‹ Å’uvres illustréesChapitre 717 sur 1154 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

ALBERT, GERTRUDE, POTTINBERG, HENRIETTF.

albert entre en rêvant et redescend au bord du théâtre, à gauche. Je n’ai confié l’aventure de cette nuit à personne qu’à Léonard!., et Henriette !.. Ah! malgré sa trahison... que je veux .. que je m’efforce d'oublier .. tâchons quelle ne se doute de rien.. Car à son trouble .. à sa pâleur... je craignais ce matin qu’elle ne soupçon- . | nàt... ( Levant les yeux.) Ah ! c’est vous... Henrielte... je vous cherchais... Il me semble qu’il y a longtemps que I

je ne vous ai vue...

pottinberg, à part. O ciel !

HENRIETTE, qui est à l’extrémité droite. Me voici... |

Monsieur. . Et nos amis les nouveaux mariés qui viennent nous faire leur visite de noce...

ALBERT. Je les en remercie... je suis pour eux... (A Gertrude.) pour vous, cousine ... bien content... bien heureux. (Regardant Henriette, à part.) Ah! mon Dieu! comme elle est pâle !..

Henriette, le regardant avec douleur. Comme le mal fait des progrès!..

potintberg, à Albert. Ça me fait plaisir... de te voir gai et dispos... parce que nous soupons ce soir, chez moi, I

en famille; et n’ayant pu venir ce matin à l’église.

gertrude. J’espère qu’Henriette nous fera l’honneur d’assister à notre souper de noces.

pottinberg. Ah! dame! nous ne vous donnerons pas de si bon vin que le tien... ce vin de Tokai que tu nous as I

offert hier... car il parait décidé (Regardant Henriette.) que c’était du tokai.

gertrude, regardant Albert. Ou du Sauterne... pottinberg, appuyant. Tokai!

gertrude, de même. Sauterne !

albert. Qu’est-ce que cela fait?

Henriette. C’est vrai, c’était de si peu d’importance ! pottinberg, bas, à Gertrude. Diable! . cela ne leur fait rien! il faut alors frapper les grands coups! (Haut, à Albert.) Gertrude... (Se reprenant respectueusement.) je veux dire madame Pottinberg avait à te remettre, de la I part de Monseigneur, une lettre...

gertrude. C’est vrai... la voici!

pottinberg, d’un air curieux. Avec un grand cachet... | sais-tu ce que ce peut être?,.

Albert, d'un air indifférent. Des ordres, sans doute, pour le concierge du château.

pottinberg. Et tu ne regardes pas?

ALBERT, jetant la lettre sur la table à gauche. Rien ne presse!., je verrai plus tard !.. Et quant au joyeux repas où vous veniez nous inviter... je t’avoue quo je suis souffrant...

LA' NUIT DE NOËL

Henriette, courant à lui avec effroi En vérité! (A part et toute tremblante ) Ah! mon Dieu!..

alrert, regardant Henriette avec inquiétude . Henriette aussi!., à ce qu’il me semble du moins! et si elle y consentait...

Henriette, avec tendresse. Qu’est-ce, Monsieur? albert. J’aimerais mieux... rester ici... à souper avec elle... en tête-à-tête !

Henriette, vivement. Et moi aussi... bien volontiers... pottinberg. Et quand vous êtes souffrants. .. vous croyez que nous vous laisserons seuls !.. ( Prenant une chaise et s’asseyant.) Ah! bien oui!..

gertrude, prenant aussi une chaise. Vous laisser seuls!., ah! par exemple, non!..

albert, à part, avec impatience. Est-ce qu’ils vont s’établir ici?

Henriette, de mime. Est-ce qu’ils ne s’en iront pas? albert, à Pottinberg et à Gertrude. Vous êtes attendus chez vous, par vos parents, par vos amis...

Henriette, de même , avec impatience. Et il se fait tard !..

pottinberg. Il n’est encore que onze heures.

HENRIETTE ET ALBERT, à part. O ciel ! . .

gertrude. Elles viennent de sonner!

