‹ Å’uvres illustréesChapitre 942 sur 1154 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Les mêmes, FABIO, portant un paquet.

fabio, entrant vivement par la porte du fond. Maintenant... à ma toilette!.. (Apercevant Cafarini.) Encore ici, maestro !.. C’est bien ! c’est bien ! . que je ne vous gène pas, ainsi que Monsieur... (A part.) Quelque organiste de sa connaissance et de sa force... Pardon!., je suis pressé!.. (Il entre dans la chambre à gauche.)

le marquis, à Cafarini. N’est-ce pas là l’élève dont tu me parlais?.. Je l’ai deviné tout de suite... (Prêt à partir.) Adieu... adieu... Ne perds pas de temps... il me faut cela pour ce soir.

cafarini, qui a regardé le papier de musique que lui a remis le marquis. Mais, un instant. Monseigneur... un instant... je crains que, dans la chaleur de la composition, Votre Excellence ne se soit trompée! le marquis. Qu’est- ce que c’est?

cafarini. Je vois là... (Lisant.)

« Même sans ta couronne.

« Tu règnes sur les cœurs! »

le marquis. Silence!

cafarini, continuant.

« Je t’aime sans le dire,

« Princesse... »

LE MARQUIS . Silence ! te dis-je. . . C’est parce que je compte sur ton dévouement, que tu ne dois rien voir et rien entendre... C’est ce qu’il faut pour le confident d’un ministre... aveugle et sourd...

cafarini. Oui, mais pour un compositeur... le marquis, à demi-voix. Eh bien! donc, situ ne l’as pas deviné... notre souverain ne voit que par mes yeux... mais la grande-duchesse, sa femme, est mon ennemie et, ne pouvant la vaincre, il faut la gagner... Elle a été autrefois jolie et coquette... Et la coquetterie, c’est comme l’ambition... des qualités durables qui ne vous quittent pas... Et puis, le cardinal de Richelieu aimait Anne d’ Autriche... C’est, ce qui m’a décidé...

LA BARCAROLLE

gina. La jupe, pas trop longue, n’esl-ce pas? — Acte 2, scène 7,

cafarini. C’est juste... cela vous revient de droit... le marquis. On recevra cette déclaration... sans savoir d’abord de qui elle vient... Et, d’après l’effet que j’étudierai, nous continuerons notre correspondance musicale chaque jour... Ce qui nous sera aisé, vu notre facilité!.. cafarini, à part. O ciel!..

LE marquis. Par là, j’éveille son imagination, sa curiosité... peut-être même d’autres idées... Enfin, chaque jour nous demandons une réponse... Et si on nous en envoie une... ne fût-ce qu’en musique... je tiens à mon tour notre souveraine... Elle craint son mari qui est jaloux... jaloux de tout le moude...

cafarini. En vérité?

le marquis. Je ne lui laisse que cela à faire... Je forcerai bien alors notre grande-duchesse à renvoyer tous ceux qui ont voulu me renverser... Primo, ce comte de Fiesque... d’autant plus mon ennemi mortel, qu’il a une place superbe... grand-maître du palais... Je le destitue... je l’exile... peut-être mieux. .. Je ferai ce que je pourrai!

cafarini. C’est trop juste!.. ( D'un air câlin.) Et, comme voùs pouvez mé donner la place de maître de chapelle de la cour...

le marquis. C’est ce que nous verrons... si tu me sers avec zèle, intelligence, et surtout discrétion... Sinon, à l’instant même à la Bastille!.. (Se reprenant.) Qu’est-ce que je dis?., la citadelle de Parme !..

cafarini, s’inclinant en riant. Monseigneur est toujours dans son rôle!..

LE marquis. Et toi, n’oublie pas le tien!.. Il faut que, ce soir, cette romance soit mise au net, paroles et musique... le tout, recopié de ta main... Enteuds-tu bien?

cafarini. Oui, Monseigneur.

le marquis. Et tu conserveras précieusement mon premier jet... mon brouillon, l’original... que tu me remettras...

cafarini. Oui, Monseigneur.

le marquis. Et maintenant, je vais au conseil... Adieu ! adieu! (Il sort par la porte du fond.) cafarini, après avoir reconduit le marquis , revient sur le devant du théâtre.

