MADAME BERTRAND, RIGOBERT, JÉROME
madame Bertrand. Ah ! la brave et noble demoiselle... qu’à défaut de son père. Dieu lui donne le mari qu’elle désire... et si ça ne dépendait que de moi... ( A Jérôme qui s’approche.) Que viens-tu m’annoncer?..
Jérôme. Que la carriole est prête.
rigobert. La carriole d’osier?
madame Bertrand. Toujours la même ! (A Jérôme.) Je ne pars que demain; va remiser...
Jérôme, d’un air découragé. Je le veux bien... mais, vrai, madame Bertrand, ça m’effraie! à chaque instant, une nouvelle idée! Quant à, celle de tout à l’heure, elle est là... ( Montrant son gousset.) madame Bertrand. C’est bon !
Jérôme. Je l’ai rachetée... mais je n’ai pu la remettre au propriétaire... attendu que, pour avoir chassé dans les bois communaux, les gendarmes...
madame Bertrand. Il y en a ici?
rigobert. Il y en a partout... le progrès delà civilisation.
Jérôme. Les gendarmes l’ont mis lui-même en gage chez le bourguemestre... ( Lui rendant la montre.) Voilà l’objet en question... montre d’argent... guillochée, avec un chiffre!., bassinoire delà plus haute antiquité!
madame Bertrand, qui a regardé la montre avec la plus grande émotion et portant la main à son cœur. Ah! mon Dieu!..
Jérôme. Qu’avez-vous donc?..
madame BERTRAND. C’est bien à ce jeune soldat?
Jérôme. Souvenir de famille, à ce qu’il dit! madame BERTRAND. Je veux le voir... je veux lui parler à l’instant!
Jérôme. Il est en prison :
madame Bertrand. N’importe!
Jérôme. Pour une amende!
MADAME BERTRAND. Paie-la...
Jérôme. Il s’agit de cent écus!
madame Bertrand. Fùt-ce du double... paie-la vite... et reviens... m’as-tu entendu?..
jerôme, plus étonné. Tenez... Madame Bertrand, ça ne peut pas durer comme ça... vous que j’ai toujours vue raisonnable jusqu’ici... ça me chauge toutes mes habitudes!..
madame Bertrand, hors d’ elle-même. Ah! tu me fais mourir d’impatience... ne sais-tu plus m'obéir?
Jérôme. Toujours... toujours... et j’y cours!.. (Il sort.)
LA CHARBONNIÈRE