SAINT-BRICE, MADELON
MADELON. C’est une véritable amie que vous avez là, et elle a bien raison ; il faut partir.
saint-brice Oui, je le sens comme elle ; mais m’éloigner sans apprendre à Hortense les motifs de ce départ! madelon, l’entraînant. Il le faut.
saint-brice, apercevant l’encrier, qui est sur la table à sa droite, y court et s’assied. Ah !
madelon. Eh bien! que faites-vous?
saint-brice. Rien qu’un mot, Un seul mot!.. (Ecrivant.) Qu’elle sache que c’est pour son repos, pour son honneur que je m’arrache des lieux qu’elle habite !
madelon, avec crainte et regardant autour d’elle. Et si l’on vous surprenait dans cette chambre qui est la sienne?
saint-brice, sans regarder. Non, personne! (Ecrivant toujours.) Elle saura que le temps ni l’absence ne peuvent nous désunir ; et ce serment que je Signe d’être toujours à elle, je le tiendrai jusqu’à la mort! (Se levant, et à Madelon.) Tiens, remets-lui ce billet.
madelon. Y pensez-vous?
saint-brice. Une lettre tout ouverte ! ce sont mes adieux, mes derniers adieux; qu’elle les lise, et je pars moins malheureux. (La marquise paraît en ce moment à la galerie du fond ; elle voudrait parler à Saint-Brice, mais le voyant etvec Madelon , elle s’arrête.)
madelon. Impossible, aujourd’hui, d’approcher de Madame, Monsieur ne la quitte pas un instant.
saint-brice. Eh bien! ce soir, demain! je t’en conjure, il y va de ma vie !
madelon, prenant la lettre. Pauvre jeune homme! Mais moi-même je n’oserai jamais. (Apercevant la corbeille qui est surlatable.) Ah! une idée. (Elle va à la corbeille, y prend un bouquet de roses, y cache la lettre et remet le bouquet dans la corbeille.) Comme ceia, cela vaut mieux. J’avertirai Matlame de la prendre. saint-brice. A merveille !
madelon. Si toutefois M. de Vernillac me permet de lui parler ; car les maris, C’est terrible ! surtout les nouveaux. (Geste de colère de Saint-Brice.) Mais partez. Monsieur, partez.
saint-brice. Un instant encore...
madelon, le poussant et l’entraînant avec elle. Non, non, je ne vous quitte pas que je ne vous aie vu dehors. (Ils sortent par laporte à droite du spectateur ; la marquise entre par la porte à gauche .)