‹ Å’uvres illustréesChapitre 503 sur 1154 · ÉLISABETH, RALEIGH · texte numérisé non relu

ÉLISABETH, RALEIGH

raleigh, à part. Par saint George ! je voudrais être loin d’ici.

Élisabeth. Avez-vous exécuté, Monsieur, les ordres que je vous avais donnés? Où est votre femme?

raleigh, embarrassé. Ma femme?

Élisabeth. Oui, Amy Robsart, votre femme. Pourquoi ne me l’avez-vous pas présentée?

raleigh. J’avouerai à Votre Majesté ce que déjà elle sait, sans doute; je ne suis pas marié; j’ai mérité toute sa colère.

Élisabeth. Et en quoi, s’il vous plaît, voulez-vous que cette nouvelle excite ma Golère. Depuis quand l’union de sir Walter Raleigh est-elle devenue une affaire d'Eiat? et que me fait après tout, que vous ou Robert Dudley, ayez épousé Amy Robsart? •

raleigh. Je sais, Madame, que tout cela importe fort peu à Votre Majesté. (A part.) je suis sauvé.

Élisabeth. Ce qui m’importe, Monsieur, c’est que les lois soient exécutées. De nouveaux renseignements me sont parvenus sur l’affaire de ee malin, et je vous trouve bien hardi d’avoir fait arrêter sir Hugues Robsart, d’avoir osé, sans un ordre de moi ou d’un ministre, attenter à la liberté d’un de mes sujets : voilàle seul crime qui excite ma colère, et pour lequel j'ai ordonné qu'op vous mit en accusation.

raleigh, à part- J’entends; je suis perdu! mais je n’aurais jamais cru que mon crime me viendrait delà. ( Haut ) Je ne prétends pas pier ma faute; mais il me sembla. t que ce matin Votre Majesté avait daigné l’excuser.

Élisabeth. Vous aviez eu soin d’en cacher les détails, et c’est de vous que je veux les connaître. Je veux savoir comment tout cela se trouve mêlé au mariage de Robert Dudley. Comment a-t-il connu Amy Robsart? Comment l’a-t-il aimée? car il l’aimait, sans doute, et depuis longtemps? Eh bien! parlerez vous?

raleigh. Je suis bien malheureux, Madame, de ne pouvoir donner cette satisfaction à Votre Majesté; je ne connais aucune circonstance de ce mariage; c’est aujourd’hui

LEICESTER

que je l’ai appris pour la première fois; et vous jugerez combien cette découverte me fut pénible, quand vous saurez, Madame, que j’adorais Amy Robsart, et que je me voyais trahi par elle. L’amitié que je portais au comte de Leicester, la reconnaissance que je lui devais, ont pu seules me décider à seconder son stratagème.

Élisabeth. Quoi! vous aimiez?..

raleigh. Je l’aime encore. Madame; et pour vous dire à quel point je suis malheureux, j’ai vu sans effroi la colère de Votre Majesté. Ah ! si vous saviez quel chagrin profond, quels regrets déchirants, de voir l’objet que l’on aimait indigne de notre amour!

Elisabeth. Ah! que vous devez souffrir! vous aimiez, et vous fûtes trahi! et pour qui, pour Leicester! rassurezvous, Raleigh, vous serez vengé, et bientôt votre indigne rival, perdant à la fois et l'honneur et la vie...

raleigh. O ciel! que dites-vous? je ne puis le croire encore, et ce n’est pas là l’intention de Votre Majesté ?

ÉLISABETH. Raleigh! *

raleigh. Je suis indigne du pardon, je le sais, j’ai déjà mérité votre ressentiment; eh bien ! j’oserai encore porter plus loin l’audace, j’oserai donner un conseil à Votre Majesté ; oui, Madame, vous ordonnerez de mon sort, mais daignez auparavant écouter la voix d'un sujet fidèle qui ne veut que votre gloire et votre bonheur. Que prouverait le châtiment de Leicester? qu'il était aimé. Ah! ne souffrez pas, Madame, qu’il emporte avec lui un si grand honneur.

ROMANCE

PREMIER COUPLET

Un seul instant, ô ma noble maltresse.

De ton sujet daigne écouter la voix.

L’Europe entière admirant ta sagesse.

Déjà te place au-dessus de ses rois.

Ah! sois par ta clémence

Digne de ce haut rang.

Un grand roi qu’on offense

Se venge en pardonnant.

ensemble.

ÉLISABETH

J’hésite, je balance.

Quel trouble agite ma raison!

RALEIGH

La plus douce vengeance Est moins douce que le pardon.

RALEIGH

DEUXIÈME COUPLET

Ton sceptre seul n’est pas ce qu’on adore;

'Et si le ciel t’enlevait tes Etats,

Par ta beauté tu régnerais encore.

Qui l’oublia ne te méritait pas.

Que ton indifférence

Soit son seul châtiment;

L’amour que l’on offenso

Se veDge en pardonnant.

ÉLISABETH

J’hésite et je balance;

Quel trouble agite ma raison!

RALEIGH

La plus douce vengeance

Ne vaut pas un pardon.

I ELISABETH. 11 suffit Raleigh, restez près de nous. On vient; que l’entretien que nous venous d’avoir demeure à jamais secret.

raleigh Votre Majesté sera obéie.

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