENE Y · texte numérisé non relu

SCENE Y

HENRIETTE, SALDORF, qui est entré à la fin de la scène précédente.

saldorf. M. le comte! mon cher Frédéric! Eh bien! il disparaît sans me parler, sans vouloir m’entendre ! il est

fiché contre moi, et j’en suis désolé! Aussi je venais me justifier auprès de lui, et auprès de toi, machère Henriette.

Henriette. Vous, Monsieur !

saldorf. Eh ! oui, j’avais juré au comte de Lowenstcin de ne jamais parler de ce qu’il m’avait confié, et c’était bien mou dessein ; mais co hasard que je ne pouvais prévoir, co jaloux de Fritz qui nous écoutait... et puis, j’en conviens, j’ai eu tort, j’ai peut-être forcé le comte de Lowestein à parler plus qu’il n’aurait voulu ; mais c’est que je suis susceptiblo en diable sur le point d’honneur, et qu’il m'était venu un instant une idée... si absurde... (Apercevant le papier qui est à terre.) Eh ! mais, qu’est-co que je vois là? quel est ce papier? une donation en bonne forme, signée ducomte de Lowenstein! [Lisant.) Donner à cette petito fille une somme aussi énorme ! décidément il en est fou, il en perd la tète. (A Henriette.) Tiens, mon enfant, voilà qui est à toi, qui est en ton nom.

Henriette, le repoussant de la main. Je le sais, Monsieur, ot je l’ai déjà refusé.

saldorf. Et pourquoi ?

Henriette, C’est que l’accepter, serait avouer que je suis coupable, ( Prenant le papier des mains de Saldorf et le déchirant.) et je vous le répète. Monsieur, je ne le suis pas.

saldorf, riant. C’est très-bien! et je le concevrais, ii, ces demoiselles, ou si Fritz ôtait là... (Regardant autour de lui.) à moins qu’il ne nous écoute encore! (A demivoix.) Mais entre nous deux, à moi, qui suis au fait, lu peux bien avouer...

HENRIETTE. Et quoi donc ?

saldorf. Avouer ce qui eu ost. Car enfin, ne nous fâchons pas, j’étais là quand on l’a arrêté au moment où il descendait du balcon.

Henriette, étonnés. Quel balcon?

saldorf. Celui de mon hôtel, le balcon au premier, qui donne sur lu chambre où tu as passé la nuit.

Henriette. Mais je n’ai point passé la nuit à l’hôtel.

saldorf. Que dis-tu ?

Henriette. Madame de Saldorf m’a renvoyée avant minuit. Elle a voulu rester seule : et moi, sans que personne me vit, je suis rentréo à la maison, d’où je ne suis sorti que ce matin.

saldorf. O ciel ! et pour qui donc alors Frédéric allait il cette nuit dans mon hôtel?

Henriette. Qu’entcnds-je?

saldorf. Il n’y avait que ma femme, elle y était seule, elle avait voulu y rester seule! c’était pour le recevoir, elle l’attendait! plus de doute!

Henriette, à part. Malheureuse ! qu’ai-je fait? (Allant à Saldorf.) Monsieur!

saldorf, furieux. Laisse-moi.

DUO

SALDORF.

Que ce lâche, ce téméraire.

Redoute ma juste colère.

Rien ne peut calmer ma fureur;

Je punirai le séducteur.

HENRIETTE, à part.

Pour les sauver que puis-je faire?

Inspire-moi, Dieu tutélaire!

‘Comment, hélas! toucher son cœur?

Comment désarmer sa fureur?

HENRIETTE, à part.

Je connais donc enfin ce funeste mystère !

saldorf, qui s’est mis à la table et qui écrit.

« Je sais tout, mon outrage et votre trahison ;

« J’abandonne à jamais une épouse coupable,

« Je brise tous nos nœuds; mais d’un affront semblable « Votre sang aujourd’hui doit me rendre raison, u Je vous attends.»

(Il ferme la lettre.)

HENRIETTE, à part.

Ah ! leur perte est jurée!

Ma bienfaitrice, hélas! déshonorée.

LA FIANCÉE. 187

Frédéric expirant! 0 remords superflus!

Et c’est moi qui les ai perdus!

ENSEMBLE

HENRIETTE

Pour les sauver que puis-je faire !

Inspire-moi, Dieu tutélaire !

Comment leur rendre le bonheur?

(Montrant Saldorf .)

Et comment tromper sa fureur?

SALDORF.

Que ce lâche, ce téméraire.

Redoute ma juste colère.

Rien ne peut calmer ma fureur :

Je punirai le séducteur ;

Courons punir le séducteur.

(Il va pour sortir, et Henriette qui le retient le ramène au bord du théâtre.)

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