‹ Å’uvres illustréesChapitre 661 sur 1154 · SCENE XT · texte numérisé non relu

SCENE XT

MADAME BERTRAND, seule. Qu’il est bien! quel air distingué. Ah! voilà le fils que j’avais rêvé... et dire que le mien... (Avec un soupir.) Allons, c’est égal... ce pauvre garçon! ce n’est pas sa faute... ni la mienne! mais, avant tout, il faut que je le voie.... que je lui parle... enfin que je fasse sa connaissance... car jusqu’ici... C’est lui. . le voilà...

tête... il était gris...

Charles. La loi ne le permet pas!..

madame BERTRAND, tremblante. Et vous ferez exécuter la loi?

Charles. Le roi lui-même ne pourrait faire autrement... mais rassurez-vous... moi aussi, j’aime ce pauvre garçon!

madame BERTRAND, avec contentement. Oh! vous l’aimez!., un bon enfant, n’est-ce pas?., un bon soldat?

Charles, souriant. Au contraire... un fort mauvais sujet !

madame Bertrand, avec douleur. Ah! mon Dieu. CHARLES. Toujours à la salle de discipline!., mais je le connais d’enfance... j’ai été presque élevé avec lui... madame Bertrand, vivement. Dans votre pays... en

Vendée!.. , .

Charles. Oui, Madame. . Je l’avais pris dans mon régiment pour me charger de son sort... l’élever en grade... et je n’ai jamais pu lui faire passer celui de soldat... Il faut donc qu’il prenne un autre état !

madame BERTRAND. Vous avez bien raison... mais si on le fusille aujourd’hui, pour avoir levé la main sur son colonel, il lui sera difficile...

MADAME BERTRAND, BRINDAMOUR, entrant par la gauche.

brindamour, la pipe à la main. Il n’est plus gris , mais ila un reste de pesanteur dans la tête. A la cantonade. En vous remerciant, mon colonel, en vous remerciant!.. Au diable la giberue, et vivent les pékins! j’en suis!., j’ai mon congé... (Saluant madame Bertrand.) Ah! voila une figure de connaissance... mais quand je l’ai vue, je ne sais pas trop dans quel pays j étais.

madame BERTRAND, d’un ton de reproche. Dans un pays où l’on se grise !

brindamour, allumant sa pipe. G est possible... jy vais quelquefois.

madame Bertrand. Et maintenant que vous avez votre congé, que prétendez-vous faire ?

brindamour. Quand on a toujours été dans la cavalerie, il est humiliant de se trouver à pied... et j’ai une idée, qui me sourit. Il y a ici uue poste à vendre... et maître de poste, ça me va... ç.atieutle milieu entre le civil et le militaire.

LA CHARBONNIERE.

madame Bertrand. Mais une poste, c’est cher'/.. brindamour. Celle-ci est pour rien... Vingt mille flo7 rins à réunir!..

MADAME BERTRAND. Et VOUS les a vez?. .

brindamour. Pas un au rendez-vous!., mais j’ai deux moyens : le premier c’est d’épouser la veuve, madame Clakmann, la maltresse de poste... qui, depuis trois mol» que je suis ici, en garnison... m’a distingué... et de reste! madame Bertrand. Vous ia trouvez jolie?

brindamour. Quand je bois!

madame Bertrand, souriant. C’est-à-dire qu’habituellement... elle vous semble charmante... et que vous l’aimez?..

brindamour, fumant. Comme la retraite de Moscou. madame Bertrand. Et vous voulez l’épouser? C’est mal! c’est très-mal...

brindamour. Vous croyez?., le fait est qu’elle n’est pas très-bien!., vous aimeriez mieux mon autre moyen... et moi aussi.

MADAME BERTRAND. Lequel?

brindamour. D’emprunter à mon colonel!

madame Bertrand. M. le marquis d’Aspremont? brindamour. Lui-même.

madame Bertrand. A qui vous devez déjà la vie... et votre congé?..

brindamour, fumant toujours. Tiens ! il me doit bien ça!..

MADAME BERTRAND. Et pourquoi ?

brindamour. Parce que nous sommes frères de lait... parce que nous avons grandi ensemble... parce que mon père... le père G ervais, tonnelier à Clisson, dans la Vendée, a recueilli chez lui M. le marquis, le jour où pas plus haut que ça, il est arrivé dans sa calèche...

madame Bertrand, vivement. Une calèche?.- un enfant?.. Que dites-vous?,.

brindamour. Qu’est-ce qu’elle a donc, cette femme? madame Bertrand. Parlez... parlez... ce n’était pas vous qui étiez dans cette voiture ?

brindamour. Au contraire... j’étais à jouer au milieu des copeaux, dans la boutique paternelle, quand les chevauxj couverts de sueur, se sont arrêtés d’eux-mêmes...

madame Bertrand. Mais cette montre que vous portiez... et que j’ai rachetée ce matin?

brindamour, la prenant. Tiens! ma montre! bien obligé... elle était sur le petit marquis avec une bourse et une croix d’or!., et naturellement mon père a partagé ça en famille... la bourse pour lui... la montre pour moi.

madame Bertrand. Mais les deux personnes qui étaient dans la calèche ?

brindamour, écoutant sa montre. M. le marquis et madame la marquise d’Aspremont... (A lui-même.) Elle va toujours ! Leur compte était fini,., on avait tiré sur eux de la grande route... feu de file... et les chevaux avaient pris le mort aux dents, emportant jusqu’à la boutique du père Gervais la calèche et le petit marmot... qui n’avait rien, absolument rien, et restait seul vivant de toute la famille.

madame gervais, avec explosion. Ah! que je suis heureuse! (A part.\ Ce n’est pas lui! mon cœur l’avait deviné!.. mon fils! mon fils! je vais te revoir et t’embrasser. brindamour. Ah çà! mais elle est folle, c’tc femme.

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