SCENE II
G INA, LE MARQUIS, CAFARINl.
le marquis, d’un air joyeux. Oui, mon cher, j’ai à te parler... ( Apercevant Gina.) Laissez-nous, ma chère enfant... Ma tille, qui, en sa qualité de première demoiselle d’honneur, est en ce moment près de sa souveraine, ne peut tardera rentrer... ( Sur un geste du marquis , Gina entre dans la chambre à droite.)
cafarini, d’un air de triomphe. Eh bien! Monseigneur, êtes-vous content de votre ouvrage ?
LE marquis. Là, toi-même, sans me flatter... qu’en distu?
cafarini. C’est délicieux!., paroles et musique!
le marquis. Gela me semble, en effet, pas mal... D’abord, ce qui est bon signe... tu l’as vu... ça n’est pas cherché, tourmenté., ça m’est venu tout seul...
cafarini. Et sans peine !
le marquis. Et puis, c’est tout uniment ce que je voulais.,. une bluette sans conséquence, que répéteront demain tous les clavecins et toutes les guitares... Quant à toi, Cafarini... il faut te rendre justice... tu as bien arrangé cela!..
CAFARINI^ s’inclinant. Monseigneur!
le marquis. Tu as saisi mes intentions avec goût, avec adresse... C’était une romance... et tu en as fait une barcarolle charmante ! . .
cafarini, de même . Ah! Monseigneur!.. Et puis, vous avez vu comme c’est écrit... comme c’est moulé, gravé, recopié en entier, par moi, sur un petit carré de papier grand comme la main.
le marquis. Ce qui m’a été fort utile... car, sans que personne m’ait vu, j'ai pénétré dans le boudoir de la princesse, qui se promenait alors dans scs.jardins... j’ai glissé
notre déclaration dans sa corbeille à ouvrage... Et, comme elle brode en ce moment des armes, une couronne, pour le grand-duc, son époux... il est impossible que notre missive n’arrive pas promptement à son adresse.
cafarini. Faire servir une galante intrigue à vos desseins politiques... c’est admirable !
le marquis, avec modestie. C’est du Richelieu!.. cafarini. Tout pur!.. Aussi, rien qu’à vous regarder, on prendrait du génie !
le marquis. Prends, mon cher, prends... je ne t’en empêche pas... Tâche de te former... et je pourrai faire de toi...
cafarini, avec humilité. Le nouveau père Joseph du grand cardinal?
le marquis. C’est une idee qui compléterait l’ensemble... Et, au fait, plus je te regarde... tu en as un peu l’air... et les paroles... Silence! c’est ma fille... cafarini. Et ma nièce...