SCENE X
Les précédents , LÉONARD , paraissant au fond du théâtre. U a des cheveux blancs, s’appuie sur un bâton, et s’avance lentement.
HENRIETTE ET ALBERT
O ciel! que vois-je?
gertrude, à part.
Ah ! quel fâcheux hasard.
LÉONARD
Oui, mes enfants, c’est moi... votre ami Léonard! CANTABILE.
Village ! objet de ma tendresse.
Village où j’ai reçu le jour.
Que dans (ou sein régnent sans cesse La paix, le bonheur et l’amour !
Puissé-.;c y voir régner sans cesse La paix, la bonheur ot l'ainour!
LA NUIT DE NOËL
CAVATINE
Oui, me voici, mes enfants, me voici!
Près de vous revient un ami!
Si le chagrin, si la misère Franchit le seuil de la chaumière :
Me voici! me voici !
Si la haine, si la colère Arme un frère contre son frère :
Me voici! me voici!
Et si parfois quelque nuage,
Entre époux, survient en ménage :
Ah! me voici! mes enfants, me voici!
Ecoutez la voix d’un ami.
Venez tous, venez tous! hâtez-vous d’accourir!
Je veux, je dois vous secourir,
Et je veux surtout vous chérir.
( Henriette et Albert s'avancent timidement près de Léonard, pendant que Gertrude se tient à l’écart.) HENRIETTE et Albert, à Léonard.
Vous voilà donc auprès de nous !
Léonard, entre les deux jeunes gens, et les regardant en souriant.
Toujours heureux!
Henriette et Albert, baissant les yeux.
Oui! oui, mon père !
Léonard, de même.
D’une bonne nouvelle on m’a chargé pour vous;
Je l’apporte aujourd’hui... car c’est l’anniversaire De votre mariage !
HENRIETTE ET ALBERT, à part.
O ciel!
LÉONARD
Ge jour si doux,
Comme vous, mes enfants, je crois le voir encore!
(A Albert.)
Je jure, disais-tu, devant Dieu que j’implore.
De protéger et de chérir toujours Henriette, mes seuls amours !
ENSEMBLE
ALBERT, à part.
C’est vrai! c’est vrai! je me rappelle Le bonheur qui me souriait!
Les vœux que mon cœur proférait.
gertrude, à part.
Maudit vieillard, qui, dans son zèle,
Arrive ici détruire exprès Le bonheur que j’espérais.
léonard, à Henriette.
Et toi, mon cœur me le rappelle,
Tu me disais : Je lui serai fidèle ;
J’obéirai, devant Dieu qui m’entend,
A mon époux, à mon amant.
ENSEMBLE
Henriette, à part.
C’est vrai! c’est vrai! je me rappelle Les vœux que mon cœur proférait.
Le bonheur qui me souriait.
GERTRUDE
Maudit vieillard, qui, par son zèle.
Arrive ici, etc.
( Léonard , qui était entre les deux jeunes gens, les quitte en ce moment et va s’asseoir sur un fauteuil que Gertrude vient de lui offrir. Pendant ce temps, Henriette et Albert se rapprochent peu à peu l'un de l’autre.)
Albert, à demi-voix, et baissant les yeux.
Eh! mais...
Henriette, de même.
Albert !
Albert, de même.
C’est vrai!
HENRIETTE
C’est vrai!
tous deux ensemble.
Te souviens-tu?
gertrude, à part, les regardant.
C’est fait de nous! tout est perdu!
(Albert et Henriette, qui se sont rapprochés, vont pres-
que se donner la main, lorsque la porte s’ouvre, et parait Potlinberg. Tous deux s’éloignent aux premiers mots de la scène suivante.)