‹ Å’uvres illustréesChapitre 716 sur 1154 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

GERTRUDE, POTTINBERG.

pottinberg. Vous avez entendu !.. il m’accorde sa plus haute faveur...

gertrude, rêveuse. Oui!. .j’ai cru comprendre!.. pottinberg. A condition de continuer à attiser le feu... moi qui le forais pour rien... et en amateur! Il s’agit pour cela...

GEnTRUDE, retournant la lettre qu’elle tient. Do remettre ceci... à Albert... un grand cachet rouge... Cette grande lettre... ( Montrant le papier que tient Pottinberg.) ce petit billet... qu’est-cc que cela signifie?

pottinberg, de même, retournant sa lettre. Ça... Monseigneur nous l’a dit.. (A demi-voix, à sa femme.) Un rendez-vous qu’il lui demande! pour ce soir... à minuit.

gertrude, vivement. Très-bien... c’est-ii-dire, trèsbien... Etvous lui remettrez cette lettre... à elle !

pottinberg. Si je le peux!., car le difficile maintenant, c’est de retrouver Henriette! Chez qui se sera-t-elle réfugiée dans le village? qui aura osé lui donner asile’ Parce qu’enfin, qu’elle ne soit pas enlevée... je le veux bien... mais quitter le toit conjugal... c’est grave... (Voyant la porte à droite qui s’ouvre et Henriette qui parait.) O ciel !

GERTRUDE, POTTINBERG, se tenant à l'écart ;

HENRIETTE

Henriette, s’avançant, en rêvant, au bord du ihçâtre. Je ne puis revenir encore de cette terrible apparition!.. Je n’en ai parlé à personne qu’au père Léonard!.. Et quand je pense que mon mari... que ce pauvre Albert n’a plus que cette journée à passer auprès de moi... cette seule journée, qui est déjà bien avancée!.. Ah! je n’ai plus la force de me rappeler qu’il m’a battue! je ne me rappelle plus rien que mes torts à moi... (Hésitant.) Car je crois que j’en avais... (Vivement.) Moins que lui! bien moins!.. Mais j’en avais!., et depuis ce matin, comme par un fait exprès... il est si prévenant... si aimable... si tendre... Ah! s’il avait toujours été comme ça. (Essuyant une larme et se retournant.) O ciel!., vous étiez là, mes bons amis... Pardon de n’avoir pu assister ce matin à votre bonheur.

gertrude. Cela m’a fait de la peine... parce que, de tout le village, toi seule y manquais... pottinberg. Et qu’on l’a remarqué!..

HENRIETTE. Albert était souffrant, et je suis restée dans sa chambre... près de lui, à travailler... pottinberg. Toute la matinée !

Henriette. Il m’en avait priée !

pottinberg. Quelle tyrannie!., et vous avez eu la faiblesse de le regarder... delui parler!..

Henriette, comme poiùr se justifier. C’est vrai!., mais... je ne l’ai pas tutoyé...

pottinberg. Comme dans notre ménage.. Allez, vous I ôtes trop bonne... lui qui s’est conduit d’une manière si indigne... lui qui vous a battue, nous le savons... tout le monde le sait.

Henriette, vivement. Non, non, ça n’est pas vrai. pottinberg. Eh bien ! soit, je le veux bien, mais ça peut venir, il est môme probable que... enfin... Hnureu- 1 sèment, il vous reste encore des amis! (A demi-voix.) I Tenez... prenez celle lettre... c’est de Monseigneur !

gertrude, vivement et comme malgré elle. Prenez garde!..

pottinberg, étonné Qu’est-ce donc ?. .

gertrude, cherchant à se remettre. Eh mais! (Apsr- J cevant Albert qui sort de la chambre.) Albert! qui sort I de sa chambre...

pottinberg, bus, à Gertrude. Dieu!., c’est vrai ! Heureusement il ne m’a pas vu!.. (Souriant.) Les maris ne voient rien ! (Henriette a pris ta lettre d’un air indifférent et l’a mise dans sa poche.)

Page 1