SCENE IV
Les précédents, VERNILLAC.
la marquise', continuant. Hàtez-vous donc d’arriver, car je disais à votre femme bien du mal de vous.
vernillac. Madame de Brinvilliers est trop bonne; et je suis sûr que le portrait était flatté!
I la marquise. Mais non, pas trop, car il était ressemblant. Tout est-il prêt? tout le monde est-il venu?
vernillac. Nous n’attendons que le notaire pour Signer le contrat, et il nous arrive un événement fort désagréable. la marquise. Et lequel?
vernillac. M. le duc de Villars, qui m’avait fait l’honneur d’accepter mon invitation, et qui même devait danser ce soir le premier menuet avec madame de Vernillac, Vient de recevoir l’ordre de se rendre sur-le-champ à Paris. la marquise. C’est fâcheux; et pourquoi donc? Vernillag. Il doit présider la Chambre Ardente que le coi vient de créer, et qui s’installe dès aujourd’hui extraordinairement.
hortense. Pour quelle raison?
VERNILLAC. Pour juger les affaires d’empoisonnemeht qui se multiplient à l’infini, et qui ont jeté la terreur dans toutes les familles.
la marquise. Vraiment!
madelon. Oui, Madame, rien n’est plus réel, on ne parle plus que de eela. Ils ont des essences, des poudres mortelles.
vernillac. Qu'en ce pays, où l’on rit de tput, on appelle poudre de succession.
madelon. Et il suffit de respirer un flacon Ou un sachet empoisonné pour expirer à l’instant.
la marquise. Je sais qu’on débite à ce sujet beaucoup de fables.
VERNILLAC. C’est un Italien nommé Exili qui a apporté en France ces dangereux talents auxquels il a initié beaucoup de monde, même beaucoup de personnes de haut rang; et dernièrement, à la cour, la mort suEïte de Madame Henriette, sœur du roi, n’a donné à èes bruits que trop de consistance.
madelon. Aussi l’effroi s’est répandu partout. COUPLETS.
(M. Boïeldieu.)
C’est pire qu’une épidémie Qui gagne, hélas ! les parents trop nombreux.
Et les oncles, sans, maladie,
Font sur-le-champ hériter leurs neveux.
Ce fléau, l’on en a des preuves,
Semble surtout s’attaquer aux maris;
Jamais on n’a vu tant de veuves :
Voilà pourquoi l’on tremble dans Paris.
C’est vraiment Bien effrayant.
Ah ! c’est vraimeht Bien effrayant.
DEUXIÈME COUPLET
Oui, la terreur est générale,
Et cet effroi qui gagn’ chaque mari Est venu de la capitale Jusqu’en province, où l’on s’en r’ssent aussi.
Craignant quelques funestes (rames.
Les jeunes gens, par un commun avis,
Ne veulent plus prendre de femmes:
Voilà pourquoi l’on tremble en ce pays.
Ah! c'est vraiment Bien effrayant.