SCENE V
VELASQUEZ, PALOMITA, entrant.
velasquez, d’un air brusque.
Qui t’amène? que viens-tu faire ?
palomita, à part.
Ah! mon Dieu! qu’il a l’air bourru!
C’est maintenant son ordinaire !
velasquez, avec impatience.
Qui t’amène?., répondras-tu?
palomita, avec naïveté et douceur.
Vous m’aviez ordonné, mon maître, (Vous l’avez oublié peut-être,)
De venir ce matin... je vien!
VELASQUEZ
C’est vrai!
palomita.
Pourquoi?., je h’en sais rien !
velasquez, brusquement et sans la regarder.
Pour ce tableau qu’il faut terminer aujourd’hui,
J'ai besoin de tes traits!
palomita, vivement.
De mes traits?., me voici!
ensemble.
velasquez, à part.
Rien qu’à sa voix, rien qu’à sa vue,
De cette fièvre qui me tue Je sens en moi naître les feux.
Tourments nouveaux!., honte nouvelle.
Je tremble, hélas ! et devant elle Je n’ose plus lever les yeux.
palomita, à part.
Rien qu’à sa voix, rien qu’à sa vue Une ivresse en mon âme émue Vient porter son trouble joyeux;
Tout s’embellit, se renouvelle.
Le soleil plus pur étincelle Et pour moi s’entr’ouvrent les cieux!
velasquez, se retournant vers Palomita qui, immobile, le regarde.
Eh bien! que fais-tu là? monte sur cette estrade? palomita, montant sur l’estrade à gauche.
Debout ?
velasquez, sans la regarder.
Non!., non, le corps penché vers moi.
palomita, souriant.
Humble servante, ici je monte en grade En vous servant de modèle...
velasquez, avec impatience.
Tais-toi!..
Ton parler me distrait... me trouble... me dérange! palomita, d’un air soumis .
Je me tais!
velasquez, levant les yeux sur elle.
Cette pose... eh! mais non! pas ainsi... (S’approchant d’elle et tendrement.)
Ce regard doux et pur, comme celui d’un ange,
(Lui élevant le bras.)
Et tes bras vers le ciel!..
(A part, et s'éloignant vivement.)
Ah ! ma main a frémi En rencontrant la sienne!..
palomita, levant les yeux et les bras vers le ciel.
Est-ce bien ainsi, maître?
velasquez, à part, à gauche, près de son tableau.
O pouvoir infernal, qui dompte tout mon être !
(Avec exaltation et à voix haute, sans s’adresser à Palomita.)
Non! esclave, à genoux!., à genoux!
palomita, s’y mettant.
M’y voici!
velasquez, se retournant avec étonnement.
Que fais-tu?
(La regardant, à part, et avec admiration.)
Qu’elle est belle !
(A part.)
Ah! reste... reste ainsi!
Que vers moi, seulement, ta paupière baissée Se lève lentement, ainsi que tes beaux bras.
(Palomita, à genoux sur l’estrade, tourne vers lui ses yeux et ses bras suppliants.) i Que ton regard exprime une tendre pensée...
’ Plus tendre encor!..
(Palomita le regarde avec amour.)
Non ! non ! ne me regarde pas !
ensemble.
velasquez, à part.
Rien qu’à sa voix, rien qu’à sa vue.
De cette fièvre qui me tue.
Etc., etc.
palomita, à part.
Rien qu’à sa voix, rien qu’à sa vue Une ivresse on mon âme émue,
Etc., etc.
LA CHANTEUSE VOILÉE
velasqu£Z; debout devant son tableau.
J'essaie en vain de peindre! une vapeur obscure Et m’entoure et couvre mes yeux !
[Allant brusquement à Palomita qui est toujours à genoux.)
C’est ta faute!.. Pourquoi cette absurde coiffure Qui me cache tes longs cheveux?
(Elle ôte la résille qu’elle a sur la tète, et ses cheveux tombent sur ses épaules.)
Pourquoi, surtout, celte écharpe importune,
Ce voile qui m’est odieux?
(Il lui arrache l’écharpe qu’elle a sur les épaules.) palomita, croisant ses mains sur son col. Seigneur: seigneur!.. Eh! quoi! saus crainte aucune Vous voulez...
Velasquez, la regardant et poussant un cri.
Ah! grands dieux!
ENSEMBLE
Velasquez, à part.
Eh quoi ! toujours, là, dans mon âme,
Au seul aspect de cette femme.
Je sens glisser un trait de flamme Qui brûle et glace au même instant.
(Avec colère.)
Femme ou démon! ange peut-être!
Dont le regard brave ton maître.
Garde-toi bien de reparaître.
Éloigne-toi ! va-t’en ! va-t’en !
Va-t’en ! va-t’en ! va-t'en !
palomita, à part.
Ah! quel courroux soudain l'enflamme!
Quoi, c’est toujours moi, pauvre femme,
Moi qu’il accuse, et moi qu’il blâme!
Mon Dieu! mou Dieu! qu’il est méchant !
Je cherche en vain d’où ça peut naître ;
C’est quelque sort, cela doit être!
(A Velasquez.)
Apaisez-vous, ô mon doux maître,
Je vais partir et sur-le-champ !
PALOMITA.
Ah! quel caractère. irascible!
Mc renvoyer?., pourquoi?..
VELASQUEZ
N’as-tu donc pas compris Que travailler m’est impossible?
Tu le vois bien... je ne le puis!
Je souffre trop!
palomita, effrayée.
Ah! c’est terrible!
(Se rapprochant de Velasquez.)
Je reste alors! je reste auprès de vous! velasquêz, à part, avec impatience , se modérant a peine.
Encore!., encore !... Ah ! ce parler si doux,
Ces soins si séduisants redoublent mon courroux !
ENSEMBLE
(Mouvement plus animé.) velasquez, avec fureur.
Eh! quoi! toujours là, dans mon âme,
Etc.
palomita, à part.
Ah! quel courroux soudain l’enflamme!
Etc...
(Palomita recule effrayée.)