‹ Å’uvres illustréesChapitre 508 sur 1154 · LES PRÉCÉDENTS, SIR ROBERT · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, SIR ROBERT

robf.rt. Qu’aviez-vous donc à me faire ainsi attendre?.. savez-vous que ça commençait à me faire

peur ! t ,

suNDERLANb. Parbleu ! vous nous 1 avez bien rendu. Qui vous amène à cette heure ?

robert. D’importantes nouvelles, et je venais... (Apercevant Coverly.) Que vois-je? le capitaine Coverly! (Bas.) Que faites-voas ici de ce vieux Soldat de Cromwell?

suNDERLANb, bas. Il est à notre solde, et peut nous | servir. (Haut.) Et vous pouvez hardiment parler devant lui, c’est un brave.

I robert. A la bonne heure. Vous saurez que miss , Clarence, ma nièce, était liée autrefois avec mademoi-

LA FÂVORITË.

selle Hyde, avant qu’elle ne devînt duchesse d’York, et par suite reine d’ Angleterre. C’est par elle que j’ai fait adresser mes demandes. (Coverly est allé s’asseoir auprès de la petite table à gauche.) miss réginald. A la reine ?

robert. A la reine elle-même, qui, par egard pour son amie d’enfance, a daigné y prendre le plus vif intérêt et a parlé de nous au roi.

sunderland. Quel bonheur!

coverly, de sa place. Qu’est-ce que cela signifie? {U boit et fume.)

sunderland. On vous le dira, mon cher ami, vous ne pourriez pas comprendre. [A sir Robert.) Eh bien! achevez...

robert. Eh bien!., le roi avait compris que des mécontents tels que vous pouvaient devenir redoutables, et loin de repousser nos prétentions, il était prêt à rendre à votre sœur sa place de dame d’atours, à vous donner à vousune des charges de sa maison et il allait signer ma domination de trésorier de sa cassette, lorsque, est venue se jeter à la traverse miss Arabelle Churchill. sunderland. Miss Arabelle !, . qu’est-ce que c’est? robert. Vous ne la connaissez pas?

sunderland et miss réginai.d. Nullement.

ROBERT. La personne qui, dans ce moment, a le plus de crédit à la cour, la femme la plus jolie, la plus adroite, la plus séduisante, et dont les charmes ont fasciné les yeux du roi, la favorite, en un mot. miss réginald. Il aurait une maîtresse!

robert. Il en a une.

miss réginald et sunderland. Quelle indignité! miss réginald. Et c’est elle qui l’emporte sur nous ! sunderland. Et sur la reine !

robert. Sur tout le monde. Vous ne Vous imaginez pas jusqu’où va son pouvoir; elle dispose à son gré des honneurs, des titres, des emplois; jusqu’à son frère, le petit Churchill, un simple officier, qu’elle prétend faire nommer duc de Marlborougb, et elle en viendra à bout, si elle veut. C’est elle qui a persuadé au roi que nous étions des ambitieux finis, usés, des gens nuis, dont on n’avait rien à craindre. sunderland. C’est ce que nous verrons.

ROBERT. Et tant qu’elle sera la maîtresse du roi, tant qu’elle occupera cette place, nous ne pourrons point ravoir les nôtres.

miss réginald. 11 faut la renverser.

sunderland. 11 le faut; guerre à mort!

tous trois. Nous le jurons!

sunderland, à Coverly. Et vous, capitaine ? coverly, se levant et prenant place à la gauche de Sunderland. Je ne comprends pas ; mais c’est égal, dès qu’il faut renverser, je suis là, renversons tout.

sunderland. A la bonne heure. Il s’agit maintenant de savoir comment s’y prendre.

MISS réginald. 11 faudrait de l’adresse. robert. De l’esprit.

coverly. Cela ne me regarde plus.

robert. Nous avons laissé passer le bon moment pour lui nuire; car depuis une semaine elle était en voyage : elle est allee à Keswick visiter ses environs pittoresques et la cataracte de Lowdore.'

sunderland. Vous avez raison; on aurait pu profiter de cette absence.

miss réginald. Et quand revient-elle?

robert. Ce soir même, elle est attendue à Carlisle, ou elle doit rejoindre le roi.

sunderland, réfléchissant. Venant de Keswick, elle doit passer par ici.

miss réginald. Qu’importe?

sund rland. Si on savait à quelle heure? robert. A sept heures précises, à ce que m’a dit William, le maître de poste, chez qui les relais sont commandés.

sunderland, vivement. Attendez !

tous. Qu’est-ce donc?

sunderland, passant entre sir Robert et miss Réginald. Un projet, un nouveau projet, qui est d’une force de conception... et si ce n’était la crainte de se compromettre... miss réginald et robert. Parlez.

sunderland. Non, décidément, ça me fait peur; c’est trop hardi.

coverly, brusquement. C’est ce qu’il faut; voilà les expéditions que j’aime.

sunderland. 11 est de fait que nous avons là le capitaine, et que ce n’est pas nous, c’est lui qui se met en avant.

coverly. C’est le poste que je préfère. Eh bien ! voyons, par saint Cromwell, achevez.

tous. Ecoutons.

sunderland, après avoir regardé autour de lui et fait signe à sir Robert et à miss Réginald d’aller fermer les portes . Lady Arabelle est notre ennemie... mortelle... déclarée... Il faut donc l’éloigner de la cour... l’en éloigner à jamais.

tous. C’est dit.

sunderland. Elle passera ce soir, à sept heures, en voiture de poste, au pied du château ; à sept heures, dans celte saison, la nuit est complète. tous. Eh bien?

sunderland. Caché par les roches qui bordent la grande route, le capitaine ira l’attendre.

coverly. C est dit : et, fussent-ils une douzaine, je vous réponds que ma bonne épée...

