‹ Å’uvres illustréesChapitre 552 sur 1154 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

DE PRESLE, ANTÉNOR; DELPHINE, en parure de bal; MADAME DE TRENEUIL.

madame de treneuil, à part, apercevant de Presle. Comment! encore ici, après un congé aussi formel ! je ne le reconnais pas là. ( Anténor et de Presle s’inclinent.)

anténor, prenant de Presle par la main. Mesdames, j’ai l’honneur de vous présenter M. le comte de Presle; mon ancien camarade, un militaire des plus distingués.

de presle, passant entre Anténor et Delphine. Mon ami Anténor est trop bon : il ne fallait pas moins que son patronage et sa recommandation pour oser vous adresser une demande qui me semble, à moi, toute naturelle, et que vous trouverez peut-être bien téméraire.

Delphine. Et laquelle. Monsieur?

de presle. Je sais que de nombreux prétendants as-

LE CHAPERON

pirent à la main de Mademoiselle; et, sans aucun droit, je dirai même plus, sans aucun espoir, je viens cependant me mettre sur les rangs.

DELPHINE ET MADAME DE TRENEUIL. Est-il pOSSible! anténor, s’éloignant de de Presle. Quelle trahison ! Delphine. Et c’est M. Anténor qui nous le présente! voilà, par exemple, une confiance...

anténor. Du tout, Mademoiselle.

de presle. Je m’attendais bien à l’accueil peu favorable qué je reçois.

Delphine. Vous auriez tort, Monsieur, d'interpréter en mauvaise part la surprise que me cause votre recherche, trop honorable, du reste, pour qu’on puisse s’en formaliser.

anténor. Encore un qu’on admet ! et être trompé ainsi par un ami de collège!

de presle. Ecoute donc, on est rivaux en amour... et cela n’empèche pas l’amitié. [Il lui tend la main.)

anténor. Laissez-moi, je ne veux plus rien de vous, et je ne croirai plus désormais à l’amitié des hommes.

( Regardant madame de Treneuil.) Je ne croirai qu’à celle des femmes. (Il remonte vers le haut du théâtre.)

madame de treneuil, passant entre Delphine et de Presle. Si quelqu’un ici a le droit de s’étonner d’une pareille démarche, il me semble. Monsieur, que c’est moi.

de presle. Du tout, Madame, car c’est vous qui en êtes cause: ce sont vos avis, vos conseils, qui m’y ont déterminé.

anténor, venant entre madame de Treneuil et Delphine. A madame de Treneuil. Et vous aussi , Madame, vous qui sembliez me porter quelque intérêt !

de presle, à madame de Treneuil. J’ai écouté la voix de la raison, la vôtre. Madame.

anténor, à Delphine. Et c’esl par raison qu’il vous aime?

de presle. Oui, mon ami, une raison impérieuse. madame de treneuil. La seconde fois que vous voyez ma sœur.

de presle, galamment. Eh mais ! une seule aurait suffi.

madame de treneuil. Mais songez donc. Monsieur... de presle. Que vous laissez, m’a-l-on dit, la concurrence libre à tout le monde, et que j’aurais lieu. Madame, de voussupposer (En appuyant.) des raisons toutes personnelles, si vous m’accordiez le privilège de l’exclusion.

madame de treneuil, ô part. C’est-à-dire qu’il va mecroire jalouse. (Haut.) Je ne dis plus rien. Monsieur; que ma sœur prononce, mais qu’elle prononce sur-lechamp.

de presle. Ce n’est ni juste ni raisonnable; je n’ai pas, (Regardant Anténor.) comme bien des gens, un mérite évident, et qui saute aux yeux; le mien, si toutefois j’en ai, est difficile à découvrir; il lui faut le temps dese faire connaître, et il faut au moins que Mademoiselle me permette comme aux autres de lui faire ma cour.

Delphine, passant auprès de sa sœur. 11 me semble, ma sœur, qu’on ne peut pas empêcher...

anténor. Eh bien ! qu’il se dépêche, et que cela finisse.

de presle, froidement. Je commencerai dès que mon rival ne sera plus là ; on ne peut pas exiger que je fasse ma déclaration devant témoin.

DELPHINE. C’est juste.

madame de treneuil. C’est-à-dire que nous sommes de trop.

de presle, la retenant. -Non, Madame, je connais trop les convenances ; votre présence est de droit et de rigueur : vous êtes la tutrice, le chaperon de Mademoiselle; et, à ce titre, vous ne pouvez pas faire autrement que d'écouter ma déclaration d’amour.

anténor, à madame de Treneuil, qui fait un geste d'impatience. Oui, Madame, j’aime mieux que vous soyez là... Je serai plus tranquille, et puisqu’il faut que je m’en aille...

de presle. Sans rancune, mon ami Anténor. anténor. Si, Monsieur: car moi je ne suis pas comme vous, je ne vous prends pas en traître ; et je vous déclare que si je peux trouver quelque bon moyen de vous nuire...

de presle. C’est toujours comme cela entre amis. anténor, hésitant à s’en aller. Sans adieu. Madame; et vous, Mademoiselle, je me recommande à vous, il va vous parler mieux que moi.

Air : Ses yeux disaient tout le contraire.

Je sais qu’il est plus éloquent,

Il sait mieux plaire et mieux séduire;

Il a plus d’esprit, de talent.

de presle, à part, et riant.

Si c’est ainsi qu’il croit me nuire...

ANTÉNOR

Il va, comme futur mari,

Vanter son amour, sa constance;

Mais tout ce qu’il va dire ici.

Songez que c’est moi qui le pense.

(A de Presle, avec fierté, en sortant.)

Adieu, Monsieur, (il entre chez madame de Treneuil.)

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