Henriette et albert, vivement , et regardant l horloge qui est au fond du théâtre. Déjà!

gertrude, à part. Qu’ont-ils donc tous les deux à regarder cette horloge!..

pottinberg, continuant. Et selon l’usage, les invités ne viendront pas chez les mariés avant le coup de minuit! albert, avec effroi. Minuit!.- Henriette, de même. Minuit! grand Dieu!.. pottinberg, à part, les regardant. Décidément, il y a quelque chose...

gertrude, à part. C’est à cette heure-là que le baron doit venir. ( Haut et vivement .) D’ici là nous ne vous quitterons pas!

pottinberg. Nous vous tiendrons compagnie pendant que vous souperez...

gertrude. Pour commencer, je vais aider Henriette à mettre son couvert.

pottinberg. S’il ne tient qu’à cela, je lui en éviterai la peine... et à nous deux. ( Voulant aider Gertrude qui déjà a placé la table, et met le couvert.)

albert, retenant Pottinberg. Mais non, mes amis, c’est inutile...

Henriette. Ne vous donnez pas cette peine. gertrude, mettant le couvert. Laisse donc, c’est l’affaire d’un instant...

Henriette. Je n’ai pas besoin de toi pour mettre mon converti..

pottinberg. Ça sera plus tôt fait... (A Albert.) Et comme ça, vois-tu bien, nous resterons plus longtemps ensemble.. . albert. Je désire rester seul avec ma femme! pottinberg. Parbleu! tuas le temps!..

albert, avec colère. Non, je ne l’ai pas! et je te prie de nous laisser... je le veux...

pottinberg, feignant de s’attendrir. C’est à moi que tu dis cela... à un ami!..

gertrude, mettant toujours le couvert. Eh oui, sans doute !.. vous voyez bien que cela les gêne, les contrarie ! Il y a en ménage des choses qu’on ne peut pas dire devant vous autres... hommes ; (Remontant avec lui le théâtre.) ainsi, rentrez, rentrez, pour recevoir vos convives... (A voix basse, au fond du théâtre.) et ne craignez rien... je resterai... (Redescendant vivement près de la table à gauche.) Celte pauvre Henriette... ma place est là... entre eux deux...

albert. Non, cousine... non... c’est inutile! gertrude. Comment non? encore quelque dispute, quelque scène qui se prépare.... je le devine, rien qu’à votre air... et bien certainement je ne m’en irai pas.

albert, cédant à son impatience. Et moi!., moi... je le veux.

gertrude. Voilà déjà que ça commence!., mais vous n’êtes pas seul maître à la maison... votre femme a aussi sa volonté... et à son tour elle dira. .

Henriette, de même. Je le veux!..

gertrude, stupéfaite, et à part. O ciel!.. (Haut.) A merveille! sacrifiez-vous pour vos amis!

pottinberg. Dévouez-vous pour eux?

gertrude. Voilà comme on vous récompense ! (Pleurant.) C’est bien cruel!..

pottinberg. C’est bien dur!..

albert, cherchant à calmer Gertrude. Il ne s’agit pas de pleurer, cousine... mais de nous laisser... je le veux... (Avec plus de force, à Pottinberg ) Je le veux!.. Henriette, de même. Puisqu’il vous le dit!.. pottinberg, à part. Dès qu’il n’y a plus qu’une volonté... c’est fini! (Haut.) On s’en va... on s’en va!

gertrude. Adieu, ingrats! (Albert s’est jeté dans un fauteuil à droite. Henriette est à gauche prés de la table. Pottinberg et Gertrude se retirent lentement vers le fond.)

pottinberg. Adieu, mauvais cœurs! (Bas, à Gertrude.) Qu’est-ce que ça peut être! je reviendrai le savoir à minuit...

gertrude, regardant la porte à gauche qui est restée ouverte. Je le saurai avant... (Indiquant la chambre.) Je ne bouge pas de là...

pottinberg, à demi-voix. Bravo!., je peux m’en aller, elle est là. (Gertrude entre dans la chambre à gauche. Pottinberg sort par le fond en fermant la porte avec force.)

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