SCENE IV
MADAME BERTRAND, JÉROME
Jérôme, suffoquant de colère. Ah! c’est trop fort... et puisqu’il n’est plus là, je parlerai.
madame Bertrand, étonnée. Comment?..
Jérôme. Il m’a dit qu’il me tuerait, si je vous influençais... mais ça m’est égal!., j’aime encore mieux qu’il me tue, que de vous laisser faire une pareille extravagance.
madame Bertrand. Ah çà, as-tu perdu la tête? es-tu fou?
Jérôme. C’est possible ; mais du moins je ne suis pas aveugle... et tout ce que vous avez fait pour lui... cette montre, .ces trois cents francs... fi! madame Bertrand! une femme raisonnable... et jusqu’à votre émotion, tantôt, en lui parlant!., tout cela est clair comme le jour... tout cela indique...
madame Bertrand, vivement. Quoi?
Jérôme, éclatant. Que vous en ôtes éprise... que vous voulez l’épouser...
MADAME BERTRAND. Qui?
Jérôme. Ce chenapan !
madame Bertrand, riant. Brindamour? ah! ah! ah! (Elle se renverse dans un fauteuil en riant comme une folle.) Ah! ah! ah! ah!
Jérôme, stupéfait. Tiens! elle rit toujours...
madame Bertrand, riant toujours. Imbécile!
Jérôme. Imbécile!., ah! ce mot-là me fait du bien... vous n’y pensiez donc pas?
madame Bertrand, se remettant. Jamais... par exemple!
Jérôme, respirant. Mais cette commission que vous venez de lui donner ?..
madame Bertrand. Je la lui paierai... un bon pourboire ! et tout sera dit. Eh bien! es-tu rassuré?..
Jérôme, avec hésitation. Non, parce que ce trouble, cette agitation où je vous vois depuis ce matin... cette corbeille de noce... Bien sûr, madame Bertrand, (Mettant la main sur son cœur.) vous avez là quelque chose d’incohérent... (La voyant regarder de côté et d’autre.) Vous ne tenez pas en place... chaque porte qui s’ouvre... chaque personne qui entre, ça vous fait faire un saut sur votre chaise.
madame Bertrand, se levant brusquement et courant regarder à la porte de gauche qui est restée entr' ouverte. C’est lui... je le vois d’ici...
Jérôme, la voyant en se retournant. Bon! encore!., qu’est-ce qu’elle a? qu’est-ce qui lui prend?..
madame Bertrand, à elle-même, admirant son fils. Quel air noble et distingué ! *
Jérôme, lui voyant faire des gestes d’admiration. Voilà la tète qui part... mais qui donc?.. (Il remonte pour regarder.)
madame Bertrand, essuyant une larmé. Ah! que je suis heureuse!..
Jérôme, à part. Le jeune marquis! (Avec effroi.) Ah!
LA CHARBONNIÈRE
mon Dieu! étais-je bête! ce n’était pas l’autre! c’est celui-là !
madame Bertrand. Le voilà!., viens... non... va-t’en... laisse-moi!..
Jérôme. Seule avec lui!..
madame Bertrand. Retourne à l’ Aigle-Blanc , et dès que Brindamour sera revenu... dis à Louisa, la fille d’auberge, de faire ce que je lui ai recommandé... Mais vat’en don%.. c’est lui, te dis-je!
Jérôme, fâché. On y va! on y va! Elle ne sait plus ce j
qu'elle veut, elle en est folle!., une si bonne tète!., pour J
le commerce! ( Montrant son cœur.) Ça me fait de la peine... non... c’est de la rage. ( Rencontrant un regard j de madame Bertrand.) Je m’en vas...
(Sur la ritournelle des couplets suivants, Jérôme sort par le fond, et Charles entre, rêvant, par la porte à gauche.)