‹ Å’uvres illustréesChapitre 443 sur 1154 · ALBERT, ZERBINE · texte numérisé non relu

ALBERT, ZERBINE

ZERBINE. Que vous êtes bon et généreux! Quoi! monsieur Albert, vous ne voulez pas que ma maîtresse sache ce que vous faites là pour elle?

albert. Oui, oui, et j’ai du mérite à agir ainsi ; car, Zerbine, je suis furieux contre Fiorella. zerbine. Et que vous a-t-elle fait?

ALBERT. Ce qu’elle m’a fait? pourquoi ne veut-elle pas m aimer ( 1

zerbine. Je l’ignore, et je le saurais que peut-être je ne vous le dirais pas. Quoi! vraiment, monsieur Albert, vous en êtes amoureux?

albert. Le moyen de faire autrement? labeauté la plus séduisante et la plus coquette ! tous les talents, toutes les grâces reunies ; aujourd’hui douce, aimable et sensible • demain vive, légère, capricieuse. Enfin je venais ici à Rome pour un mariage superbe, Célina Manfredi, une riche héritiere, une jeune personne dont je suis aimé; hé bien!

) ai vu biorella, je l’ai vue pour mon malheur, et depuis ce temps nilesconseils de mon père, ni la colère des deux ïamiiles, ni les larmes de ma prétendue, rien n’a pu m’arlêter; je suis comme un insensé à solliciter un regard quelle ne m accorde pas, qu’elle n’accorde à personnecar des princes régnants ne sont pas mieux traités, et j’ai vu dans son palais des altesses faire antichambre. Mais cela du moins, tu peux me l’avouer : pourquoi depuis quelques jours ne vient-elle plus à Rome, et reste-t-elle renfermée dans cette campagne? Pourquoi est-elle triste, rêveuse, préoccupée? elle a quelques chagrins , et la preuve, c’est qu elle multiplie autour d’elle les plaisirs et les fêtes qu autretois elle semblait éviter. Elle cherche, non à s’aunUrivaimaiS ^ S utourdir‘ Zeibine> j’en suis certain, j’ai zerbine. Vous pourriez penser?., albert. Si je le savais! Ecoute, je suis la douceur et la modération en personne, mais je suis Napolitain, c’est-àdire jaloux de naissance. Ce n’est pas ma faute, c’est dans

le sang! j ai fait" tout au monde pour changer mon caractère ; j’ai voyagé en France, j’ai vu des ménages parisiens, des maris philosophes ; ça m’a bien fait, ça m’a été utile, car il n’y a vraiment que ce pays-là où l’on puisse se tonner. Hé bien! malgré mon éducation française, le caractère napolitain reprend de temps en temps, et quand j’apprends une infidélité, mon premier mouvement est do porter la main à mon poignard, le second est d’en rire, mais de mauvaise grâce; il faudra que je fasse un second voyage.

zerbine. Vous avez bien raison.

DUO

Pourquoi des belles Etre jaloux ?

Changer comme elles Est bien plus doux.

Albert.

C’est ma devise.

Et désormais Je veux qu’on dise :

C’est un Français.

zerbine.

C’est sa devise, etc.

ALBERT

Tu peux donc parler sans mystère.

zerbine.

Moi? je n’ai point de secrets.

N'importe, dis-moi tout, ma chère.

ZERBINE

Monsieur, l’on prétend qu’un Français En pareil cas, n’interroge jamais.

ALBERT

Oui, je comprends, la chose est claire,

II est un rival qu’on préfère?

zerbine, souriant.

Un rival!

Albert.

Quel est-il? réponds, crains ma colère.

ZERBINE

Que dites-vous, seigneur Français?

ALBERT

Non, non, ne crains rien.

Car tu le sais bien :

Pourquoi des belles Etre jaloux? etc.

Ainsi donc, je puis tout entendre;

Dis-moi, dis-moi si l’on m’a su trahir.

ZERBINE

Ça vous fera-t-il bien plaisir?

ALBERT

Mais, oui, je te promets d’apprendre Gaîment mon sort infortuné.

Tu Sduris, tu souris.

zerbine.

Je n’ai pu m’en défendre.

ALBERT

S’il est vrai, si l’on me trahit...

ZERBINE

Y pensez-vous?

Albert.

Non, car je te l’ai dit :

Pourquoi des belles Etre jaloux, etc.

(. Zerbine sort.)

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