SCENE IV
ALBERT, puis PIÉTRO et ZERBINE.
zerbine, amenant Piélro. Venez, vous pouvez entrer. Albert. Voilà une singulière tournure! Qui es-tu? fiétro. On me nomme Piélro, et je suis Napolitain, autrefois lazzarone et maintenant honnête liomme.
albert. Je vois que tu donnes dans les extrêmes ; et gagnes-tu beaucoup dans ton dernier métier, celui d’iionnôte homme ?
fiétro. Pas grand’ckose, quoique cependant il y ait peu de concurrence : aussi je viens demander ici les moyens de continuer mon nouvel état, sans quoi je serai obligé de revenir à l’autre comme plus lucratif.
zerbine. Voilà un coquin original.
piétro. Coquin! non pas, signora. J’ai déjà dit à Monseigneur que j’avais donné ma démission, et ma démarche va le lui prouver. Voici ce dont il s’agit : hier soir, à trois milles avant d’arriver à Rome, je me suis arrêté à l’hospice 9an-Lorenzo, où l’on accueille les pèleriDS, et j’y ai rencontré un nommé Gennaio, un ancien camarade, un exconfrère.
Albert. J’entends, un lazzarone comme toi. piétro. Excepté qu’il exerce encore, mais pas pour longtemps, car il est bien malade. Or, vous saurez que Gennaio et moi avons eu autrefois des relations d’affaires, et par suite de ces relations, il a entre les mains des papiers qui peuvent compromettre le duc de Farnèse dans ses biei.g
FfORELLA.
et dans sa réputation; mais loin de vouloir faire du tort à une lamille honorable, j’ai décidé mon camarade à un arrangement pour lequel j'ai ses pleins pouvoirs. Alors je suis arrivé ce matin au palais Farnèse; et me voilà. Vous comprenez main tenant?
Albert. Parfaitement! Mais à qui crois-tu parler?
pietro. Au fils ou à quelque parent du duc de Farnèse.
Albert. Du tout, je suis Albert de Sorrente, Napolitain comme toi.
piétro. Pardon, Monseigneur, je vous prierai alors de me faire parler au duc de Farnèse.
Albert. J’aurais de la peine, attendu que depuis un an le duc n’existe plus.
pietro. Il serait vrai?
albert. Cela dérange tes projets et ceux de Gennaio tou associé; mais le duc de Farnèse est mort à soixante ans, sans héritiers, laissant son immense fortune à une maîtresse qu’il adorait, la signora Fiorella.
piétro. Fiorella? je ne la connais pas, mais si elle est héritière de tous ses biens, cela doit la concerner, et nous pouvons faire affaire.
albert. Non pas avec elle, mais avec moi. Combien veux-tu de ces papiers?
piétro. Deux mille ducats.
ALBERT. Je te les donne, à condition que tu remettras ces papiers pour rien à la signora Fiorella, et sans lui parler de moi.
piétro. Je comprends, c’est une galanterie de Monseigneur.
albert. Enfin , acceptes-tu ?
PIETRO. C’est dit. Vous êtes de Naples, je suis de Naples : entre compatriotes on doit s’entendre. Ce soir je retourne à l’hospice San-Lorenzo, je décide Gennaio, et demain j’apporte ces papiers à la signora.
albert, lui offrant une bourse. Tiens, veux-tu d’avance?
piétro, prenant la bourse. Du tout, entre honnêtes gens la parole suffit. Je dis honnêtes, quoique ma probité soit encore d’une origine récente, mais la date n’y fait rien. Adieu, excellence. (A Zerbine.) Adieu, signora.