‹ Å’uvres illustréesChapitre 558 sur 1154 · MADAME DE TRENEUIL, DE PRESLE · texte numérisé non relu

MADAME DE TRENEUIL, DE PRESLE

(De Presle a suivi Anténor et Delphine, et au moment d'entrer dans le salon, il s’arrête, et, s’inclinant, il dit à madame de Treneuil : )

DE presle. Vous me permettrez, Madame, de les suivre... dans mon intérêt...

madame de treneuil. Un mot, de grâce, Monsieur. de presle , à part et revenant. On ne me renvoie plus, on me retient. ...

madame de treneuil. J’ai une explication a vous demander sur voire conduite, qui, d’un bout à 1 autre, me paraît une énigme inexplicable.

DE presle, froidement. Rien de plus simple, Madame. Repoussé par vous, je me suis adressé à votre sœur. Je lui ai fait la cour, et je suis décide à l’épouser. ..... .

madame de treneuil. A l’épouser! Et si je 1 instruis des aveux que vous m’avez faits aujourd’hui même ?

de presle. Vous le pouvez, Madame; cette menace m’alarme peu. Si j’ai su prendre quelque ascendant sur elle, vous ne le détruirez pas par là. On se fie a ceux qu’on aime; on n’a pas de peine à s’en croire véritablement aimé, et alors (Avec expression.) on ne leur oppose plus une longue résistance.

madame DE treneuil. Eh quoi ! tirer avantage de la crédulité d’une jeune fille !

de presle. Et à qui la faute, si ce n est a vous qui m’y forcez ?

madame de treneuil. Ah ! vous en convenez. Vous l’avez trompée.

de presle. Madame...

madame de treneuil. Et puis-je savoir par quelle magie, quel pouvoir merveilleux vous avez acquis ce prompt ascendant dont vous êtes si fier?

de presle. Une magie toute simple, 1 accent de la vérité.

LE CHAPERON

madame de treneuil. Adieu, Moniieur. — Scène 4,

madame de treneuil. De la vérité ?

de presle. Oui, Madame, en suppliant votre sœur. Comme votre image est toujours présente à ma pensée, je me suis involontairement figuré que c'était à vous que je m’adressais; et, une fois que j’ai eu fait ce premier effort d’imagination, le reste m’a été facile. J’ai mis tant de feu dans l’expression de mes sentiments, je lui ai peint avec des couleurs si vives le désespoir qui m’attendait, s’il fallait vivre loin de vous... je veux dire loin d’elle... que cette jeune personne n’a pas pu s’empêcher d’être attendrie, en se voyant aimée à ce point-là.

madame de treneüil. Aimée ! à merveille, Monsieur, par ce récit vous essayez encore de me faire croire à une passion impérieuse, irrésistible: cela est bon pour ma sœur... mais, pour moi, je n’ignore pas que cette prétendue passion vous laisse quelques intervalles de loisir. Car j’hésitais à vous en reparler, attendu que, quant à moi, je vous le répète, rien ne m’est plus indifférent. Mais enfin, une intrigue amoureuse, un duel l’autre semaine... (De Presle, sans lui répondre, tire

un bouquet fané de son sein, et l’y replace aussitôt.) Que vois-je? Ah ! de Presle ! ( Elle se cache la tête dans les mains. Il l’observe. Un silence. Elle reprend avec beaucoup d’émotion : ) Quoi ! c’est pour ravoir ce bouquet, dont un fat s’était emparé, que vous avez exposé vos jours?

Air : Simple soldat.

Quelle folie! ô ciel! si javais su...

Mais j’en vois une encor bien plus à craindre Dans le projet que vous avez conçu.

Par un dépit que le temps peut éteindre...

Vous de ma sœur vouloir être l’époux!

C’est aux regrets vouer votre existence;

Et maintenant ce n’est plus par courroux Que je persiste à parler contre vous.

Monsieur, c’est par reconnaissance.

de presle. Vous êtes bien bonne. Madame, de vous intéresser à mon sort : ce n’est pas votre habitude.

madame de treneuil. Eh ! Monsieur, si ce n’est pour vous, c’est pour le bonheur de Delphine, auquel vous ne pensez pas.

LE CHAPERON

de piiesi.e. Eh mais! je vous ferai le mémo reproche, et avec plus juste raison; car c’est vous que cela regarde plus que moi. Comme sa tutrice, vous êtes responsable; et son malheur, puisque c’en est un de m’upparicnir, vous ne devez l'attribuer qu’à vous seule, à vous qui, d’un mot, pouviez l’empèeher.

madame de treneuil. Moi ! et comment?...

de presle. En vous dévouant pour elle.

MADAME DE TRENEUIL. Monsieur !...

de presle. Je sais ce qu’un tel parti a de pénible pour vous; mais sans cela, où serait le mérite? où serait le sacrifice?... Je vous l’ai dit, Madame : ou votre mari, ou votre beau-frère; ou le malheur de votre sœur, ou le vôtre; choisissez.

madame de treneuil. Ni l’un, ni l’autre; car ma sœur ne peut se marier sans mon consentement, et je le refuse.

de presle. Contraindre son penchant !

madame de treneuil. J’aime mieux sa douleur aujourd’hui que ses reproches plus tard. Et comme sœur, comme tutrice, je l’obligerai bien à m’obéir.

de presle. De la tyrannie!... Cela porte malheur, Madame ; et dès que vous sortez de l’ordre légal, dès que vous tombez dans le despotisme, je sais les moyens qui me restent, et j’y aurai recours. (Il salue et sort.)

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