SCENE VI
Les mêmes, UN DOMESTIQUE, en grande livrée, paraissant à la porte du fond.
fabio, à part, avec surprise. Dieu! ses gens... sa livrée... ici, chez moi!
cafarini. La livrée du ministre! (Au domestique qui tient une lettre.) C’est pour moi, sans doute? le domestique. Au seigneur Fabio !
fabio, prenant vivement la lettre. Donnez! donnez! le domestique. De la part de ma maîtresse... mademoiselle de Felino.
cafarini, à part. La fille du ministre ! fabio, lisant, à part. «Prie M. Fabio de vouloir bien, « dans l’après-midi, passer à son hôtel. » (A part, avec joie.) Enfin, elle me juge digne de sa présence... elle, la noble dame... (Au domestique.) C’est bien! c’est bien!.. ( Tâtant son gousset.) Et rien... Quel dommage d’avoir payé mon terme... je lui aurais tout donné... (Le domestique sort.)
cafarini, s’approchant de Fabio. Pourrais-je savoir, mon locataire et mon élève, comment vous recevez de pareils messages, et ce que vous veut la jeune marquise?
fabio, cherchant à cacher son trouble. Moi, j’ignore... je ne sais... le hasard peut-être. (A part.) Elle va m’attendre cette après-midi... et nous sommes encore au matin... Encore deux ou trois heures... Dieu! que c’est long... Non, c’est juste ce qu’il faut pour ma toilette...
cafarini, le regardant avec étonnement. Qu’a-t-il donc?
fabio, à part. Car je ne peux pas me présenter ainsi chez elle !.. 11 me faut un habit... un habit de cour... (Faisant un pas pour sortir.) Je vais en acheter un tout fait et superbe... ( S’arrêtant .) Oui, mais comment?.. (Vivement.) Eh! parbleu! à crédit. . Mon frère le paiera, ça lui fera plaisir, j’en suis sùr... et à moi aussi... Un bel habit vous relève un artiste et lui donne un air de grand seigneur... Si je pouvais me rappeler comment était mon frère tout à l’heure, ses manières, sa tournure... (A Ca-
LA BARCAROLLE
I farini.) Pardon, maestro, je vous quitte... Quelques emplettes à faire... un habit brodé. ..
cafarini. A vous! et pourquoi?
fabio, avec enthousiasme. Pourquoi? pourquoi?.. ( S’arrêtant .) Vous no le saurez pas!.. (A part.) Moi, Fabio, un rendoz-vous, le premior de ma vie!., et avec une grande dame encore... (Se frappant le front.) Ah! mon Dieu! et les manchettes, et le jabot, et l’épée... Ah! mon pauvre frère, je te plains!.. Ça va nous coûter cher!.. (Haut, à Cafarini.) Adieu! adieu, maestro! je vous laisse... Faites comme chez vous... [Il sort.)