FINALE

Ali ! ma fortune est faite, et j’en rends grâce à Dieu !

Moi, nouveau confident d’un nouveau Richelieu!

LA BARCAROLLE

(Montrant le papier où est écrite la romance .)

Je tiens là, dans mes mains, habile politique.

Le secret de l’État, que je mets eu musique!..

CAVATINE

Douce espérance !

Honneurs! crédit! puissance!

Je les vois tous A mes genoux Courtisans complaisants.

Et charmants!

Je les vois tous me supplier.

Et s’écrier :

Votre Excellence!

Votre Eminence !

Votre Insolence!

Ah ! d’avance.

Quand j’y pense Quel beau métier!

Quel agrémentl Ah ! c’est charmant,

D’étre puissant,

D’élre insolent,

Ahl c’est charmant I

Mais... le temps presse... il faut se dépêcher!

Où trouver du nouveau?,. Je vais aller chercher Dans mes vieux Requiem... J’en avais de Tort drùles!

(Il fait quelque» pas pour sortir .)

Mais ces airs-là jamais n’iront sur ces paroles...

C’est fort embarrassant!

( Entendant , dans la chambre à gauche, Fabio qui chante .)

Ah! c’est lui! toujours lui!

[Regardant par le trou de la serrure.)

Il s’habille en chantant... je l’aperçois d’ici!

Et comme il se fait beau!

fabio, en dehors, chantant u pleine voix.

Tra, la, la, la, la!

« O toi, dont l’œil rayonne « De mille traits vainqueurs!.. »

cafarini, écoulant.

Qu’entends-je?. . 6 hasard qui m'étounc !

Eh! oui, vraiment... c’est bien cela!

(Il prend vivement un papier rayé et écrit, près de ta porte, sur la table à gauche fabio, en dehors.

« O toi, dont l’œil rayonne... »

cafarini, répétant en chantant, et écrivant, u O toi, dont l’œil rayonne .. »

fabio, de même.

« De mille traits vainqueurs!.. »

cafarini, de même.

« De mille traits vainqueurs!.. >.

fabio, de même.

Tra, la, la, la, la, la, la!

cafarini, de même, répétant la phrase musicale. Tra, la, la, la, la, la, la!

fabio, de même.

Tra, la, la, la, la, la, la!

cafarini, de même.

Tra, la, la, la, la, la, la!

fabio, en dehors.

« Obi, je t’aime sans le dire! »

cafarini, de même.

« Oui, je t’aime sans le dire! »

Tra, la, la, la, la, la!

« Et si quelqu’un soupire... »

cafarini.

« Et si quelqu’un soupire.. . »

FABIO

« C’est moi! »

cafarini.

« C’est moi »

ENSEMBLE

C’est moi ! c’est moi ! »

cafabini, seul.

Oui, le voilà, je tiens mon air!

Oui, je le tiens, et j’en suis lier!

gina, en dehors, appelant.

Mais, mon oncle! mon oncle!

cafarini.

A l’autre, maintenant!

gina, en dehors.

C’eat l’heure de partir!

cafarini, à la porte du fond, qui est restée ouverte.

Je descends à l’instant!

(Fabio sort de la chambre à gauche , à moitié habile et coiffé, et n'ayant pas encore son habit; il entre sans voir Cafarini, qui est au fond du théâtre, sur le seuil de la porte. Ilprend une petite glace qui est sur la table, et se regarde.)

ensemble.

fabio, devant la glace.

Oui, vi aiment, d’un tel air On pourrait être fier!

Pas mal, pas mal, oui-dà!

Ali! ah! ah! ah! ah! ali!

cafarini, au fond du théâtre.

Moi, j’ai trouvé mon air,

Je le tiens!., j’en suis fier!

(La toile tombe au moment où Cafarini sort par la porte du fond, qu'il referme, pendant que Fabio, debout devant la glace , continue sa toilette en chantant.)

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