sunderland, allant à Coverly . Lui ôter la vie ! coverly, tranquillement. Eh bien! est-ce que ce n’est pas vous qui disiez...

sunderland, avec effroi. Eh ! non, sans doute, il ne s’agit que de l’enlever.

coverly, froidement. Comme vous voudrez; comme ça, ou autrement, ça m’est égal.

miss réginald, à demi-voix. En vérité, cet hoinmelà me fait peur.

robert, de même. Et à moi aussi. [Haut.) L’enlever, c’est déjà bien assez ; et encore, je me demande : à quoi cela servira-t-il ?

miss réginald. Oui, mon frère, à quoi?

sunderland. Vous me le demandez, et vous vous mêlez de conspirer! Vous ne comprenez pas, esprits inférieurs et conjurés subalternes, qu’en la retenant prisonnière ici, dans ce château, sans qu’on sache ce qu’elle est devenue, sans qu’elle sache elle-même quels sont ses geôliers, nous profitons de son absence à la cour, pour nous avancer et pour lui nuire! missréginald. Mais que dira le roi de sa disparition? sunderland. C’est là le coup de maître; est-il si difficile de faire courir le bruit qu’un noble inconnu, un beau jeune homme l’a enlevée, de son consentement, et que tous les deux sont passés en France ou ailleurs? miss réginald. 11 a raison.

SUNDERLAND

Air : Ces postillons sont d’une maladresse .

II faut partout en semer la nouvelle ;

Et lorsqu’au roi chacun répétera Que sa maîtresse est perfide, infidèle.

LA FAVORITE

A le croire il commencera,

Et tout le monde aussitôt le croira.

Car à la cour, où chacun se redoute.

En politique aussi bien qu’en amours,

La trahison, en cas de doute.

Se présume toujours.

miss réginald. Il a raison.

sunderlan d. Et d’ici à quinze jours, ou trois semaines, que d’événements peuvent arriver! Le roi ne peut-il pas l’oublier... ou choisir une autre maîtresse qui nous sera plus favorable ?

miss réginald. Quand nous devrions la lui donner nous-mêmes.

roiikrt. A merveille, voilà que cela marche. sunderland. Ma sœur et moi, nous attendrons ici la prisonnière et disposerons tout pour la recevoir; vous, sir Robert, vous irez, pendant ce temps, avec le capitaine...

Robert. Impossible, il faut que je me rende ce soir à Carlisle, pour mou mariage;car je me marie demain. sunderland. Est-il possible !.. et avec qui? rorert. Avec une personne dont je vous parlais tout à l’heure, miss Clarencc, ma pupille, que j’ai fait revenir récemment de Londres ; car le testament de son père me nomme son époux.

sunderland. C’est bien le moment de se marier! noRERT. C’est toujours le momentde faire une bonne affaire. Trente mille livres sterling de revenu. Il y a là-dedans de quoi payer bien des conspirations. coverly. Maintenant surtout qu’elles sont pour rien. robert. Et puis ce voyage ne vous sera pas inutile ; j’examinerai, j’interrogerai ; je saurai ce qui se passe, ce qu’on aura dit à Carlisle de la disparition de la favorite ; et dans la nuit, à mon retour, je vous apporterai des nouvelles.

sunderland. A la bonne heure.

rorert, à part. Je ne suis pas fâché de m’en aller, parce qu’au moins, si cela ne réussit pas, je n'y suis pour rien, je n’y ai pas assisté. (Haut.) Mais vous, capitaine, que je ne vous retienne pas.

coverly. C’est dit ; deux sons de cor vous apprendront la réussite de l’expédition. Quant au billet de cinquante livres sterling que je vous ai souscrit, nous en allumerons ma pipe.

sunderland. Comment! cinquante livres sterling... coverly. Etdeplus,cinquanteautrespourmes peines. sunderland. 11 lui faut toujours de l’argent. coverly. Comment ! est-ce que vous trouvez... sunderland. Eh bien! nous verrons, mon cher, nous verrons. (Aux autres.) Mais quoi qu’il arrive, mes amis...

miss réginald. Fidélité à nos serments.

sunderland. Ne séparons jamais nos intérêts. robert. Point d’alliance avec la favorite. tous. Jamais.

miss réginald. En la renversant, cV^t au prince luimême que nous rendons service.

robert. Et nos places, que nous retrouvons. coverly. Et les intérêts du pays, corbleu! le pays. Messieurs.

sunderland. Le pays avant tout.

QUATUOR

(Air: Amour sacré de la patrie (de la Muette.) ensemble.

Amour sacré de la patrie,

Viens m’inspirer en ce moment.

Rends-nous l’audace et l’énergie,

Mes places et mon traitement.

(On entend une cloche en dehors.)

MISS RÉGINALD

Mais qui peut venir à cette heure?

rorert, courant à la fenêtre.

Un officier du roi.

Chez moi... dans ma demeure?

C’est fait de nous.

miss récinald, à la fenêtre.

Que vois-je! Arthur, notre neveu!

SUNDERLAND

(Aux autres.)

Qui l’amène? Gardez qu’il vous voie en ce lieu.

Partez, que le ciel vous conduise ; ✓

Du succès de notre entreprise Dépend le salut général.

ROBERT

Voilà notre fortune faite.

Je reviens au trésor royal.

sunderland.

Moi, je règle encor l’étiquette.

COVERLY.

Et moi, je suis grand amiral.

ENSEMBLE

Amour sacré de la patrie,

Inspire-nous en ce moment.

Rends-nous l’ardeur et l’énergie,

Mes places et mon traitement.

(Ils sortent tous par le fond , excepté Sunderland ; et au même instant entre, par la droite, Arthur, introduit par un domestique auquel il donne son manteau.)

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