‹ Å’uvres illustréesChapitre 527 sur 1154 · LE CARDINAL, GERTRUDE · texte numérisé non relu

LE CARDINAL, GERTRUDE

le cardinal, entrant par la droite. C’est inimaginable, et je ne s-al^ pas comment je vais sortir de là. (A son domestique, qui le suit.) Qu’on mette mes chevaux. [Le domestique sort.)

LE SOPRANO

gertrude. Il a l’air agité.

le cardinal. Ah ! c’est vous, ma chère madame Gertrude?

gertrude. Est-ce que votre éminence va sortir? le cardinal. Je vais au Vatican.

gertrude. lîe si bonne heure!

le cardinal. Il le faut bien, les affaires, j’en suis accablé; et puis, cela va mal, je n’ai pas d’appétit. gertrude. Monseigneur a si bien dîné hier ! le cardinal. Je n’ai pas d’appétit ce matin; et le mouvement, le grand air, me disposeront peut-être à déjeuner. On servira à mon retour.

gertrude. Oui, Monseigneur. Mais votre éminence est dans un état de préoccupation qui m’inquiète.

LE cardinal. Oui, oui, c’est vrai; je rêve, je pense; je ne suis pas dans mon état naturel; etmoiquiaime à digérer tranquillement, et sans que rien me tourpienle, je me trouve, grâce au prince de Forli, mon neveu, dans un embarras dont je ne sais comment me tirer.

gertrude. El comment cela !

le cardinal. Imaginez-vous... car je vous dis tout, ma bonne madame Gertrude, surtout quand ça va mal... imaginez-vous que j’avais médité pour lui, depuis longtemps, un mariage magnifique, la nièce du cardinal Cagliari, qui est si influent au sacré collège; car moi je ne pense qu’à mon neveu, et à son bonheur. Le cardinal me faisait nommer secrétaire d’Etat, et au prochain conclave, en réunissant nos votes, que Dieu prolonge les jours de notre souverain actuel!., mais il est bien vieux, bien cassé; on a parlé d’un catarrhe, et même de deux médecins appelés hier près de Sa Sainteté!., enfin, il y a des espérances. gertrude, avec joie et explosion. Est-il possible!

LE cardinal, la modérant. Taisez- vous, taisez-vous, mon enfant; fine faut pas avoir de mauvaises pensées, cela porte malheur. Et pour en revenir à ce mariage, mon neveu m’avait dit : « Faites comme pour vous, « mon oncle, cela m’est égal. » Alors j’avais été en avant, tout avait été conclu hier entre nous; le cardinal, sa nièce, et jusqu’à Sa Sainteté qui a donné son agrément; il ne manque qn’uaconsentement, un seul, celui de mon neveu, et ce matin il refuse, il ne veut plus entendre parler de mariage.

gertrude. Et qu’est-ce qu’il objecte?

le cardinal. Que la prétendue est laide ! c’est possible ; je ne demande pas qu’il l’adore, mais qu’il l’épouse.

gertrude. C’est juste, et dès que cela vous rend service... mais ne pourrait-on pas le gagner par la persuasion et la douceur?

LE cardinal. Est-ce que je ne fais pas tout pour lui? est-ce que je lui refuse rien? Il a voulu une meute, des chevaux anglais, il n’a eu qu’à parler; il a désiré une villa, une maison de campagne, une galerie de tableaux, je les lui ai données : et tout cela, sur les revenus de l’Eglise.

gertrude. Quelle bonté! quelle générosité!

LE cardinal. Hier encore, il paraît qu’on a entendu au Vatican, devant le pape, un soprano magnifique, une voix admirable, dont il est revenu ravi , enthousiasmé! Selon lui, il n’y a jamais eu rien de pareil; et dans son amour pour les arts, il m’a persuadé, moi, que je devais les encourager, les protéger, et offrir à ce jeune artiste un logement ici, dans mon propre palais.

gertrude. Et vous y avez consenti?

le cardinal. 11 l’a bien fallu. Je fais tout ce qu’il veut, pour être le maître, car je donnerais tout au

monde à celui qui le déciderait à ce mariage; mais tout a été inutile, et je ne sais maintenant quel moyen employer.

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