‹ Å’uvres illustréesChapitre 726 sur 1154 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

VELASQUEZ, PERDICAN, PALOMITA.

palomita, courant à Pcrdican. Ah ! seigneur Perdican, si vous saviez... il n’y aplus moyen d’y tenir... il est plus méchant que jamais!

perdican, avec colère. Il a raison!

palomita, avec douleur. Et vous aussi.,, vous qui m’abandonnez...

perdican, de même. Oui, je l’approuve... et si j’avais su ce que je sais maintenant...

velasquez. Quoi donc?..

perdican. Que Palomita... pour qui je me serais jeté au feu... que Palomita que j’estimais... et que j’aimais... comme toi... de tout mon cœur...

velasquez, avec impatience. Eh bien! finiras tu? perdican. Eh bien! Palomita... n’est pas une brave fille. . une honnête fille! ( Palomita pousse un cri d’indignation.)

velasquez, courant à Perdican qu’il prend au collet. Tu en as menti!

perdican. Moi! un homme d’épée!..

velasquez. Toi et tous ceux qui répéteront une pareille infamie!

palomita, avec joie. Ah! il me défend!

perdican. Mais si je te disais...

velasquez. Peu m’importe?., ça n'est pas vrai! perdican. Mais si tu savais...

velasquez. Je sais que ça ne se peut pas! perdican. Mais si du moins tu me laissais parler... velasquez. Non... je ne le souffrirai pas... palomita. Et moi... je le veux...

perdican, à Palomita. Comment! vous osez?.. palomita. Je vous le demande en grâce!

perdican. Eh bien donc... je revenais, comme tu m’en avais prié, de l’hôtel d’Olozoga... où ni le duc, ni la duchesse ne savent ce que tu veux dire... Mais ce n’est pas d’eux qu’il s'agit... c’est de Palomita. Imaginez-vous qu’en revenant j’entre chez Mariquita l’épicière... pour me rafraîchir d’un verre de Xérès... Mariquita votre voisine... dont la boutique est située de ce côté... (Montrant la gauche.) dans la petite rue... Mariquita enfin dont la fenêtre est juste en face de la vôtre...

velasquez et palomita. Eh bien?

perdican. Eh bien! Mariquita... a vu pas plus tard qu’hier... dans la nuit... à travers le rideau blanc et à la lueur de la lampe... l’ombre... la silhouette d’un homme dans sa chambre...

velasquez, à part. O ciel... c’était moi... palomita Quelle horreur!

perdican. Et Mariquita est une sainte et digne femme qui ne manque ni un office ni un sermon, et elle m’a juré... qu’elle avait vu...

palomita. C’est une calomnie!

perdican. Et ça m’a déchiré le cœur... parce qu’on a un cœur quoique alguazil... et un cœur qui vous était dévoué... Mais comment ne pas croire après tous les détails où elle est entrée...

palomita. Détails qui sont faux...

velasquez. Non... qui sont vrais... mais qui ne prouvent rien contre vous, Palomita; car cet homme, c’était moi!

PERDICAN ET PALOMITA. Lui!..

velasquez. Moi-même... Je revenais hier par la rue qui donne de ce côté... et craignant de trouver encore la place envahie par la foule, j’eus l’idée de rentrer chez moi par la petite porte secrète dont seul j’ai la clef. . . porte qui donne sur la chambre de Palomita, ma servante... Je croyais la trouver encore éveillée... Point du tout... elle était déjà couchée... elle dormait !

PALOMITA, avec émotion. Vous, Monsieur, à cette heure... dans ma chambre...

velasquez. Moi-même!.. (A Perdican.) Es-tu convaincu, maintenant?

perdican. Non! Et ce devait être un autre que toi! palomita et velasquez. Par exemple !..

perdican. Car Mariquita... a vu distinctement à travers le rideau... l’ombre se pencher vers le lit de Palomita... et l’embrasser...

palomita, vivement. Ça n’est pas... je l’aurais senti, peut-être!

velasquez. Eh oui ! c’est absurde!., et Mariquita n’a

LA CHANTEUSE VOILÉE

pas le sens commun. Après avoir fermé le plus doucement possible la porte de la rue, je me suis penché vers ma pauvre servante pour ■voir si je ne l’avais pas éveillée... Mais, comme je te l’ai déjà dit, elle dormait du plus pur et du plus profond sommeil... et, marchant sur la pointe du pied, je me suis éloigné d’elle...

perdican, qui vient de tomber à deux genoux près de Palomita. Senorita, pardonnez-moi! . J’étais un indigne.. un misérable... ou plutôt j’étais un furieux... un jaloux... parce que depuis longtemps, et sans en parler à personne, je vous aime, à part moi...

u VELASQÜEZ. Toi...

perdican. Comme un enragé... et je n’en disais rien, pas même à toi, mon meilleur ami et mon obligé...

Velasquez, à part. Ah! sans ce mot-là... je l’aurais déjà assommé !

perdican. Parce que j’espérais toujours de l’avance- ; ment que je vais enfin obtenir... Le gouverneur Don Rol| drigo de Cardona me l’a promis ce matin (A Velasquez.) K à propos de l’affaire dont je t’ai parlé... ( A Palomita.)

! Je suis un brave garçon... vous êtes une honnête fille...

Une servante peut sans déroger épouser un alguazil... un homme d’épée... Je mets la mienne à vos pieds... ainsi que ma main et mon sort, et le pauvre Balthazar-Inigo f Perdican attend votre réponse.

palomita, avec embarras et regardant Velasquez.

: Cela ne dépend pas de moi... monsieur Perdican... de-

mandez à mon maître... Je veux lui obéir en tout, et s’il j,; l’ordonne...

velasquez, hésitant. Moi...

perdican, brusquement. Eh oui!., prononce!.. J’ai assez fait pour toi... pour que tu fasses quelque chose [ pour moi... __

velasquez, de même. Je ne demande pas mieux... r mais il faut savoir avant tout... si elle n’en aime pas d’autre.

|i perdican. Pour cela, j’en réponds!

velasquez. Et enfin, si elle t’aime ..

perdican. Elle m’a avoué ce matin qu’elle avait pour moi une affection, ( A Palomita.) n’est-ce pas ? velasquez, à Palomita. Est-ce vrai ?

palomita. Oui, Monsieur...

Velasquez, avec dépit. Eh bien, alors... puisque vous vous aimez, que vous vous adorez... vous n’avez pas besoin de moi, ni de mon consentement. .. épousez-vous, mes eni fants, et le plus tôt possible... J’en suis ravi, enchanté...

[ et c’est moi, mon bon et cher Perdican, qui veux être I votre témoin.

palomita. Ah!., il me déteste et il lui tarde de se déj- barrasser de moi...

| perdican. Ecoutez... entendez-vous ce bruit... c’est la foule qui commence à se rassembler sur la place... Je I vais songer à nos affairés... et puis à mon mariage...

Adieu, Palomita... Demain, vous ne serez plus ici... de- ; main, je vous emmène... Adieu, ma fiancée, adieu, mes amours! ( Sur la ritournelle du morceau suivant, Per- I dican embrasse Palomita, qui, pensive, le laisse faire el regarde Velasquez. Perdican sort par le fond, Palomita par la gauche, et Velasquez se laisse tomber I anéanti dans un fauteuil.)

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