LA COMTESSE, URSULE, ISOLIER
isolier, mettant un genou en terre. Bonjour, ma belle, ma bonne, ma divine cousine!
LA comtesse. Votre cousine est très en colère contre vous, Monsieur; j’ai à vous gronder. Mon Dieu! comme il a froid ? Chauffez-vous, Monsieur, chauflczvous. Je vous trouve bien hardi! comment! malgré ma defense?.. Dis donc, Ursule, il a peut-être faim’ N est-ce pas, Monsieur, que vous avez faim ? Eh ! vite, Ursule! ces conserves qui sont sur mon oratoire. ( Ursule sort.)
isolier. Ma bonne cousine!
la comtesse. Oui, Monsieur, je vous enverrai Ursule pour vous ouvrir désormais. La pauvre petite ! isolier. Comment, vous avez vu?
la comtesse. Oui, j’ai vu qu’avec votre apparente timidité, vous étiez le digne élève de votre maître.
ursule, rentrant. Tenez, beau chevalier! (Isolier se met a table ; la comtesse est à côté de lui, le sert et le regarde manger. — Ursule debout lui verse à boire.)
la comtesse. Aussi, a-t-on jamais vu courir lesgrands chemins à cette heure-ci?
isolier, la bouche pleine. C’est un message important dont j’étais chargé,
la comtesse. Encore quelque nouveau tour de ce méchant comte?
isolier. Oh! non, c’est au contraire une lettre pour lui, et qui pourra bien... (A part.) Diable! taisonsnous. (Haut.) C’était le plus long de passer par ici, (Regardant la comtesse.) mais c’était le plus beau 1 ursule. Oui, le plus beau, de la pluie à verse. isolier. Bah! en venant on ne la sent pas; c’est quand je m’en irai !..
la comtesse, le contrefaisant. Quand je m’en irai Avec cet air câlin, qui ne le prendrait pour l’ingénuité même? Eh bien ! c’est là le digne conseiller et souvent le compagnon des tours félons que le perfide comte joua aux femmes.
isolier. Vous le savez, c’est mon père qui m’a placé en partant, auprès du jeune comte; et si ce n’était ses déloyautés en amour, il ne pouvait me choisir plus noble seigneur.
Air de la romance du Comte Ory.
Le comte Ory, ehàtclain redouté.
Après la gloire, n’aime rien que la beauté.
Et la bombance, les combats et la gaieté.
D’ailleurs,
Air : Ah! daignez m’épargner le reste.
Brave, généreux et galant.
Preux chevalier et noble prince,
On craint ses exploits,., et pourtant On le chérit dans la province.
Il voudrait, il le dit tout haut.
Voir chacun heureux à la ronde;
Et même, hélas! son seul défaut Est de vouloir sc mêler trop Du bonheur de tout le monde.
(En confidence.) Mais veus ne savez pas? aujourd'hui je le crois amoureux.
LE COMTE OR Y
la comtesse. Amoureux? Est-ce qu’il est jamais au- | trcment ?
isouer. Oh! cette fois, c'est sérieusement. Imaginez-vous que ce matin il me fait appeler.
Air du Pot de Fleurs.
« Holà ! dit-il, holà! mon page,
« lei venez me conseiller;
« A mon cœur rendez le courage,
« Amour me berce, et ne puis sommeiller.
« Hélas! seigneur, vos tourments sont les nôtres,
« Et l’amour, sensible à nos maux,
« Vous prive à la fin du repos « Dont vous avez privé les autres? »
J’ignore le nom de sa belle, car, pour la première fois, il a été discret : mais il paraît qu’elle est surveillée par un jaloux ou renfermée dans quelque moutier, car ce pauvre comte ne savait comment pénétrer près d’elle, et c’est sur cela qu’il me consultait. la comtesse. Comment, Monsieur?..
isouer. Oh! je lui ai donné une idée; je suis sûr qu’elle vous divertira. Sire, lui ai-je dit, il faut prendre...
la comtesse. C’est bon, c’est bon ; je vous dispense des détails : encore quelque perfidie...
Ursule, à part. Ah ! quel dommage!
la comtesse. Ecoutez donc! j’entends du bruit dans les corridors.
URSULE. Ce sont ces dames qui rentrent apres le souper.
la comtesse. Comment! il est déjà si tard? Allons, allons. Monsieur, vite, il faut vous retirer. isouer. Comment, ma belle cousine?..
la comtesse. Vous devriez être déjà bien loin. Tenez, prenez ces fruits, prenez encore ces gâteaux. Bonsoir, encore une fois, bonsoir. Ursule, ouvre-lui la porte, et viens me rejoindre aussitôt. ( Elle sort par une des portes latérales.)