‹ Å’uvres illustréesChapitre 936 sur 1154 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

FABIO, assis devant le piano; CAFARINI, frappant au dehors, à la porte du fond.

cafarini, frappant.

Monsieur! Monsieur!.. Pan! pan! pan! pan! pan! fabio, toujours travaillant.

Eh! qui donc frappe de la sorte?

cafarini, en dehors.

Pan ! pan ! pan ! pan ! pan ! pan !

Ouvrez, ou j’enfonce la porte!

fabio, se levant avec impatience.

Ah! c’est à briser le tympan!

( Ouvrant la porte à Cafarini , qui paraît tenant à la main une plume et un papier de musique.)

Quoi ! ne pas frapper en mesure,

Signor Cafarini, mon savant professeur!

cafarini.

Je ne puis plus tenir aux tourments que j’endure.

C’est indigne! c’est une horreur!

fabio, froidement. Qu’avez-vous donc?

cafarini, avec colère.

Je commençais avec courage Un vrai chef-d’œuvre, mon Stabat.

Comment finir un tel ouvrage.

Au milieu d’un pareil sabbat!

J’entends au dessus de ma tête La clarinette et le basson.

Pon! pon! pon! pon!

LA BARGAROLLE.

Et puis l’appel de la trompette,

Tron! tron! tron! trou!

C’est à vous ôter le courage...

Comment, avec un tel tapage,

Finir cette partition?

Je ne le puis! non! non! non! non!

FABIO

C’est vous <iui blâmez le tapage,

Quand vous m’en prescrivez l’usage !..

CAFARINI.

Qui! moi?

FABIO

Vous, dans chaque leçon!

CAFAR1NI.

Mais non pas avec le clairon!

Fi donc! fi donc!

Pour accompagner le plain-chant,

Parlez-moi du grave serpent.

( Imitant le serpent.)

Pon! pon! pon! pon! pon!

FABIO

Fi donc ! fi donc !

EN SEMBLE

CAFARINI.

Vive le serpent!

Pon! pon ! pon !

Pon! pon! pon!

FABIO

Vive le clairon !

Tron! tron! tron!

Tron! tron! tron!

cafarini, le faisant taire.

Assez! car eu dépit du travail le plus rude...

(Montrant son papier de musique.)

Rien ne me vient, pas un chant, un motif...

Je n’ai rien pu trouver...

fabio, à part.

Selon son habitude.

CAFARINI.

Aussi, Monsieur, j’ai pris un parti décisif...

Lequel?

CAFARINI.

Vous me devez un terme.

Non... vous m’en devez deux !

FABIO

C’est juste !

cafarini, à part.

En parlant ferme.

Il va payer, se taire, ou s’eu aller !

fabio, à part.

Et mon bon frère à qui j’oubliai d’en parler !

ENSEMBLE

CAFARINI.

Heureuse menace Qui d’ici le chasse.

Et me débarrasse D’un voisin gênant,

Qu'au diable je donne Et que j’abandonne.

Car je le soupçonne D’avoir du talent!

fabio, souriant.

Terrible menace Qui d’ici me chasse!

Viens à moi, de grâce.

Mon ange charmant!

Ma belle patronne.

Dont l’àme si bonne Jamais n’abandonne L’artiste indigent!

CAFARINI.

Allons, Signor, il faut ou sortir, ou payer.

fabio, tâtant son gousset.

Pas d’argent! S’il en veut sur-le-champ, comment faire? cafarini, à part , avec joie.

Pas d’argent!

fabio, qui s’est approché de la table à gauche pour chercher.

Dieu! que vois-je écrit sur ce papier?

(Lisant.)

« Loyer de Fabio. »

( Ouvrant le petit paquet cacheté sur la table.)

Doux et nouveau mystère!

Encore elle!..

(A Cafarini, lui remettant l'or que contient le papier.) Tenez, prenez... soyez content!

CAFARINI.

O ciel! de l’or...

De l’or!

cafarini, à part.

Lui qui n’a pas d’argent!

fabio, riant.

Avide et rapace,

En vain il menace.

Ah ! je te rends grâce.

Mon ange charmant !

Ma belle patronne, Dont la main si bonne Jamais n’abandonne L’artiste indigent!

cafarini.

Fatale disgrâce !

En vain je menace Ce monsieur tenace.

Ce voisin gênant Qu’au diable je donne Et que j’abandonne.

Car je le soupçonne D’avoir du talent!

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